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[quote="Eléa"][color=darkred][i]Les gouttes d'eaux courroucées striaient les carreaux des grandes fenêtres du petit salon où Bella se languissait un peu. La pluie tombait sans discontinuer depuis deux ou trois jours, le jeune femme ne savait plus très bien et elle qui avait espérer tromper un peu l'ennui avec son amant avait du se résoudre à voir ses espoirs partir lentement en fumée. Alexander Tarik était arrivée la veille au soir mais avait depuis été tellement pris qu'ils ne s'étaient guère vu. Mais que pouvait-il bien avoir de si important à régler qui ne puisse souffrir d'être remis au lendemain? Le carillon de l'entrée interrompit son ressentiment et, comme répondant à un appel inconnu, elle se leva et, s'étirant comme un chat, se dirigea vers la porte du hall.[/i] [b]*Madame Emeline... Toujours si ponctuelle...*[/b] [i]Traversant l'entrée, Bella y découvrit une femme d'âge moyen, occupée à se débarrasser de sa capeline ruisselante.[/i] [b]- Bien le bonjour chère Madame... Quel bonheur de vous voir... Comment vous portez-vous?[/b] [i]S'enquit Bella sur le ton de la conversation.[/i][/color] [b]- Mais à merveilles, je vous remercie. Et vous-même?[/b][color=darkred][i] Répondit Emelyne sur le même ton.[/i] [b]- A dire vrai... Ce mauvais temps aurait eu raison de ma bonne humeur sans la promesse de votre visite...[/b][i] Enjôla la courtisane. Emelyne émit un petit rire de gorge et, s'inclinant, suivit Bella jusqu'à son cabinet de toilette. Là, elle entreprit de défaire les paquets soigneusement emballés de papier kraft, que les domestiques avaient abandonnés là à son intention, pendant que Bella, dissimulée par un grand paravent de bois sculpté, tendu de velours de soie, se ôtait sa robe de taffetas et ses jupons. Avec un soin tout religieux, Emelyne défroissa le papier de soie qui libéra une magnifique robe de soirée en soie sauvage, rebrodée de fils d'or, que la couturière s'empressa de faire passer à Bella. La jeune femme admira le travail attentivement avant de faire glisser la toilette, parfaitement ajustée, sur son corps délicat. Elle fit ensuite quelques pas dans la pièce et, se plantant devant une immense psyché aux contours d'argent, se plongea dans un examen poussé de son reflet. Bella était toujours très critique envers elle-même et, par extension, avec ce qui la représentait. Après tout, ce qu'elle dégageait, l'image qu'elle offrait au monde... Tout cela faisait partie du jeu et, elle ne le savait que trop, comptait pour beaucoup dans sa réussite. Emelyne ne respirait plus, attendant avec anxiété le verdict de la courtisane. La robe de soie sauvage ayant finalement répondu à toutes ses exigences, Bella se sourit à elle-même avant de se détourner pour regagner l'abri de son paravent.[/i] [b]- Parfait Madame Emelyne... Qu'avez-vous d'autre aujourd'hui?[/b] [i]Visiblement rassurée, la couturière sourit à son tour et, se fendant de quelques compliments, se précipita pour satisfaire sa cliente. Au bout de trois quart d'heure, après avoir retenu trois robes dont celle en soie sauvage, une capeline en velours, un manteau en brocard de soie, des gants et quelques paires de bas de soie et refusé la quinzaine d'autres articles proposés, Bella congédia Emelyne avec une belle bourse dont le poids trahissait la valeur de ses achats. A vrai dire, elle se sentait d'humeur moins maussade et décida de prendre le thé dans le jardin d'hiver...[/i] [b]*Au diable la pluie...*[/b] [i]Ce ne fut guère qu'après l'heure du dîner qu'Alexander se décida à réapparaître. Il surgit dans le bureau alors que Bella inscrivait avec soin ses dépenses de la journée dans un livre de comptes à la tranche doré à l'or fin. Elle leva les yeux sur son amant qui, l'air soucieux, laissait une domestique le débarrasser de son manteau qu'il avait conservé, dans sa hâte de rejoindre la courtisane.[/i] [b]-Eh bien... Quelles sont donc là ces manières très cher? Gronda gentiment Bella.[/b] [i]L'homme se détendit un peu:[/i][/color] [b]-Vous avez raison ma Bella... Tout à fait oui... Pardonnez mon manque de savoir vivre et mettez le sur le compte de l'étrange entretien que je vient d'avoir et du non moins étrange état d'esprit dans lequel il m'a laissé...