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[quote="Eléa"][color=darkred][i]Errant sans les méandres de son esprit tortueux, la jeune femme ressentait presque dans sa chair les douleurs déchirant l’âme de son double… flottant au-dessus d’elle-même, au-dessus de leurs corps poisseux du liquide vitale à présent arraché au cadavre déchiqueté de celui qui avait eu la folie de croire qu’il pourrait avoir raison de l’assassin… Les larmes de son amour brûlait la peau laiteuse de la danseuse, y laissant les sillons de sa peine ; chaque soupir du jeune homme pleurait dans l’inconscient endormie de celle qui seule avait le pouvoir de le rattraper au vol, et de cela, elle était parfaitement consciente… Le reflet de son offrande, celle qui laverait l’âme rougie de Laust brilla plus intensément dans le noir, imprimant dans le corps tremblant du jeune homme une sensation de chaleur plus réelle encore que le contact froid de sa lame dans sa main… Elle s’éveilla dans un sursaut, ses yeux fixés sur son amant. Il la releva avec douceur, cherchant dans son regard une promesse de rédemption… Il y trouva bien plus… Encore blême de sa récente mésaventure, elle l’attira contre elle lui offrant l’oubli… L’aube filtrait à travers les persiennes, promenant son indiscrétion dans les pièces froides et anormalement calmes… Quelques objets brisés, et un certain désordre témoignait encore de la sauvagerie de l’attaque… Mais les corps avaient disparus… Ainsi que quelques tapisseries d’un autre âge dans lesquelles ils avaient été enroulés puis lestés. Ils devaient à présent nourrir les poissons du fleuve… Ainsi la nature reprenait ses droits… Toujours… Rébecca finissait de lessiver les sols lorsque Sivane survint, les bras chargés de provisions, on était jour de marché… La stupeur se peignit sur son visage parcheminé mais sur un geste de sa maîtresse, elle garda le silence et, suivant son instinct protecteur et la tendresse qu’elle éprouvait pour la jeune femme, elle se saisit d’un chiffon et acheva de cirer les parquets, leur redonnant leur habituel aspect brillant. Rébecca confia à sa suivante le soin de rendre à la demeure un restant de dignité et gravit lentement les marches jusqu’à sa chambre. Sur la pointe des pieds, elle poussa la porte et s’approcha du lit sur lequel Laust dormait paisiblement… Ses traits tirés et la pâleur de son visage touchèrent la jeune femme dont le cœur se serra. Elle effleura la joue de son amant avant de se diriger vers la salle d’eau. Elle se débarrassa de ses vêtements et se glissa dans un bassin d’eau tiède et parfumée… Elle avait besoin de réfléchir… Et pour cela, de se détendre… La partie serait serrée… L’ennemi ne reculait devant rien… Elle devait reprendre le dessus et trouver la faille avant la prochaine tentative qui ne se ferait pas attendre longtemps… Surtout, elle sentait que chaque incursion dans la violence bestiale éloignait Laust de lui-même… Et d’elle… De plus en plus… La folie côtoyait la fureur de tuer chez lui… Rébecca soupira et laissa reposer sa tête contre le marbre froid… Fermant les yeux, elle se concentra sur la situation… Mais rapidement, les effets délassant de l’eau tiède sur ses muscles endoloris détournèrent son attention… De l’autre côté du paravent, la respiration de Laust, égale et légère rythmait le silence… Il dormait encore… Il en avait besoin… Cela la rassurait d’une certaine façon… Tant qu’il s’échappait ne serait-ce que pour quelques heures, de sa réalité, il restait une chance de ne pas sombrer tout à fait dans la folie meurtrière… Elle percevait les vas et viens de Sivane à l’étage inférieur… Rébecca se sentait soulagée de ne plus avoir à dissimuler la vérité à la vieille femme… Après tout, celle-ci s’avérait être sa meilleure alliée… Comme toujours… La jeune femme pensa que des alliés, elle n’en avait que trop peu malheureusement… A force de se cloîtrer chez elle, toujours seule et de refuser de recevoir qui que ce soit, ses anciennes relations s’étaient lassées d’attendre son retour dans le monde des vivants… Elle comprenait à présent que c’était une erreur… Il s’agissait maintenant de rattraper le temps perdu et de retrouver ses contacts, ses appuis… Et pour ce faire…[/i] [b]*Le cabaret*[/b] [i]Rébecca sut que c’était là la solution la plus immédiate et la plus efficace… Sa réputation était faite, il suffisait de se rappeler au bon souvenir des notables de la ville… Cassandra l’y aiderait… Sans avoir besoin de rien lui dévoiler de ses ennuis personnels, Rébecca savait qu’elle n’aurait qu’un mot à dire pour reprendre sa place au cabaret… Restait à convaincre Laust de la laisser se remettre en scène…[/i][/color][/quote]
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Revue du sujet
Ailin
Posté le: Dim Mar 25, 2007 12:16 pm
Sujet du message:
La serpe trancha net. De l'incision pleurait le nectar visqueux, goutte à goutte, dans le flacon de verre. La lumière se tordait sur les parois humides comme effrayée par l'intrus en son refuge translucide. Laust observait le phénomène avec intérêt depuis les ombres de sa capuche. Dès que le récipient fut plein, il se dirigea vers la villa. Depuis quelques jours, le jeune homme allait pieds nus. Les sensations du monde extérieur compensaient le désordre mental qui noyait son regard d'une aura étrange. Le frisson de la pierre sur sa peau traversait sa chair, douce caresse du vent. Rébecca l'attendait dans l'embrasure, un baiser volé avant l'aurore laissait une empreinte sucrée à ses lèvres. Laust ne souriait plus depuis l'incident mais il serra la main de son aimée et murmura quelques mots à son oreille. Parfois son coeur se brisait au désespoir de la nuit, la peur l'écrasant comme un étau, il tapait du poing contre son buste pour effacer la douleur. En vain. Jusqu'à ce qu'elle apparaisse. Les cheveux en désordre et les yeux brillants, ses charmes susurrés par le tissu léger de sa robe. Son étreinte calmait le flot de la terreur, sa voix dévoilait le chemin au coeur des ténèbres.
La bougie vascilla légèrement, la sève bouillona sur le métal brûlant. Elle se tordait, éructant l'agonie d'où naissaient les poisons alors que toute trace de la vie qu'elle charriait jadis se dissipait dans les vapeurs ou noircissait le cuivre qui recueillait ses derniers instants. L'assassin regardait le serpent informe se gélifier, silencieux et révérant. Un soupir comme unique requiem, la chandelle s'éteignit et le jeune homme déposa les restes de sa chimère au creux d'un mortier et entreprit de les broyers. Il ajoutait de temps à autre quelques feuilles séchées. Un délicat parfum embaumait la pièce quand Sivane entra, la confidente de la danseuse se fascinait pour les travaux d'alchimie auquels s'adonnait Laust. Le regard plissé, elle s'émerveillait avec toute la dignité de son âge des métamorphoses qui se jouaient sous le pilon affairé. Les couleurs se mêlaient, d'autres s'effaçaient dans ce kaléidoscope qu'il dirigeait d'une main de maître. Il traquait les aspérités aussi impitoyable que si son arme tenait un adversaire à la gorge, ses prunelles déjouaient l'obscurité du bureau où s'était installé un véritable capharnaum d'alambics et de fioles. Tout l'arsenal d'un maître empoisonneur dissimulé à la curiosité de tous par d'épais rideaux. Quand il filtra sa préparation, il ne restait qu'un baume pourpre qu'il rangea dans une boîte en fer polie. Un cliquetis accompagna la fermeture du verrou. C'est alors que son reflet ondula sur le couvercle. A la vue de Rébecca, Laust sourit mais ne se retourna pas. Il ne voulait pas qu'elle contemple les affres que la culpabilité creusait dans ses yeux, altérant leur expression. Il estimait injuste d'infliger cela à celle qui effleura la mort à deux reprises pour l'amour qu'elle lui portait.
Il se leva finalement et s'approcha, à pas lents et mesurés pour savourer chaque instant. Son coeur implorait à chaque seconde, aspirant à la rédemption que son doux parfum lui procurait. Son sang se consumait d'obsession pour l'être qui partageait son existence, le moindre regard pour son sourire, le moindre murmure pour son attention. Leurs mains s'unirent avec douceur, Laust pouvait sentir sa tension. Sivane s'éclipsa sans un bruit. Quand la porte fut close, Rébecca inspira n'exigeant rien de lui que d'accepter la caresse qu'elle lui octroya du bout des lèvres puis s'alanguit dans les bras de son compagnon avant de déposer à son attention le fruit de ses intentions.
Il demeura immobile, vide et froid. Serrant un plus ses doigs contre la peau nacrée de sa compagne, il ferma les yeux car il s'y attendait. L'ombre lui glaça l'échine, il s'approcha plus près encore pour échapper au spectre de la folie. Pourquoi voulait-elle partir ?
Il l'avait entraîné dans la fosse aux lions, ivre d'amour, il s'était sacrifié à cette faiblesse et pourtant l'assassin refusait de croire que tout aurait pû être autrement. Elle voulait le protéger en s'exposant au danger car même si la bête léchait ses blessures dans sa tannière, elle gardait un oeil sur eux. Non, il était stupide. Son visage se lova contre celui de Rébecca. De ses lèvres entrouvertes s'échappèrent ces quelques mots:
« Je serai toujours à tes côtés. »
Scellant ainsi leur alliance.
Eléa
Posté le: Sam Jan 20, 2007 9:27 pm
Sujet du message:
Errant sans les méandres de son esprit tortueux, la jeune femme ressentait presque dans sa chair les douleurs déchirant l’âme de son double… flottant au-dessus d’elle-même, au-dessus de leurs corps poisseux du liquide vitale à présent arraché au cadavre déchiqueté de celui qui avait eu la folie de croire qu’il pourrait avoir raison de l’assassin… Les larmes de son amour brûlait la peau laiteuse de la danseuse, y laissant les sillons de sa peine ; chaque soupir du jeune homme pleurait dans l’inconscient endormie de celle qui seule avait le pouvoir de le rattraper au vol, et de cela, elle était parfaitement consciente… Le reflet de son offrande, celle qui laverait l’âme rougie de Laust brilla plus intensément dans le noir, imprimant dans le corps tremblant du jeune homme une sensation de chaleur plus réelle encore que le contact froid de sa lame dans sa main…
Elle s’éveilla dans un sursaut, ses yeux fixés sur son amant. Il la releva avec douceur, cherchant dans son regard une promesse de rédemption… Il y trouva bien plus…
Encore blême de sa récente mésaventure, elle l’attira contre elle lui offrant l’oubli…
L’aube filtrait à travers les persiennes, promenant son indiscrétion dans les pièces froides et anormalement calmes… Quelques objets brisés, et un certain désordre témoignait encore de la sauvagerie de l’attaque… Mais les corps avaient disparus… Ainsi que quelques tapisseries d’un autre âge dans lesquelles ils avaient été enroulés puis lestés. Ils devaient à présent nourrir les poissons du fleuve… Ainsi la nature reprenait ses droits… Toujours…
Rébecca finissait de lessiver les sols lorsque Sivane survint, les bras chargés de provisions, on était jour de marché… La stupeur se peignit sur son visage parcheminé mais sur un geste de sa maîtresse, elle garda le silence et, suivant son instinct protecteur et la tendresse qu’elle éprouvait pour la jeune femme, elle se saisit d’un chiffon et acheva de cirer les parquets, leur redonnant leur habituel aspect brillant.
Rébecca confia à sa suivante le soin de rendre à la demeure un restant de dignité et gravit lentement les marches jusqu’à sa chambre. Sur la pointe des pieds, elle poussa la porte et s’approcha du lit sur lequel Laust dormait paisiblement… Ses traits tirés et la pâleur de son visage touchèrent la jeune femme dont le cœur se serra. Elle effleura la joue de son amant avant de se diriger vers la salle d’eau. Elle se débarrassa de ses vêtements et se glissa dans un bassin d’eau tiède et parfumée… Elle avait besoin de réfléchir… Et pour cela, de se détendre… La partie serait serrée… L’ennemi ne reculait devant rien… Elle devait reprendre le dessus et trouver la faille avant la prochaine tentative qui ne se ferait pas attendre longtemps… Surtout, elle sentait que chaque incursion dans la violence bestiale éloignait Laust de lui-même… Et d’elle… De plus en plus… La folie côtoyait la fureur de tuer chez lui… Rébecca soupira et laissa reposer sa tête contre le marbre froid… Fermant les yeux, elle se concentra sur la situation… Mais rapidement, les effets délassant de l’eau tiède sur ses muscles endoloris détournèrent son attention… De l’autre côté du paravent, la respiration de Laust, égale et légère rythmait le silence… Il dormait encore… Il en avait besoin… Cela la rassurait d’une certaine façon… Tant qu’il s’échappait ne serait-ce que pour quelques heures, de sa réalité, il restait une chance de ne pas sombrer tout à fait dans la folie meurtrière…
Elle percevait les vas et viens de Sivane à l’étage inférieur… Rébecca se sentait soulagée de ne plus avoir à dissimuler la vérité à la vieille femme… Après tout, celle-ci s’avérait être sa meilleure alliée… Comme toujours… La jeune femme pensa que des alliés, elle n’en avait que trop peu malheureusement… A force de se cloîtrer chez elle, toujours seule et de refuser de recevoir qui que ce soit, ses anciennes relations s’étaient lassées d’attendre son retour dans le monde des vivants… Elle comprenait à présent que c’était une erreur… Il s’agissait maintenant de rattraper le temps perdu et de retrouver ses contacts, ses appuis… Et pour ce faire…
*Le cabaret*
Rébecca sut que c’était là la solution la plus immédiate et la plus efficace… Sa réputation était faite, il suffisait de se rappeler au bon souvenir des notables de la ville… Cassandra l’y aiderait… Sans avoir besoin de rien lui dévoiler de ses ennuis personnels, Rébecca savait qu’elle n’aurait qu’un mot à dire pour reprendre sa place au cabaret… Restait à convaincre Laust de la laisser se remettre en scène…
Ailin
Posté le: Dim Jan 14, 2007 11:41 pm
Sujet du message:
Elle se détâcha de lui les yeux miroitant de colère, une parure aux attraits épineux et sublimes, puis elle emprisonna ses cheveux dans une écharpe de nuit. Sa compagne se préparait, Laust dissimula ses armes dans les plis de sa tunique et aux flancs de ses bottes. Il ne l'en empêcherait pas car ils n'iraient l'un sans l'autre, à quoi bon sinon ? L'assassin enfila deux gants garnis de plaques métalliques parfaitement huilées pour ne faire aucun bruit et se faufila à la suite de la danseuse. Rébecca le guidait à travers la demeure, il en contemplait l'intérieur, le déshabillant de ses prunelles dorés à l'affut du moindre geste. L'obscurité couvrait leur retraite désespérée, le silence semblait les considérer comme des spectres morts en sursit mais pas un murmure ne les trahit. Son regard lisait les coins et recoins à mesure qu'ils approchaient, Laust repéra sans mal les silhouettes habiles de leurs agresseurs. Le temps retînt son souffle, le jeune homme se recroquevilla dans l'ombre alors que la garde de deux poignards glissa entre ses doigts. Le premier bondit mais le métal lui déchira le côté, le laissant coi un instant. Deux autres le précédèrent toutes lames déhors, le jeune homme recula forcé de se défendre sans riposter. Les parades grinçantes vrillaient ses tympans et usaient son endurance, forts de leur surnombre ses adversaires frappaient avec frénésie. Soudain une vague de faïence se déversa sur eux et doucha leur enthousiasme. Laust s'empara d'un court estoc en se faufilant dans l'ombre, ils n'étaient plus que deux à lutter mais les deux hommes lui barraient la route. D'un écart il esquiva l'assaut maladroit du blessé et son arme trouva sans mal le chemin vers la trachée du malheureux, un dernier soupir noyé dans le flot écarlate macula le mur de son agonie. Le dernier hésita un instant face au regard meurtrier dont Laust le foudroya, l'espace d'un instant, il aperçu l'éclat meurtrier du couteau et para à un cheveux de son visage.