[/b] [color=darkred][i]Intriguée, la jeune femme abandonna sa plume et se leva:[/i] [b]- Bien... Racontez-moi donc... Ne me faites pas languir...[/b] [i]Elle se dirigea vers un petit bar en acajou ciré et, choisissant une carafe dont le cristal ne masquait pas la couleur ambrée du contenu, remplit deux verres à pieds pendant qu'Alexander semblait rassembler ses esprits pour commencer son récit.[/i][/color] [b]-Alors voilà... Vous souvenez-vous ma belle, qu'il y a de cela huit ou neuf mois, j'ai eu un petit souci avec certaines autorisations pour faire sortir certaines pièces du territoire allevasséen... A cette époque, j'étais en affaire avec un proche d'un personnage important, que nous nommerons M., qui eut l'extrême obligeance de faire jouer les relations qu'il avait à Allevasse pour « régler » mon petit problème. Bien entendu, je lui en fut fort gréé mais, malgré mon insistance, il ne voulu point accepter de compensation d'aucune sorte pour ses bons offices... [/b] [color=darkred][i]Là, Alexander marqua une pause... La jeune femme lui tendit un verre, puis alla s'installer confortablement pour entendre la suite. Il semblait hésiter à poursuivre son histoire, sondant le visage de Bella afin d'y desceller la moindre marque de compréhension... Mais cette dernière restait impassible. Il continua donc:[/i][/color] [b]- Hum... Mais voilà qu'aujourd'hui... Il semblerait que notre marquis ait besoin à son tour d'un... Disons... Petit service... Et qu'il lui soit soudainement revenu en mémoire que j'étais, en quelque sorte, son obligé... Ce qui ne me pose aucunement problème si ce n'est que je n'ai, somme toute qu'un goût très modéré pour les affaires de cours et que, soyons clair, ce qu'il me demande va un peu au-delà de mes attributions de marchand d'arts... [color=darkred]-Eh bien mais... Si ce qu'il vous demande vous paraît hors de votre portée, dîtes-le lui... [/color] -C'est que, voyez-vous... Cela n'est pas, à proprement dit, hors de ma portée... Simplement, je ne sais pas à quel point cela pourrait me nuire... Vous n'êtes pas sans savoir que les intérêts des uns sont bien souvent proportionnels aux ennuis qu'ils peuvent signifier pour d'autres...[/b] [color=darkred][i]Bella, assise sur le bord d'une bergère damassée, posa son verre sur une tablette de marbre avant de répondre:[/i] [b]-Alors il n'y a que vous pour définir si votre sens de l'honneur doit vraiment aller à l'encontre de vos intérêts propres...[/b][i] Plissant légèrement les yeux, elle se détourna:[/i] [b]- Mais vous pourriez tout aussi bien trouver le moyen qui vous permettrait de vous acquitter de votre « dette », tout au moins en apparence, sans vous faire perdre vos appuis, ni même une once de votre crédit...[/b][i] échappa t-elle. Sans laisser à son amant le temps de comprendre le sens de ses paroles, elle enchaîna:[/i] [b]-Mais au fait, avez-vous soupé?[/b] [i]A un signe de dénégation d'Alexander, elle sonna et lorsque la domestique entra, commanda un plateau bien garni.[/i] [b]-Oh et... Soyez gentille de servir Monsieur dans le petit salon... Inutile de rallumer les flambeaux dans la salle à manger...[/b] [i]Puis se tournant vers le marchand d'art:[/i] [b]-Allons mon ami... J'ai pleine confiance en vos qualités... Vous saurez régler votre conduite...[/b] [i]Il acquiesça, se félicitant intérieurement d'avoir un goût si sûr... En matière de femmes...[/i] [b]- En attendant, il vous faut vous nourrir...[/b] [i]Il se leva pour la suivre au salon.[/i] [/color][/quote]
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Revue du sujet
Eléa
Posté le: Ven Mai 22, 2009 6:03 pm
Sujet du message:
Les gouttes d'eaux courroucées striaient les carreaux des grandes fenêtres du petit salon où Bella se languissait un peu. La pluie tombait sans discontinuer depuis deux ou trois jours, le jeune femme ne savait plus très bien et elle qui avait espérer tromper un peu l'ennui avec son amant avait du se résoudre à voir ses espoirs partir lentement en fumée. Alexander Tarik était arrivée la veille au soir mais avait depuis été tellement pris qu'ils ne s'étaient guère vu. Mais que pouvait-il bien avoir de si important à régler qui ne puisse souffrir d'être remis au lendemain? Le carillon de l'entrée interrompit son ressentiment et, comme répondant à un appel inconnu, elle se leva et, s'étirant comme un chat, se dirigea vers la porte du hall.
*Madame Emeline... Toujours si ponctuelle...*
Traversant l'entrée, Bella y découvrit une femme d'âge moyen, occupée à se débarrasser de sa capeline ruisselante.
- Bien le bonjour chère Madame... Quel bonheur de vous voir... Comment vous portez-vous?
S'enquit Bella sur le ton de la conversation.
- Mais à merveilles, je vous remercie. Et vous-même?
Répondit Emelyne sur le même ton.
- A dire vrai... Ce mauvais temps aurait eu raison de ma bonne humeur sans la promesse de votre visite...
Enjôla la courtisane.
Emelyne émit un petit rire de gorge et, s'inclinant, suivit Bella jusqu'à son cabinet de toilette. Là, elle entreprit de défaire les paquets soigneusement emballés de papier kraft, que les domestiques avaient abandonnés là à son intention, pendant que Bella, dissimulée par un grand paravent de bois sculpté, tendu de velours de soie, se ôtait sa robe de taffetas et ses jupons. Avec un soin tout religieux, Emelyne défroissa le papier de soie qui libéra une magnifique robe de soirée en soie sauvage, rebrodée de fils d'or, que la couturière s'empressa de faire passer à Bella. La jeune femme admira le travail attentivement avant de faire glisser la toilette, parfaitement ajustée, sur son corps délicat. Elle fit ensuite quelques pas dans la pièce et, se plantant devant une immense psyché aux contours d'argent, se plongea dans un examen poussé de son reflet. Bella était toujours très critique envers elle-même et, par extension, avec ce qui la représentait. Après tout, ce qu'elle dégageait, l'image qu'elle offrait au monde... Tout cela faisait partie du jeu et, elle ne le savait que trop, comptait pour beaucoup dans sa réussite. Emelyne ne respirait plus, attendant avec anxiété le verdict de la courtisane. La robe de soie sauvage ayant finalement répondu à toutes ses exigences, Bella se sourit à elle-même avant de se détourner pour regagner l'abri de son paravent.
- Parfait Madame Emelyne... Qu'avez-vous d'autre aujourd'hui?
Visiblement rassurée, la couturière sourit à son tour et, se fendant de quelques compliments, se précipita pour satisfaire sa cliente.
Au bout de trois quart d'heure, après avoir retenu trois robes dont celle en soie sauvage, une capeline en velours, un manteau en brocard de soie, des gants et quelques paires de bas de soie et refusé la quinzaine d'autres articles proposés, Bella congédia Emelyne avec une belle bourse dont le poids trahissait la valeur de ses achats. A vrai dire, elle se sentait d'humeur moins maussade et décida de prendre le thé dans le jardin d'hiver...
*Au diable la pluie...*
Ce ne fut guère qu'après l'heure du dîner qu'Alexander se décida à réapparaître. Il surgit dans le bureau alors que Bella inscrivait avec soin ses dépenses de la journée dans un livre de comptes à la tranche doré à l'or fin. Elle leva les yeux sur son amant qui, l'air soucieux, laissait une domestique le débarrasser de son manteau qu'il avait conservé, dans sa hâte de rejoindre la courtisane.
-Eh bien... Quelles sont donc là ces manières très cher? Gronda gentiment Bella.
L'homme se détendit un peu:
-Vous avez raison ma Bella... Tout à fait oui... Pardonnez mon manque de savoir vivre et mettez le sur le compte de l'étrange entretien que je vient d'avoir et du non moins étrange état d'esprit dans lequel il m'a laissé...
Intriguée, la jeune femme abandonna sa plume et se leva:
- Bien... Racontez-moi donc... Ne me faites pas languir...
Elle se dirigea vers un petit bar en acajou ciré et, choisissant une carafe dont le cristal ne masquait pas la couleur ambrée du contenu, remplit deux verres à pieds pendant qu'Alexander semblait rassembler ses esprits pour commencer son récit.
-Alors voilà... Vous souvenez-vous ma belle, qu'il y a de cela huit ou neuf mois, j'ai eu un petit souci avec certaines autorisations pour faire sortir certaines pièces du territoire allevasséen... A cette époque, j'étais en affaire avec un proche d'un personnage important, que nous nommerons M., qui eut l'extrême obligeance de faire jouer les relations qu'il avait à Allevasse pour « régler » mon petit problème. Bien entendu, je lui en fut fort gréé mais, malgré mon insistance, il ne voulu point accepter de compensation d'aucune sorte pour ses bons offices...