L'arme tourbillona vers le plafond comme l'aiguille d'une horloge détraquée, sa pointe s'immobilisa enfin au sol, marquant la fin de l'attente fascinée des deux tueurs. Laust ondulait comme un serpent fuyant l'acier du mercenaire ivre de vengeance, l'épée sifflait si près de lui qu'il sentait l'air le gifler mais sans jamais l'atteindre. Il décela l'erreur dans le geste de son poursuivant et le désarma. Le poignet claqua en un bruit sec, l'arme s'en libéra alors qu'il grognait de souffrance. Laust la récupéra et pivotant sur lui-même, assena le coup fatal en tournant le dos à sa victime. La chair n'opposa aucune résistance, les côtes craquèrent et le coeur s'affaissa l'espace d'une seconde, vidé de son contenu. Le silence et l'ombre recueillientr le torrent poisseux qui saillait de la plaie.
Le monde se teintait de rouge, sa réalité se réfugiait dans ces roses rubicondes qui naissaient de ses mains. Dans sa poitrine battait le désir d'embellir ce jardin, ils tissaient les chemins au travers de cette flore décrépie au rythme de sa mélopée. Des accords parfois doux, parfois amers. Ces sentiers tranquilles où rien ne pouvait l'atteindre, noyé dans l'ombre et le brouillard, les murmures se taisaient et le laissaient en paix. Dans cette forteresse de silence, les couloirs délaissés charriaient la solitude d'un esprit perdu. Son reflet avait fui les fontaines taries, son sourire déserté les miroirs brisés. Les marches d'un escalier creusait l'enclave de ce paradis déchu, guidées par les promesses d'un avenir meilleur, elles défiaient les ténèbres de leurs angles émoussés. A la poursuite d'un but, inlassables. A quoi bon ?
Tournoyant dans le néant à la manière d'un caroussel à l'effigie des souvenirs du passé. Il chevauchait ces destriers éphémères comme un enfant égaré, son regard triste suivait la route qui plongeait toujours plus loin dans les abysses. Bientôt sa mémoire s'effaça, avalée par l'obscurité mais il voyait les murs et entendait sa respiration. Laust se souvînt, il recherchait quelqu'un. Chaque rose a des épines, elles barraient son chemin et écorchait son essence qui pleurait l'horrible perspective. Il voyait à travers ces pupilles comme à travers deux fenêtres, la réalité s'ouvrait à lui mais paraissait lointaine, à l'abrit de sa folie le jeune assassin ne sentait que la douleur du manque. L'angoisse du vide. Tout était froid, son être se flétrissait sans faiblir. Ses mains habillées de métal s'aggripaient à un dernier espoir, immobiles elles sondaient l'invisible pour y trouver le fil qui le ramènerait là où s'était perdu son coeur. Là où les sources s'étaient enfuit, là où son sourire s'était exilé.
La demeure n'offrait que le silence, rumeur oppressante de l'inéluctable. Laust ne cèderait pas, il l'avait promis. Pourquoi sa mémoire l'abandonnait-elle ? Son nom ? Rébecca, restait ancré dans sa conscience mais tout autour de lui les aquarelles s'estompaient, englouties par le reflux de son inconscient. A chaque pas, il s'enfonçait dans les flots avides. Agrippé au fil ténu mais indéfectible. Laust avait soif de sang, la mort apaiserait ses délires. Rébecca, où es-tu ?
Soudain, un bruit. Un murmure. L'assassin bifurca, la porte entrouverte n'émit pas un son. La jeune femme ne se débattait plus, privé d'air et d'espoir elle semblait inerte. Le jeune homme toisa son ravisseur de longues secondes durant, un sourire naissant au coin des lèvres. Ses poingts se serrèrent, prélude à la tempête qui menaçait de ravager cet amas de chair sans importance. L'instinct le guida, volonté du prédateur. Il bondit, l'étoffe n'encaissa pas la violence du coup qui traversa les derniers retranchements de sa victime. Misérable édifice, il déchanta sur le sol, ses fondations affaiblies. A la merci de sa fureur. Le visage de l'homme se brouilla, gribouillis de plaies et d'ématomes sous l'avalanche terrible qui s'abattait sur lui. L'encre rouge signa son trépas, colliers de perle répandus aux alentours par les caprices d'un enfant. Les instants ultimes emportèrent les lambeaux de sa rage, petit à petit, Laust assimilait l'horrible vérité. Les traits du malheureux n'avaient plus de sens, lignes entremêlées et déchirées. Sa forteresse se craquela, un brouillard épais s'y immisca comme un masque sur une vérité trop dure à admettre. Laust se détourna du cadavre et vînt caresser le visage de la jeune femme de sa main nue. Il ferma les yeux, elle respirait encore. Il pleura longtemps. Son coeur trésaillit alors que les nuées s'emparait de lui. Rébecca se tenait près de lui, son regard brillant défiait les ténèbres. Plus rien n'existait, la folie le gangréna. Rébecca, comme un appel à l'aide. Rébecca.
Eléa
Posté le: Jeu Jan 04, 2007 9:16 pm
Sujet du message:
Laust:
« Ils sont là...Je ne quitterai jamais mais nous ne mourrons pas aujourd'hui. Y-a-t-il un moyen de nous enfuir sans passer par les jardins ? »
Les mots résonnèrent en son fort intérieur pendant quelques secondes qui parurent une éternité… La jeune femme avait bien senti le changement dans l’air ambiant, l’expression de son amant qui s’était fermée le temps d'un soupir, et le bruit mat du projectile délaissant la mort commandée, offrant un sursit à l’ombre dont le souffle réchauffait le cou de la jeune femme à présent. Rébecca réfléchissait à toute vitesse, il fallait faire vite, le corps tiède contre le sien lui communiquait sa fièvre… Elle vit le jardin défiler devant ses yeux, le lac miroitant au bout de l’allée, chaque branche d’arbre remuant légèrement au vent, les fleurs dansant doucement sur leurs tiges dans la fraîcheur du soir… Non… Il n’y avait pas d’issue dans cet enchevêtrement végétal. La danseuse se concentra sur la rue, le petit chemin bordé de fleurs sauvages qui menait au perron principal… mais elle avait choisi un quartier riche où les avancées technologiques avaient permis l’installation de flambeaux qui chassaient les ombres de la rue dès la nuit tombée… Non… Le salut ne viendrait pas de là non plus… Rébecca frémit… Ils étaient pris au piège… Leurs ennemis leur coupaient toute retraite, les empêchant de fuir… Les empêchant de fuir… Mais en avait-elle seulement envie ? Quoi ? Après tous les sacrifices qu’elle avait dû faire, après toutes ces années de travail acharné, ce qu’elle avait acquis par sa sueur lui serait alors enlevé par ces cloportes ?!! Jamais !!! Non… Elle ne leur ferait pas le plaisir de la voir perdre contenance… Ni maintenant… Ni jamais… Ses yeux s’étaient fermé durant ses questionnements intérieurs, ils s’ouvrirent sur ses pupilles où brillaient sa juste colère… Son amant plissa les yeux, deux fentes qui semblaient jauger la jeune femme et son tout nouveau courroux. Il comprenait… Il la connaissait si bien malgré les circonstances peu propices à l’intimité qui ne les avaient pourtant pas séparé. Elle répondit dans un souffle :
Rébecca :
« -Non… A part la rue mais… Nous n’irions pas loin… »