Là, Alexander marqua une pause... La jeune femme lui tendit un verre, puis alla s'installer confortablement pour entendre la suite. Il semblait hésiter à poursuivre son histoire, sondant le visage de Bella afin d'y desceller la moindre marque de compréhension... Mais cette dernière restait impassible. Il continua donc:
- Hum... Mais voilà qu'aujourd'hui... Il semblerait que notre marquis ait besoin à son tour d'un... Disons... Petit service... Et qu'il lui soit soudainement revenu en mémoire que j'étais, en quelque sorte, son obligé... Ce qui ne me pose aucunement problème si ce n'est que je n'ai, somme toute qu'un goût très modéré pour les affaires de cours et que, soyons clair, ce qu'il me demande va un peu au-delà de mes attributions de marchand d'arts...
-Eh bien mais... Si ce qu'il vous demande vous paraît hors de votre portée, dîtes-le lui...
-C'est que, voyez-vous... Cela n'est pas, à proprement dit, hors de ma portée... Simplement, je ne sais pas à quel point cela pourrait me nuire... Vous n'êtes pas sans savoir que les intérêts des uns sont bien souvent proportionnels aux ennuis qu'ils peuvent signifier pour d'autres...
Bella, assise sur le bord d'une bergère damassée, posa son verre sur une tablette de marbre avant de répondre:
-Alors il n'y a que vous pour définir si votre sens de l'honneur doit vraiment aller à l'encontre de vos intérêts propres...
Plissant légèrement les yeux, elle se détourna:
- Mais vous pourriez tout aussi bien trouver le moyen qui vous permettrait de vous acquitter de votre « dette », tout au moins en apparence, sans vous faire perdre vos appuis, ni même une once de votre crédit...
échappa t-elle.
Sans laisser à son amant le temps de comprendre le sens de ses paroles, elle enchaîna:
-Mais au fait, avez-vous soupé?
A un signe de dénégation d'Alexander, elle sonna et lorsque la domestique entra, commanda un plateau bien garni.
-Oh et... Soyez gentille de servir Monsieur dans le petit salon... Inutile de rallumer les flambeaux dans la salle à manger...
Puis se tournant vers le marchand d'art:
-Allons mon ami... J'ai pleine confiance en vos qualités... Vous saurez régler votre conduite...
Il acquiesça, se félicitant intérieurement d'avoir un goût si sûr... En matière de femmes...
- En attendant, il vous faut vous nourrir...
Il se leva pour la suivre au salon.
Maej'tei
Posté le: Lun Avr 20, 2009 7:56 pm
Sujet du message:
C
e soir là, en pleine soirée mondaine, Gustave Sorbier était loin de se douter que le Tableau de la Prohibition pouvait très facilement lui glisser entre ses doigts dodus. Il ne s’imaginait pas non plus qu’une entrevue officieuse, et peut-être même dangereuse, se déroulait quelque part dans les quartiers d’Audréa. Il ne lui était même pas venu à l’esprit que quelqu’un d’autre, plus influent, et certainement plus riche que lui, désire s’emparer de la toile interdite. Il n’avait guère pressenti non plus que cette hypothétique adversaire, pouvait prendre les traits du connu Comte D’Aknow ; et que ce dernier soit finalement bien plus renseigné et bien plus avantagé qu’il ne l’était…
Oui, le riche entrepreneur partait confiant et optimiste, persuadé que le tableau serait sien d’ici quelques jours, tout au plus. Il le croyait sincèrement, jusqu’à ce soir là, en pleine soirée mondaine, où Gustave Sorbier eut le droit à un précieux tête à tête avec… le doute.
- Avez-vous lu les quelques nouvelles de la cour du Nouvel Empire ? Pour ce qui me concerne, mes sieurs, je suis bien heureux d’être né dans las vastes provinces d’Allisco.
- De quoi parlez-vous, mon sieur le Marquis de la Démèle ?
s’enquit le baron de Périnathe.
Avez-vous eu ouï dire de certaines choses ?
- C’est peu dire, mon ami…
Sorbier ne comprit guère tout d’abord de quoi discutaillait ces nobles d’ordinaires inintéressants. Il était bien trop occupé à reluquer les apéritifs séduisants qui s’étalaient devant ses yeux. L’un d’eux l’intéressait plus particulièrement. Une petite tranche de jambon joliment fumé se nappait d’un voile épais de fromage fondu. Le tout était entouré d’une robe tissée de patte feuilletée qui, sans doute élaborer par un grand cuisinier, dessinait une rose d’or légèrement gonflée. Sorbier sourit et agita ses petits doigts boudinés au-dessus de son futur encas, telle une araignée prête à se délecter de sa proie. Son désir de goûter l'encas fut inévitablement enflammé par l’odorat délicat qui embaumait la table des mises en bouche. L’homme sourit tout en subtilisant le mets. Rien ne pourrait troubler son instant de délectation.