Elle se leva à sont tour, abandonnant Laust à ce que ses paroles sous-entendaient… Elle ouvrit un tiroir d’une commode ouvragée et en retira un long voile noir qu’elle enroula autour de ses mèches rebelles pour que leurs reflets brillant ne les trahissent pas. Elle fit un mouvement que le jeune homme ne soupçonna pas et revint enfin vers lui, un doigt sur les lèvres. Elle ouvrit doucement la porte pour éviter d’en faire grincer les gonds et se faufila sur le pallier, s’arrêtant un instant pour écouter… Seul le silence, profond lui répondit. Rassérénée, elle se glissa dans les escaliers, dos au mur et commença à descendre, prenant soin de ne pas faire gémir les marches de bois ciré. Elle sentait son amant tout contre elle et savait qu’aucun murmure de la maison ne lui échappait, à cet instant où sa concentration avait pris le pas sur son amour… En de telles circonstances, cela la rassura et lui arracha un étrange petit sourire que Laust ne vit heureusement pas… Ainsi ils firent le tour de la demeure, deux ombres silencieuses dans les ténèbres, pour arriver à l’entrée de service, attenante aux cuisines. Un frisson leur parcourut l’échine, signe que l’ennemi était tout près… En effet, s’immobilisant, ils perçurent des frôlements, « ils » étaient entré… La danseuse sentit son amant se raidir, près au combat… Inévitable…
********
Tout avait été très vite, trop vite… Deux… Non trois ombres avaient surgit d’un couloir et tandis que Laust maîtrisait la première, les deux autres s’étaient ruées sur lui… Rébecca fit s’écrouler une colonne sur laquelle reposait de la faïence en donnant un violent coup de pied en sa base. Les porcelaines dégringolèrent avec fracas sur les intrus… Ils ne mirent pas longtemps à se remettre et alors que l’un d’entre eux allait au secours de son acolyte aux prises avec Laust, l’autre se précipita sur Rébecca qui en un entre-chat, glissa sur le côté et disparut par une petite porte donnant sur les salons… Elle entendait les pas furtifs de l’homme derrière elle malgré le sang cognant à ses tempes au rythme des battements de son cœur. Alors qu’elle pensait atteindre les escaliers, elle se sentit attrapée et tirée en arrière. Elle se débatit et fut projeté contre un mur. Quelques secondes le souffle coupé, elle se reprit et tenta de s’esquiver, rebroussant chemin, peine perdu, son agresseur la frappa, l’envoyant à terre, lui arrachant un gémissement. Elle roula sur le côté quand il crut la saisir à la gorge et lorsqu’elle se releva, une détermination toute nouvelle enflammait son regard. L’homme se jeta sur elle, ne voyant que trop tard un léger reflet argent briller dans la pénombre et il vint s’empaler sur la dague… Le blessé leva vers elle un visage où l’incompréhension se lisait malgré le rictus de douleur… Elle eut un sourire effrayant, et tira quelque chose de sa manche… Approchant ses lèvres de l’homme elle murmura à son oreille :
Rébecca :
« - Saches que tu meurs par la lame de celui que tu as eut l’audace de penser pouvoir surprendre… »
Sa victime eut un soubresaut lorsqu’elle lui planta l’arme dans le ventre…… Celle-là même qu’elle avait trouvé au pied de son lit quelques mois plus tôt… Elle le regarda tomber à terre sans éprouver la moindre pitié… Les bruits d’une lutte acharnée lui parvenait à peine étouffés, se propageant à travers les couloirs. Elle trembla pour celui qui faisait battre son cœur et se précipita… Comme elle coupait par la bibliothèque, elle reçut un violent coup à la tempe et s’écroula. Ils n’étaient pas que trois ! Cette vérité si simple lui glaça le sang en traversant son esprit… Elle n’eut pas le temps de se relever, elle se sentit retourner et deux mains se refermèrent sur sa gorge, l’empêchant d’émettre le moindre son…
*… C’est fini… Non… Laust…*
Ailin
Posté le: Mer Jan 03, 2007 10:54 am
Sujet du message:
Rébecca l'écoutait, ils discutèrent longtemps. Les mots brûlaient les lèvres d'une saveur sucrée salée exprimant le manque et la solitude comme les accords d'une symphonie exutoire. Le monde s'effaçait de leur refuge, soucieux de n'interférer dans leurs confidences. Parfois les émotions vibrèrent jusqu'en dans leur chair qui frissonait, ivre d'avoir retrouvé la moitié égarée. Ce froid délicieux qui apaisait la douleur, glissait en eux l'envie de se blottir contre la chaleur de l'autre. Laust lui pris la main alors qu'elle contait sa convalesvence, la culpabilité soufflée par les scintillants entrelas du doux regard de sa bien aimée. Le sang suintant les frémissements des conflits sussurés par le jeune assassin, ses paroles perlèrent dans l'atmosphère comme le flux éphémère et glaçé. Ils partageaient leur soulagement quand la poignée de la chambre cliqueta, presque sans bruit puis énergiquement sans que le verrou ne cède. Laust sourit, Rébecca soupira avant de se lever pour rassurer sa suivante. Sivane dû repartir, à demi-satisfaite et déterminée à revenir le lendemain pour s'atteler aux travaux de la demeure. Quand elle fut loin, Laust recueillit sa compagne entre ses bras.
« - Je ne veux pas te perdre à nouveau… Restes… Je le veux… Il sera facile de te cacher ici, le temps de décider quoi faire… »
Une caresse glacée serpenta dans son dos, il plissa le regard. La danseuse l'enlassa avec plus d'ardeur, comme effrayée à l'idée de le perdre. Laust lui rendit son étreinte quand elle riposta.
« - Je t’en prie… Nos ennemis rodent dans l’ombre… Je le sais… Ils ne craignent même plus la lumière du jour… Si je dois mourir, que ce ne soit pas loin de toi… »
Un instant, du rouge inonda ses pensées masquant ses yeux d'un velour humide immédiatement étouffé en un battement de cils...Un dernier soupir signé par le métal...Tant de sillons entremêlés dans le sillage de l'assassin en rivières sanglantes. Leur lit creusait une empreinte indélébile que même l'eau ne pouvait laver. Les courants charriaient les souvenirs empoisonnés d'encre noire, oiseaux de papier immaculés entre les flots écarlates.
*Mourir ensembles ? Serait-ce l'unique issue ?*
Il hésitait, les reflets dansant aux les lèvres de la danseuse saupoudrait un baume sur son coeur vicié comme de la neige dans le désert. Une neige éternelle. Pourtant, attendre ici que le loup vienne mordre était une folie, une séduisante folie. Les deux amants s'y brûleraient les ailes, l'un contre l'autre, menacés par l'épée de Damocles qui les unirait jusqu'au dernier instant. Le contact de sa peau satinée le détournait de ses réflexions comme un trésor au coin des yeux, attirant le papillon vers la corolle sucrée de nectar. L'assassin s'arracha aux bras de Rébecca au prix d'un terrible effort, les traits tendus par une douleur silencieuse. Il contempla la ville par la fenêtre, Cassadre s'était vêtue de sa plus belle parure miroitant sur les toits. Entre les plis de sa robe se faufilait l'ombre du danger, un frisson le glaça l'espace d'une seconde. Son dilemme se dissipa, fumée au vent, englouti par la tempête. Inquiet, il ancra son regard dans celui de la danseuse et lui intima de rester silencieuse par l'index en travers de sa bouche. Le jeune disparu, son corps délité en rubans cinabres qui se faufilèrent derrière le battant qui lui barrait la route. Dans les jardins, il entendit le bruissement et sans un bruit, une lame glissa de sa manche vers sa main. Soudain, un sifflement déchira l'air et le carreau lui effleura l'épaule pour finalement s'encastrer dans le bois de la porte. Aussitôt, il s'immisca à l'intérieur et se précipita vers la jeune femme silencieux comme une ombre. Laust déposa un baiser brûlant sur les lèvres surprises de sa compagne, approchant encore son visage, il lui mumura au creux de son oreille.
« Ils sont là...Je ne quitterai jamais mais nous ne mourrons pas aujourd'hui. Y-a-t-il un moyen de nous enfuir sans passer par les jardins ? »
Il la serra contre lui, plus fort. Dans son regard, les liasses s'aiguisaient déjà d'une colère muette. S'il le fallait, il était prêt à en découdre. Pour elle, à jamais pour elle...
Eléa
Posté le: Dim Déc 17, 2006 10:53 pm
Sujet du message:
Le froid habillait son corps de perles de glaces, scintillantes sous la lueur bleutée de la lune, cette amie si chère à son cœur… Les étoiles semblaient raconter une histoire, leur histoire… Rébecca songea, dans une demi-conscience, que jamais elle n’avait eu de plus belle preuve ‘amour que cette absence, qui pour elle avait sans doute été synonyme de survie… Elle le vit en rêve, aller et venir, ses vêtements de nuit le dissimulant aux yeux du monde… Et aux siens… Les larmes perlèrent et se mêlèrent aux gouttes de lune… Le silence nocturne lui souffla sa venue… Elle ne bougea pas, sentant approcher le destin… Elle était prête… A accepter sa sentence… S’il souhaitait qu’elle vive, l’oxygène continuerait à affluer en son sein… S’il la voulait morte, elle saurait le laisser abréger cette vie qui n’en était plus une sans lui… Elle savait qu’il l’aimait… Mais aurait-il le choix ?
Elle ressentit la chaleur de sa main sur la sienne… Soulevant totalement ses paupières cernées de noir, elle lu les tourments sur son visage où transparaissait les mois de profonde inquiétude et les nuits de solitude infinie… Elle frissonna et il l’attira à lui, elle frémit, comme sous la porche lorsqu’il avait effleuré sa nuque. Elle sentit se rompre la digue contenant les émotions du jeune homme et le laissa pleurer l’amer, lui caressant le front avec douceur, lui offrant le calme après la tempête. Il s’apaisa et passa sa main dans les boucles brunes de la jeune femme, il aimait ça… déjà auparavant…
Laust:
« Je suis heureux de te revoir, enfin...Je suis désolé...pour tout...Je ne t'ai jamais oublié, je t'aime Rébecca.»
Lorsqu’il plongea son regard franc dans celui de Rébecca, la jeune femme sut que jamais plus rien ne pourrait changer ce qui s’était tissé entre eux et malgré eux… la fatalité les avait finalement rattrapé après bien des lunes d’errances et de lutte acharnée contre ce qui leur semblait alors comme impossible… La bouche de la jeune femme s’entrouvrit en un sourire énigmatique… Elle caressa la jour de son amour et, arrêtant son doigt sur les lèvres tremblantes de Laust, murmura :
Rébecca :
« - Je sais… Chut… Tout ça n’a plus d’importance… Je t’ai aimé dès le premier regard… Je suis prête à en payer le prix… Mais le temps viendra bien assez tôt… »
Elle approcha le visage du jeune homme du sien et l’embrassa. Ils restèrent là, enlacés jusqu’aux premières lueurs de l’aube. Ils résolurent de se retirer à l’abris des regards et pénétrèrent dans la maison silencieuse. Rébecca referma le verrou sur eux et ils oublièrent l’espace de quelques heures le reste du monde…
Le soir venu, ils parlaient encore, se disant tout, ne s’épargnant aucun détail de la longue agonie qui les avait torturé des mois durant. Ils avaient tant de choses à se dire, à partager, ils eurent l’impression qu’ils n’auraient pas assez d’une vie pour s’avouer tout ce qu’il avaient gardé en eux si longtemps…
La réalité finit cependant par les rattraper en la personne de Sivane qui, inquiète de ne pas avoir vu sa maîtresse de la journée vint aux nouvelles. Trouvant porte close, elle eut si peur que Rébecca dû sortir pour la rassurer et, prétextant un regain de bonne santé, la renvoya chez elle sans appel. Sivane dut s’exécuter de mauvaise grâce, insistant cependant pour revenir le lendemain pour s’occuper de la maison, Rébecca dut se plier à cette exigence, comprenant que les choses allaient s’avérer bien plus difficiles que ce qu’elle imaginait…
De retour dans la chambre, elle s’assit près de son amant et, se blottissant contre lui, soupira avant de trouver enfin le courage d’aborder le sujet qu’ils avaient éviter avec soin…
Rébecca :
« - Je ne veux pas te perdre à nouveau… Restes… Je le veux… Il sera facile de te cacher ici, le temps de décider quoi faire… »
Le sentant retissant, elle le serra plus fort contre elle :
Rébecca :
« - Je t’en prie… Nos ennemis rodent dans l’ombre… Je le sais… Ils ne craignent même plus la lumière du jour… Si je dois mourir, que ce ne soit pas loin de toi… »
Ailin
Posté le: Dim Nov 26, 2006 10:46 pm
Sujet du message:
La réalité fuyait sous ses pas, sans cohérence. L'air semblait effacer la ville au fil de sa course. Les formes s'écoulaient autour de lui bafouant les teintes qui s'emmêlaient, les étoiles cinglaient l'obscurité de rubans argentés. Le temps semblait retenir son souffle. Laust haletait, son coeur battait à rompre ses tempes, assourdi par les battements fébriles. L'ombre le talonait, glissant sur le dallage comme l'eau sur les toits, sans avoir à souffrir les obstacles. Elle balayait toute vérité de son implacable fureur, les flots noirs engloutissaient tout espoir dans le néant entrelassé. La bête le happa, il s'effondra sur la pierre éclaboussant son visage d'encre. Le monde se déroba sans un bruit, soufflé par la bourrasque. L'assassin sentait son corps devenir poussière, la moindre parcelle de sa chair s'égrenait autour de lui, sans douleur, sans émotion. Des larmes lui montèrent aux yeux, son visage se craquelait. Il voulait tendre une main mais elle n'existait plus. Il voulu crier son nom mais sa voix n'était plus...Rébecca...
Ses paupières s'ouvrirent, l'éclat de la Lune l'attira lentement loin des songes. La vapeur accompagna son soupir, il s'était assoupi contre un arbre. Le jeune homme ne voulait pas la déranger, un sourire lui avait suffit puis il s'était éloigné pour lui accorder cet instant paisible. Il se leva et écartant une branche de sa main, il la vit allongée. Ses yeux mis-ouverts contemplaient le ciel, Laust sourit, car la lumière du soir lui allait si bien. Son corps se dessinait en lignes d'argent où perlait l'eau du bassin. Ses cheveux humides enlassaient son visage de noir, en un parfait désordre. Soucieux de ne pas se trahir, il ôta ses bottes et s'immisca dans le silencieux refuge de Rébecca.
Peut-être l'avait-elle vu venir car elle ne cilla pas à son approche.
L'assassin dénoua le foulard qui barrait son visage et lui pris la main. Son regard retrouva la broche qu'il lui offrit, en cette rencontre d'un instant. Le brise vînt saluer leurs retrouvailles, la danseuse frissona et Laust la serra contre lui. Le cauchemar cingla sa mémoire, ses yeux saignèrent de larmes. Toutes les blessures s'étaient rouvertes à l'instant où leurs corps s'étreignirent. Il pleurait le temps perdu, il pleurait de joie sans honte car jamais un regard ne l'avait vu ainsi. Le jeune homme ne dit rien, la voix étranglée par les soubresauts de son âme.
Il la serra plus fort pour sentir son coeur battre dans l'espoir que c'était pour lui, un sourire étira ses lèvres tremblantes alors que son être s'apaisait. Laust passa sa main dans les boucles noires, comme la toute première fois. Enfin il parvînt à articuler:
« Je suis heureux de te revoir, enfin...Je suis désolé...pour tout...Je ne t'ai jamais oublié, je t'aime Rébecca.»
A ces quelques mot, il plongea ses yeux dans ceux de la danseuse. Alentour, plus rien n'avait d'importance. L'assassin n'attendait plus rien, le soulagement l'avait submergé et balaya la tempête loin à l'horizon. Suspendu à son regard, il se résigna car il aimait cette faiblesse.