- Il s’agirait,
déclara le Marquis de la Démèle,
selon certaines sources plus ou moins crédibles, du Marquis de Diofre.
Les oreilles de Sorbier, agrippant cette phrase à la volée, furent très vite parcourues d’un frisson de stupeur. Gustave ouvrit de grands yeux et, oubliant qu’il venait d’enfourner l’apéritif dans sa gorge, toussota bruyamment. L’encas érafla le gosier du gourmand qui, sans discrétion, émettait de grands râles de douleur. Le teint vermeil et les larmes ne tardèrent pas à monter jusque ses joues et ses yeux. Puis, avec une force étonnante, Sorbier se claqua la poitrine d’un grand coup de poing.
Le silence se fit.
Sans surprise, le groupuscule que formait le Marquis de la Démèle, le Baron de Périnathe et d’autres aristocrates des provinces alentours avaient tournés leur visage vers l’imposant personnage. Verres de vins à la main, ils l’observèrent un petit moment avant que le Baron ne s’informe :
- Qu’y a-t-il mon sieur Sorbier, les apéritifs ne sont pas de votre goût ?
- Bien au contraire,
s’empressa-t-il de répondre tout en s’avançant lentement vers les nobles.
Je soufre juste d’une petite toux passagère ces temps-ci, rien d’alarmant.
Le gourmand sourit faussement, adressant quelques signes de têtes à ces interlocuteurs. Et, tout en s’en approchant lentement certes, mais sûrement, il enchaîna :
- Je vous en prie, mes sieurs, poursuivez votre conversation. Ma petite quinte sans importance ne doit en rien perturber vos discussions. Je m’en verrai énormément navré sinon…
Sorbier laissa ses yeux voyager du visage du Marquis vers celui du baron, en passant par quelques seigneurs sans réelle importance. Il guettait leurs expressions, ne cherchant guère à commettre une nouvelle lourdeur dans ses agissements. Personne ne devait découvrir qu’il était à la recherche du Tableau. Personne. En revanche, si quelqu’un dans cette assemblée l’était, il se devait de savoir qui, et ce, avec la plus grande discrétion.
- Je disais seulement à ces honorables sieurs ici présents,
répondit le Marquis de la Démèle,
que le Marquis de Diofre semble s’adonner à des pratiques étranges et scandaleuses, caractéristiques de la décadence morale du Nouvel Empire.
- Oh…
fit simplement Sorbier,
et quelle sorte de… pratiques ?
- Bien, vous m’embarrassez mon brave. Ces pratiques, voyez-vous, sont si choquantes que je n’oserai pas en salir ma bouche même en les déclarant simplement.
- Puis-je alors, si vous le désirez mon sieur le Marquis, vous demander comment cette nouvelle a-t-elle pu se glisser jusqu’à vous ?
Le noble sourit, apparemment heureux qu’on lui pose cette question. Il s’empressa de répondre :
- Bien sûr que vous le pouvez, mon sieur Sorbier. Voyez-vous…
Le Marquis enfouit sa main à l’intérieur de son veston en cachemire vert et fit mine de chercher quelque chose. Remuant doucement les doigts sous son vêtement, il ajouta d’un air théâtral :
- Les esprits s’individualisent et l’argent, de ce fait, se libéralise. Laissez moi vous déclarer que le Nouvel Empire, et plus particulièrement Audréa, est l’épicentre de cette manière de penser. Des petites gens, plus malins que certaines têtes de la noblesse, réussissent de nos jours à entrer en possession d’une richesse conséquente.
Sorbier ne put s’empêcher de sourire, trahissant sa satisfaction quant au patrimoine qu’il avait durement acquis. Il laissa cependant le Marquis poursuivre.
- Cela, mes chers sieurs, est en train de se réaliser en masse dans le Nouvel Empire. Ce qui, sans nul doute, pourrait expliquer le comportement de cet ingrat, Cèles.
Le Marquis de la Démèle laissa finalement sa main émaner de son veston, offrant aux regards curieux une pièce de papier pliée. Il l’ouvrit lentement de ses doigts blancs et l’agita devant le nez de ses interlocuteurs.