Eléa
Posté le: Dim Nov 19, 2006 11:46 pm
Sujet du message:
Rébecca n’avait pas cillé… Elle avait cru d’abord à un fantôme surgissant de son imagination, puis avait compris que les fantômes étaient bien réels… L’amertume contenue dans sa voix… Elle se souvenait de ses assauts sans cesse répétés, inlassablement réitérés et éternellement déçus… Non, elle ne l’avait jamais aimé, comment aurait-elle pu ? Peut-être au début, aurait-il eu une chance de se faire aimer d’elle, lorsque la grandeur côtoyait la simplicité, lorsqu’elle l’avait rencontré n’était-il pas charmant ? Son érudition l’avait attiré, son assurance et son intérêt pour toutes choses… Puis il était devenu si faible, sa passion dévorante l’avait consumé de l’intérieur. Il avait perdu tout attrait pour elle alors qu’il tentait vainement de lui plaire à tous prix… Son arrogance lorsqu’elle l’avait repoussé n’avait plus connu de limites… Il était excessif en toute chose et Rébecca l’avait trouvé si pitoyable… Avait-il voulu la couvrir de bijoux ? Leur éclat ne l’avait pas plus touchée que les chardons poussant dans les champs en friche à la sortie de la ville. Avait-il voulu lui faire peur ? Ses menaces loin d’effrayer la jeune femme avait simplement déposé sur son visage la profonde pitié qu’il lui inspirait désormais… Cela, et cela seulement, il ne pourrait jamais lui pardonner…
Rébecca se souvint du contact brutal de ses doigts sur sa peau pâle et eut un sourire las :
*… Ne seras-tu jamais un homme ?*
Les hommes, ceux que l’on respectait, n’avaient nul besoin d’éprouver leur force en écrasant les autres… Elle resserra ses doigts sur l’objet dans sa tunique, le visage de Laust passa devant ses yeux qui s’éclairèrent l’espace d’un instant :
*Où es-tu ? Toi l’unique dont la marque est à jamais sur mon cœur…*
Elle soupira, regardant le reflet transparent :
*Regardes… Ce qu’ils ont fait de toi…*
Elle se releva lentement et gravit les marches qui la ramèneraient dans le monde des vivants.
Elle traversa la ville comme dans un rêve, sans prêter attention à ce qui se passait autour d’elle, son seul désir était de rentrer s’isoler, loin des gens, loin de tout.
C’est avec soulagement qu’elle referma la lourde porte de bois sur elle, s’appuyant contre le battant elle resta là quelques minutes, son cœur battant irrégulièrement, signe de son malaise. Elle résolut de ne pas tenir compte des menaces faites à son encontre et de ne surtout rien dire à Sivane, qui s’inquiétait déjà assez comme ça.
Elle monta dans sa chambre et, après un bon bain, s’étendit sur son lit, les yeux fixés sur les branches d’arbres que le vent faisait danser devant sa fenêtre.
La nuit la surprit ainsi… La maison était silencieuse… Rébecca se leva en chemise et descendit les escaliers en silence et dans l’obscurité. Elle parvint sur la terrasse et allait se laisser aller sur la méridienne lorsque le reflet de l’eau du petit lac au fond du jardin attira son regard. Elle inspira l’air frais de la nuit et se glissa le long de l’allée, appréciant le contact de l’herbe douce sous ses pieds nus.
Arrivée au bord du lac, elle écouta chanter les grenouilles et se sentit attirée vers la mer d’huile où se mirait la lune. Elle avança furtivement entre les roseaux. Elle frémit au contact de l’eau froide mais avança plus encore, laissant avec délice l’élément envelopper son corps de ses bras amoureux. Elle nagea ainsi quelques minutes… Le temps semblait s’être suspendu, elle se sentit revivre…
Plus tard, elle regagna la rive et se hissa sur un lit de trèfles où elle resta étendu, les paupières clauses, le tissu léger de sa chemise devenu transparent collé sur sa peau où perlaient des goûtes d’eau et de lune…
Ailin
Posté le: Dim Nov 19, 2006 12:05 am
Sujet du message:
L'homme saisit son regard dans l'eau silencieuse du canal, les teintes humides ne parvenaient à effacer l'empreinte du chagrin qui s'étaient ancrée dans les traits de la danseuse.
Autrefois, il avait aimé le feu qui parcourait sa peau quand elle dansait pour les autres...L'effort sublimait ses charmes sous l'étreinte des braseros, chassée par l'éclat noir de ses cheveux...Elle ne n'avait jamais dansé pour lui...A l'abris des voilures de sa loge, il dissimula ses chimères, nourrissant le besoin de la contrôler. Après tout, le moindre de ses désirs était un ordre. Sa main se souvenaient encore de la froideur de son verre; ses lèvres, de l'âcre goût du vin. Elles désirèrent s'emparer de la saveur du sourire énygmatique de Rébecca. C'est ainsi qu'il déploya toutes les intrigues pour y parvenir, de l'opulence à la menace, tout s'était brisé comme la mer sur la falaise, sans parvenir à arracher la moindre poussière. La honte craquela cette passion futile, libérant les affres de la rancoeur. La volonté perdue dans l'immensité de cet océan écarlate, elle se brûlait les ailes dans la poursuite d'une idée encore plus folle. Folle de rage. Elle serait à lui, pour lui. La mort de Rébecca serait sienne, comme une ultime victoire marquant l'éternité au fer rouge.
Aujourd'hui, l'ardeur semblait éteinte, réduite en cendres. Un dégoût amer étreignit son palet, à l'égard de cette affection qu'elle lui inspirait encore, drappée dans toute sa noblesse. La jeune femme demeura immobile, ne lui adressa pas un regard. Cette indifférence renforçait son plaisir plus encore qu'elle ne froissait son ego. Rébecca gisait pâle comme l'écume abandonnée sur la plage, scintillante...mais seule.
« Bonjour Rébecca. Ton miracle t'aurait-il rendu pieuse ?
Il parlait sans aigreur, tout juste capable de masquer son ressenti. Le visage de l'aristocrate n'arborait pas la moindre expression si ce n'est une froideur hautaine, soulignée par une barbe sombre et pointue. Dans ses yeux glacials n'apparaissaient que les images de l'extérieur, les liasses d'ébène posées comme un voile sur les empreintes de son coeur.
-Tu es toujours aussi forte, capable même d'échapper à la mort. Peut être parviendras-tu à retrouver le chemin de la scène, le cabaret s'ennuie de ta présence, Rébecca. Je te souhaite de retrouver le bonheur...
L'homme s'approcha d'elle et appausa sa main sur son épaule feignant la compassion avant de l'enserrer dans un terrible étau. Il ne cessa de contempler le regard ternis à la surface de l'eau. La jeune femme ne frémit qu'à la surface du canal, dominée de la sombre image de son ravisseur. Le reflet de la longue cape noire l'enveloppa comme un nuage de tempête quand il se pencha sur elle. Ses lèvres effilées effleurèrent l'oreille de la jeune femme, charriant le parfum capiteux de l'absinthe.
...Car la prochaine fois, je te tuerai.»
Les mots résonnaient comme une sentence alors qu'il se relevait dans un bruissement d'étoffes, il réajusta son brocard et se fondit dans l'obscurité d'une ruelle, pareil à un spectre.
Eléa
Posté le: Dim Nov 12, 2006 2:04 pm
Sujet du message:
La lumière l’aveugla alors qu’une bouffée de chaleur étouffante après la fraîcheur régnant dans le temple lui brûla les poumons. Rébecca resta un instant sur le parvis de l’église pour s’habituer au bruits…
Bruits ? Brouhaha indescriptible était un terme plus approprié. Sur sa droite, elle vit un attroupement de personnes qui gesticulaient, elle renonça à s’approcher et préféra se diriger dans une autre direction, quitte à faire un détour par les ruelles derrière le presbytère elle aimait autant ne pas se mêler à cette foule grouillante et hurlante. Elle arrêta néanmoins un gamin qui courait pour lui demander la cause de cette agitation et sa réponse glissa sur elle comme l’eau sur la roche… Après tout, la mort… Elle commençait à la connaître, comme une amie silencieuse qui la suivait sans jamais l’enlacer totalement…
Elle soupira et s’éloigna, mais à peine avait-elle fait quelques mètres qu’elle sembla chercher quelque chose du regard… Elle venait de sentir quelque chose de froid dans sa tunique. Promenant ses doigts sur l’objet elle le découvrit finement ciselé et pointu à une extrémité… Elle en conclu qu’il devait s’agir d’un bijoux… Peut-être une broche… Elle parcouru la foule des yeux mais ne décela aucune ombre que sa mémoire aurait reconnu immédiatement. Elle reprit donc sa marche et lentement, tourna dans une ruelle qui offrait l’avantage de contourner la zone sinistrée et de longer le canal sur quelques centaines de mètres.
Elle sentit la peau autour de ses yeux tirailler un peu, vestiges des larmes dont l’amertume était resté quelque part entre l’autel et le parvis du temple. Passant devant d’étroits escaliers qui descendaient au bord de l’eau, elle hésita avant de finalement se décider à les emprunter. Elle s’assit sur la berge et se penchant, aperçut un visage… Le sien ? Comme elle avait changé, comme la quiétude avait déserté ses traits… Elle frôla de ses doigts la surface miroitante qui se rida, brouillant le monde alentour en un tourbillon argent, confondant ciel et terre en une brume étincelante…
Elle ferma les yeux quelques instants… L’air était si doux près de l’eau… Les bruits de la ville, les cris des gens sur la place… Tout ça semblait avoir été absorbé par cet endroit, sorte de refuge régit par ses propres règles…
Son esprit vagabonda pendant ce qui lui sembla une éternité… Loin… Très loin… Jusqu’au porche d’un cabaret où jouait en sourdine une musique sur laquelle les cœurs valsaient langoureusement, mêlés à jamais dans l’instant…
Lorsque ses paupières se relevèrent, dévoilant à nouveau le monde à ses iris éteints, le reflet dans l’eau n’était pas redevenu tout à fait clair… Les particules mouvantes se mélangeaient encore pour reformer petit à petit une image de la réalité… Les courbes bleutées se rejoignirent et un visage… Un autre visage apparut alors…
Ailin
Posté le: Dim Nov 12, 2006 1:24 pm
Sujet du message:
Laust contempla l'étoffe noire un instant, elle gisait au fond du tiroir et c'est à peine si on la distinguait de l'obscurité. Il suivit du regard les motifs cousus d'or, stigmates de souvenirs ternis par la poussière. L'assassin en chassa le vernis éphémère puis noua le tissu autour de son visage avant de rabattre sa capuche. L'ombre formait un masque insondable, un refuge d'où seuls ses yeux se montraient. Enfin, Laust ajusta quelques lames contre sa brigandine à l'abris de sa tunique de moire sombre. Un sourire sans joie retroussa ses lèvres alors qu'il observait son appartement dévasté, il n'avait même pas eu la force de laver le sang qui soullait les murs. Cela faisait plusieurs jours qu'il traquait le réseau de tueurs qu'avait engagé son ancien commanditaire. Ce-dernier avait d'ailleurs disparu de chez lui lorsque les premiers étaient morts de la main de Laust...
L'assassin se faufilait à travers la foule, rasant les murs où il se confondait dans l'obscurité. Elle avançait vers le temple, magnifique dans sa détresse bien que l'assurance ne guidait plus ses gestes. Un pincement lui serra le coeur alors qu'il aperçu une ombre fondre sur elle. Les secondes se figèrent dans l'instant, Laust fuyait le regard des gens avec adresse tout en s'approchant de l'homme encapuchonné qui n'était plus qu'à quelques mètres de lui. Un marchand attira l'attention de la foule, il en profita pour s'élancer, toutes lames dehors. Le sang entâcha la poussière dans un murmure métallique alors que la masse grouillante des gens attirés vers l'étalage du commerçant avalait le corps inanimé du tueur dont le coeur s'était arrêté de battre.
Le jeune homme se faufila dans le temple après avoir retourné sa tunique souillée, quelques peu honteux de sa présence blasphématoire en ce lieu. Rébécca se tenait à l'écart, agenouillée dans la fraîcheur et le silence, prostrée devant un autel. Le temps de calmer son souffle ivre d'adrénaline, il s'appuya contre un pilier.
Le calme du temple apaisa son coeur et il s'adonna à la contemplation de la danseuse. Drappée dans sa dignité, Laust vit ses épaules trésaillir légèrement, elle pleurait. Un doute lui serra la gorge, il voulu la consoler mais il demeura immobile. Rébecca rejoignit la sortie, calme comme une reine mais l'assissin cru déceler un regard à son attention. Trop bref pour qu'elle le reconnaisse pensa-t-il. Pourtant il la poursuivit sur la place, animée par la découverte du corps, et glissa dans un repli de sa tunique une broche d'argent en présent. Pour réclamer son pardon, pour apercevoir un sourire, pour lui dire qu'il veillait sur elle. Peut être...Laust avait agit d'instinct avant de disparaître, de peur d'être compromis.
~Au revoir, Rébecca...~
Eléa
Posté le: Dim Oct 29, 2006 2:14 pm
Sujet du message:
L’air embaumait de mille senteurs estivales, le ciel azuré ne se voilait d’aucun nuage ce matin-là lorsqu’une frêle silhouette traversait la place menant au temple. Les rues de la ville bourdonnaient d’une joyeuse animation qui ne trouvait pas échos dans le cœur de celle qui redécouvrait doucement que la vie ne s’était pas arrêtée même alors qu’elle se mourrait.
Rébecca, sous son voile discret, eut un frisson en voyant devant s’élever devant elle le majestueux édifice. C’était sa première incursion dans le monde des vivants depuis son « accident ». Elle s’était réveillée ce matin là avec une envie presque viscérale de confier son mal être à quelqu’un, fut-ce à l’ombre diffuse d’une divinité incertaine… Elle avait donc suivit son idée, malgré les exhortations de Sivane et se rendait à présent au temple pour se recueillir. Elle savait que sa fidèle gouvernante s’inquiétait mais que faire d’autre ? Rester à tourner en rond encore et encore ? Malgré elle, la vie recommençait à affluer dans ses veines… Elle se devait de tenter quelque chose pour se libérer enfin de ce poids si lourd qui compressait son cœur…
Elle s’approcha des grandes portes dorées et après une hésitation, pénétra dans l’ombre de la bâtisse, enveloppée par la fraîcheur presque mystique qui habitait les lieux.
Il lui fallut quelque minutes pour habituer ses yeux à la pénombre qui régnait dans le lieu saint. Elle avança ensuite timidement, choisissant une allée latérale, préférant éviter l’allée centrale, trop exposée à son goût. Elle se laissa imprégner du silence serein et de l’impression de quiétude qu’elle ne savait trouver qu’ici.
En s’agenouillant devant un petit autel, elle pria de toute son âme pour celui qui habitait son cœur et ses pensées depuis si longtemps, demandant d’être libérée de ses pulsions morbides qui ne la quittaient plus… Elle se sentit mieux, plus légère malgré les larmes qui coulaient le long de ses joues… Elle savait bien que rien ne changerait en elle mais elle se sentait comme libérée d’un poids… D’avoir même mentalement mis des mots sur son mal lui avait permis d’accepter l’aveu de son cœur… Elle pensa un moment qu’elle aurait dû venir plus tôt mais aurait-elle été prête ? Rien n’était moins sûr…
Un mouvement sur sa gauche attira son attention, pour autant elle ne bougea pas, n’accordant pas un regard de ce côté là, se contentant de noter une présence qui se voulait discrète du coin de l’œil.
*C’est bien ce que je pensais…*
En réalité, la jeune femme avait eu l’impression qu’on la suivait dans les rues ensoleillées, un peu plus tôt. Elle ne ressentit aucune peur… Elle ne ressentait plus grand chose à vrai dire.