- Ce dit-Cèles cherche manifestement à gagner sa vie, qu’importe la méthode employée et les principes bafoués. La noblesse se doit de trembler devant pareil individu qui, en un simple article, peut anéantir toute une réputation. La cible, ici, n’est autre que le Marquis de Diofre. Ce journaliste, s’il mérite d’être qualifier ainsi, hurle au visage de la populace ce qu’on ose à peine murmurer dans les couloirs de nos châteaux.
- Oh…
fit Sorbier, la mine inquiète.
Savez-vous si cette gazette a été tirée à de nombreux exemplaires ?
- Mon bon Gustave, si les rumeurs au nord du Nouvel Empire parviennent jusqu’au sud du mur d’Inov, je vous laisse imaginez le nombre de personnes ayant pu lire telles immondices avant nous.
Sorbier déglutit. Cela eut pour effet de raviver brièvement la saveur du jambon fumé sur sa langue, ce qui le consola quelque peu. Apprendre que toutes les grandes têtes de l’Ancien Empire avait sans doute eu vent des agissements du Marquis était loin de jouer en sa faveur. Il le savait. Pris alors dans un étau d’anxiété, le gourmand fit un faux pas.
- Que dit ce Cèles à propos de l’objet ?
Les yeux se posèrent sur lui dans un silence intrigué. Le baron de Périnathe fronça les sourcils tandis que le Marquis de la Démèle demanda :
- … Quel objet ?
Ce fut alors que Sorbier comprit sa bêtise. Premièrement, il avait laissé sous-entendre qu’il connaissait déjà l’affaire en question. Et, secondement, il avait évoqué un point sensible que ses interlocuteurs semblaient totalement ignorés : l’existence du tableau.
Les pensées du riche entrepreneur voyagèrent au sein même de son crâne à une vitesse ahurissante, concluant rapidement que Cèles n’avait pas abordé le détail le plus alléchant de cette histoire. Soit parce qu’il souhaitait tenir en haleine un peu plus longtemps ses lecteurs, soit parce qu’il ignorait tout, lui aussi.
- Ai-je dis « objet » ?
interrogea brusquement Sorbier en feignant la confusion.
Bien, ma langue a fourché, veuillez m’en excuser mes sieurs. Je voulais en fait savoir ce que disait cet impudent à propos du Marquis de Diofre ?
- Hum…
murmura le Marquis de la Démèle.
Il ne déclare que peu de choses. Tenez, je vous laisse juger…
L’article de journal se dirigea vers la main de Sorbier avant de s’allonger sur sa paume gonflée. Le contact du papier froissé contre sa peau se fit en compagnie d’une étrange sensation qui tapissait l’arrière-plan de cette scène. Cet acte, pourtant minuscule, eut comme l’effet de la cire chaude que l’on coule sur une enveloppe pour y imprimer son sceau. Désormais, dans cette course immorale, Sorbier scellait fermement sa place, en même temps que sa détermination.
=============================
Tard dans la nuit, le gourmand s’était finalement réfugié derrière son bureau en bois massif. A la lueur de plusieurs chandelles, il dégustait un plat qu’il avait expressément demandé à son cuisinier. Celui-ci n’eut guère le choix que de s’exécuter à la tâche pour satisfaire les caprices de son maître, sans quoi, il serait exécuter sur la place publique… Ainsi, le nez plongé dans une assiette de porcelaine merveilleusement décorée, Sorbier dévorait une famille d’escargots persillés. Il ôtait le corps mou des mollusques cuits avec une délicatesse sans faille, les extirpant de leur coquille à l’aide d’une petite fourchette d’argent.
Capril ouvrit la porte et pénétra le bureau, à brûle pourpoint. Il s’inclina brièvement vers l’avant en signe de respect, et attendit. Le gourmand cessa de manger, observant son serviteur d’un regard froid. Cependant, n’ayant guère le temps pour les joutes verbales, Sorbier tenta d’avaler, en même temps que son escargot, la réplique qui allait fuser de ses lèvres. Il se contenta de lancer :
- En temps normal, mon bon Capril, j’aurais ordonné votre pendaison pour ne pas avoir frapper avant d’entrer…
- Dois-je supposer que les temps sont anormaux, votre richissime grandeur ?
répondit le faire-valoir.
- En effet…
Les deux petites dents de la fourchette percèrent le manteau visqueux de l’animal. Son extraction fut brève mais précise.
- Voyez-vous,
reprit Sorbier la bouche pleine,
un imbécile heureux scande à tout va que le Marquis de Diofre se permet les entrevues douteuses dont nous avons parlé dernièrement. Ainsi, la fameuse rumeur ne semble évidemment plus en être une. Même la cour d’Allisco commence à ébruiter cette affaire. Il nous faut alors dés maintenant nous rendre compte que nous ne sommes pas les seuls en piste, mon bon Capril. C’est pourquoi, vous devez partir pour Audréa au plus vite.