Elle se recueilli encore quelques minutes puis se releva lentement, fit un signe de remerciement vers l’autel, alluma un cierge, déposant un felin dans une urne déposée là à cet effet et, après un dernier regard vers le chœurs, se dirigea à pas lents vers la sortie, notant au passage que l’ombre se fondait à présent derrière un pillier…
Ailin
Posté le: Dim Oct 29, 2006 11:29 am
Sujet du message:
Au fil des jours, la colère n'engendrait qu'un vide glacé et Laust frissonait le soir, en contemplant la Lune. Les rumeurs s'étaient faufilées à son palier, elle était hors de danger...Et pourtant, un goût amer avait craquelé le soulagement...Elle avait voulu partir sans lui...Ces quelques mots l'ébranlèrent comme un ouragan, la pluie était devenue cendre, la chaleur était hiver et la passion n'était que braises fumantes. Son regard s'éteignait, or terni sous l'argent du ciel et il n'y faisait rien. L'assassin n'avait pu lui rendre visite, bifurquant dans sa rue, effrayé à la vue de sa porte. Il ne pourrait affronter son regard si elle ne l'aimait plus. C'est pourquoi il attendait sans savoir pourquoi, sans savoir quoi mais inlassablement, Laust patientait. Transi par une douleur dévorante, il se tordait parfois en sanglots et le silence était le pire des echos à sa souffrance...Peut être aurait-il voulu qu'elle soit là pour tout démentir, mais il ne cessait de la voir, les mains crispées sur l'arme qu'il laissa choir sur le carrelage, à s'en faire couler le sang.
Ce soir là, il n'avait pas bronché. Impassible. Le murmure des pas l'avait atteint bien avant que l'homme n'ait forcé sa porte. Il s'était penché sur lui, Laust reconnu dans son regard la même passion fébrile qu'il ressentait lui-même au moment de tuer, comme la flamme d'une bougie dans un miroir fissuré de noir. C'est pourquoi, il dévia la lame avant qu'elle ne l'ait atteint mais le choc l'envoya rouler à terre. La chaise crissa sur le sol avant de tomber, un craquement en dernier soupir. Le temps paru se suspendre au fil du couteau de l'agresseur, il dérapa sur le dallage et lacéra les draps écarlates sans jamais atteindre Laust qui demeurait plus souple qu'une anguille et insaisissable qu'une ombre. La lutte dévastait son univers, les lampes gisaient éventrées et leurs complaintes vaporeuses n'arrachèrent qu'un soupir à leur maître. Le jeune homme haletait, son épaule avait souffert de l'acharnement impitoyable de l'assassin et avait laissé son empreinte sur les murs blancs.
Soudain, une éclair éteignit ses yeux et plongea la pièce dans l'obscurité. Pourquoi lutter? Ainsi, la mort prenait une tout autre signification. Elle n'apaiserait rien, elle ne résoudrait rien mais elle l'aiderait à oublier. Le trépas serait la drogue de son coeur pour l'éternité, pour alléger le fardeau d'un amour qui ne peut réellement effacer ce pourquoi il se battait. La pointe s'approchait, sourire d'opale, presque séduisant. Laust baissa sa garde et chaque seconde le rapprocha de l'ultime châtiment pour son plus grand échec. Les battements de son coeur avait un air de tambours funèbres, secouant la sueur et la poussière de grandes expirations épuisées. L'air siffla, flûte mutilée par la froide obéissance, bientôt il ne serait qu'un spectre. Oublié de tous, honni de tous. Personne ne le regretterait. Quel destin pathétique...
Sa poitrine ne fît qu'un bond pour s'extirper de la dernière étreinte, le poignard ricocha sur le cuir de sa tunique avant de s'éteindre dans un soupir mate. Surpris le tueur ne vit pas venir la contre-attaque qui le jeta à terre...Laust avait fait une promesse, il ne la laisserait pas partir...Désarmé et penaud face à la nouvelle fureur du jeune homme, le chasseur de tête ne bougeait pas mais il attendait que Laust s'approche. Celui-ci plongea et saisit son poignet, le brisant d'un geste vif et de son autre main il fit taire le cri de douleur...Un parchemin vint embrasser la pierre, le jeune homme savait de quoi il retournait, il l'avait compris. Son commanditaire avait condamné sa faiblesse et bientôt effaçerait les traces d'un passé blessant...Laust refusait de la lui livrer, envers et contre tout...Le tueur était à sa merci, la pitié déserta tout son être. Le glas de l'horreur résonna à lui briser le crâne. Laust hurla sa fureur, l'amour perdu et la vengeance avant d'abattre son bras vengeur. Le sang noir se mêla à ses larmes et ce fut le silence qui l'accueillit, encore une fois.
Il laissa fleurir la rose pourpre sur le carrelage, impuissant. Laust balança son arme sanguinolante dans un coin sombre et se maudit mille fois...Il était encore capable de tuer, pour elle...Pour elle...
Demain il livrerait la charogne à l'oubli de tous.
Eléa
Posté le: Sam Oct 21, 2006 4:43 pm
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Les semaines s’étiraient paresseusement alors que les jours s’allongeaient, le printemps s’installant silencieusement. Les rumeurs sur la mort prochaine de Rébecca s’étaient tu peu à peu, ceux qui avaient su présenter des visages de circonstance, plaignant sincèrement la jeune femme avaient fini par trouver l’attente longue et avaient rangé leurs vêtements de deuils fraîchement taillés, abandonnant l’idée d’un futur évènement mondain pour s’intéresser à la programmation de l’opéra. Et petit à petit, on avait délaissé cette étrange histoire et laissé la danseuse libre d’hésiter entre la vie et la mort. Alors, dans l’indifférence générale, le fil ténu qui la reliait encore au monde terrestre l’avait retenu. Ses jours n’étaient apparemment plus en danger mais elle n’était pas tout à fait revenu parmi les vivants. Elle restait seule, allongée dans son lit ou sur une méridienne sous le porche et ne parlait à personne. Seule Sivane était autorisée à demeurer près d’elle, en dehors de sa servante, Rébecca ne recevait pas. Ainsi son sang réchauffa son corps et extérieurement, si ça n’avait été une certaine pâleur qui semblait s’être gravée dans sa chair et la profonde indifférence qui voilait ses yeux en permanence, on n’aurait pu croire la danseuse remise tout à fait.
L’air était tiède cette après-midi là, Sivane ramassait des baies pour confectionner des confitures et Rébecca somnolait sous le porche, une petite couverture de laine posée sur ses épaules. L’indolence marquait chacun de ses mouvements mais rien n’aurait pu la décider à retrouver l’agitation du monde. Elle savait bien entendu ce que les gens disaient d’elle mais elle préférait de beaucoup le calme de son jardin aux soirées enfumées et festives du tout Cassandre. Elle s’absorba dans la contemplation des nuages qui moutonnaient dans le ciel azur, ne cherchant surtout pas à leur trouver la moindre ressemblance avec quelque chose d’existant, la nature n’était belle que sauvage et loin de toute idée de civilisation… La jeune femme aimait ces moments où elle était libre de rentrer en elle, sans avoir à feindre de se sentir mieux pour ne pas inquiéter Sivane davantage… L’idée lui vint qu’elle pourrait rester ainsi, retirée du monde pour le reste de sa vie… Mais elle savait bien que cela ne lui serait pas permis. Un jour ou l’autre, il lui faudrait se mêler aux gens et accepter de retourner sur ses pas pour trouver la cause de ses souffrances… Ces souffrances si profondément inscrites dans sa chair… Elle soupira et se redressa légèrement, comme pour obliger ses pensées à s’intéresser au moment présent. Une légère brise se leva et vint lui caresser la joue, faisant danser ses boucles brunes autour d’elle. Elle tendit la main pour les rattraper et se fit la réflexion que ses bras étaient devenus si minces… Ses courbes qui envoûtaient les hommes lorsqu’elle dansait… Où étaient-elles ? Elle sentit sourdre un sanglot au fond de sa gorge, elle n’était plus que l’ombre d’elle-même… Mais qui lui avait volé sa vie ? Elle demeura pensive quelques minutes… Ce poignard… Depuis que sa raison lui était revenu, oubliant son envie de vivre quelque part dans les ombres, elle avait évité d’y penser mais il faudrait bien qu’elle affronte la réalité… Ce couteau « lui » appartenait… Pas de doute possible mais pourquoi l’avait-elle retrouvé au pied de son lit ? Le visage de l’assassin passa devant les yeux fiévreux de la jeune femme et elle sourit malgré elle…
Thème visuel par Zeph
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