Capril clignota des yeux. Il ne répondit pas immédiatement, pris de court par l’annonce de son maître affamé.
- Audréa ? Est-ce vraiment nécessaire… ?
- Bien sûr que ça l’est !
s’exclama le gourmand qui laissa découvrir le persil qu’il avait entre ses dents.
Je vais contacter ce brave Igor Mondel par Mathalys, celui-là même qui veille à ma propriété à Audréa. Je lui dirai de préparer votre arrivée. Cette résidence est grandement plus petite que celle-ci, mais elle conviendra parfaitement au bon déroulement de votre mission.
- Bien… je partirai donc demain matin, aux alentours de neuf heures si cela vous conv…
- Non, vous partez maintenant.
- Maintenant ?! Mais… Aucune de mes affaires personnelles n’est prête.
- Détrompez-vous, les jumelles Claudine et Raymonde ont déjà tout expédié dans la diligence qui vous attend à l’entrée en ce moment même.
- Et… que devrais-je faire une fois arrivé sur place ? Vous ne m’avez encore donné aucun conseil, aucune recommandation, ni même aucune consigne !
- J’ai rédigé moi-même quelques notes sur quatre ou cinq parchemins expliquant quelle sera votre mission à Audréa. Je m’y rendrai également d’ici une semaine, mais en attendant, mon bon Capril, vous êtes celui qui devra agripper le plus d’informations possibles sur ce Tableau de la Prohibition. Vous me permettrez ainsi d’enrayer mon retard, je l’espère… Bien, maintenant, si vous vouliez bien me laisser manger en paix, je vous en serai reconnaissant…
Capril observa, avec un écœurement plus ou moins bien caché, Sorbier se délecter grassement de ses escargots baignés de sauce. Celle-ci dégoulinait quelque peu de ses lèvres effilées, épousant la forme rebondie de son triple menton.
- Votre richissime grandeur a une faim de loup,
glissa le serviteur avec une pointe de moquerie.
- Mmm… C’est exact… L’anxiété me vide l’estomac…
- Oui… Voyez-vous, votre richissime grandeur, dés notre première rencontre, je me suis douté que vous étiez quelqu’un d’ « énormément » anxieux…
Capril tourna des talons, se dirigeant déjà vers Audréa.
Logar/Lucy
Posté le: Lun Avr 13, 2009 9:17 am
Sujet du message:
Le journaliste était assis devant la petite et unique table de la pièce, dos à la porte. Celes soupira et porta simplement son verre de vin à ses lèvres sans se retourner lorsque la porte se ferma derrière lui, tout en marmonnant quelque chose comme "bon ben, ça me fera plus de vin pour moi"...
Mais la voix qu'il entendit lui fit avaler de travers, et c'est en toussotant qu'il se retourna pour regarder son interlocuteur. Il fronça les sourcils et jeta un regard sur les couvertures du lit, puis sur l'inconnu de nouveau, et finit de tousser tandis que l'invité non-désiré posait ses questions.
Il resta sans voix un moment, tout à dévisager le masque bordeaux sobrement mais élégamment habillé qui lui faisait face. Alors que lui avait les cheveux en pétard, était torse nu et baillait ouvertement.
- Mouais...mmm...deux secondes...
Celes mit ce temps à profit pour finir son verre, puis il s'assit en tailleur sur sa chaise et posa son menton dans le creux de ses mains. Soupir, l'inconnu visiteur avait bloqué la fenêtre... ça voulait dire que s'il devait passer par la porte, il devrait en plus esquiver l'aubergiste qui lui demandait de payer sa chambre depuis 3 jours.
Bon, déjà, merci pour les menaces ou mise en garde, ça fait toujours plaisir même je suis plutôt habitué. Ensuite, vous voulez des informations... sur le tableau, d'accord, ça confirme donc les rumeurs comme quoi c'est une peinture, intéressant - même si l'article aurait été meilleur si j'avais suivi la piste de la chèvre empaillée, ahem. Vous travaillez pour qui ? Euh, non pardon, c'est vrai c'est plutôt à moi de répondre...mmm...
Sur l'auteur en particulier ? Je sais pas trop, je dirai qu'il faudrait être assez timbré pour prendre le risque de peindre une telle toile et d'avoir des gens tels que vous qui vous courent après. Je connais pas trop les gens à Audréa, mais on dit qu'il y a des artistes drogués qui sont plutôt en vogue, je crois qu'ils occupent un vieux bâtiment administratif près du quartier de l'Arche.
Le timming était plutôt pas mal, parce que ce n'est qu'une fois la réponse du journaliste finie que l'on put entendre un "hmmgrmmbl" à moitié endormi à moitié énervé, et passablement féminin, s'élever de dessous les couvertures. Une main sortit pour attraper l'oreiller et des cheveux blonds apparurent furtivement.
- Celes, arrête de faire du bruit ou retourne jouer dans le lit, zzzz...
- Oui enfin, Vanes..oups, euh, Marine, j'ai un invité là.
- Zzzmgl... peut venir aussi si y veut...
Celes conclut en haussant les épaules et avec un sourire.
Isak Devmente
Posté le: Lun Avr 06, 2009 11:27 pm
Sujet du message:
L’homme pénétra dans la bibliothèque à pas feutrés et s’avança vers l’imposant bureau du comte, la démarche aussi précise qu’un métronome. A peine fut-il à l’intérieur de la pièce que ses yeux aiguisés agrippèrent ceux de l’aristocrate, et au cours de l’entretien qui suivit, ces derniers ne vacillèrent plus d’un demi millimètre. Immobile et silencieux, Fráye resta attentif aux instructions de son employeur et enregistra minutieusement dans son esprit chacune des paroles qui parvenait à son oreille jusqu’à ce que leur flot semble tarit.
L’espion avait un visage lisse et une peau laiteuse impeccablement rasée. Ses fins sourcils rappelaient deux traits d’encre de chine qui appuyait l’insensibilité de son regard de jais aux profonds reflets bleutés. Tirés vers l’arrière par un chignon parfaitement soigné, ses longs cheveux bruns tombaient sur sa nuque en une cascade légère enrichie de quelques perles d’ivoire, qui semblaient d’ailleurs constituer le seul et unique ornement que l’homme s’autorisait. Sur tout le reste de son corps, rien de criant ni d’ostensible et pas le moindre bijou. Une combinaison de coton noir à la coupe simple mais d’une teinte toujours aussi irréprochable suffisait à l’habiller et ses chausses de toile couleur charbon reposaient au sol sur d’épaisses semelles de feutrine.
Que ce soit au moment où le comte soulignait le caractère pointilleux de Karshner -ce qu’il prodiguait certainement comme un compliment- ou que ce soit lorsqu’il évoquait la possibilité d’un échec, Fráye ne montra pas le moindre signe de réaction. Il se contenta de fixer William d’Aknow, flegmatique, imperturbable et circonspect.
Même lorsque l’aristocrate lui proposa un verre de vin, l’homme ne ressentit pas le besoin de répondre d’une quelconque manière. Premièrement, son regard pénétrant en disait suffisamment long. Ensuite, s’il y avait bien une chose que Fráye haïssait plus que tout le reste, c’était de sentir que son propre esprit échappait à tout contrôle ; or l’alcool avait la faculté de favoriser cet état.
Lorsque le comte eut achevé ses recommandations, il lui tendit un pli qu’il présenta comme la clé de cryptage à utiliser lors de leurs communications futures. L’émissaire placide s’empara du papier d’un geste direct, déplia celui-ci d’une seule main en le faisant habilement glisser entre ses doigts et y décocha un bref coup d’œil avant de le tendre à nouveau à son interlocuteur.
- Je vous laisserais le soin de vous en délester vous-même,
prononça-t-il enfin.
Sa voix ne trahissait d’aucune façon le reste du personnage : elle était grave, claire et précise. Comme son employeur avait achevé son discours en s’excusant d’un temps restreint, l’espion ne s’éternisa pas une seconde de plus. De toute façon, même si le commanditaire était plus haut placé qu’à l’ordinaire, le travail n’avait rien d’inhabituel et il en savait déjà plus qu’il ne lui en fallait. Courbant légèrement l’échine devant l’aristocrate, il formula un cristallin « Monsieur le comte » avant de tourner les talons pour se retirer dans le silence qui le caractérisait.
A peine deux heures plus tard, le temps d’un retour vers Audréa, l’homme foulait les pavés de la capitale sous un pâle clair de lune. Sa démarche discrète mais décidée le fit bifurquer dans une ruelle sombre, puis à gauche dans une autre, avant qu’il ne se retrouve finalement devant un large bâtiment de pierre duquel s’échappait encore quelques rayons de lumière au travers de certains carreaux ainsi qu’un fin trait de fumée du haut des toits. Pendue à la façade, une large enseigne qui grinçait sous la brise nocturne représentait un massif coq apparemment en proie à une certaine luxure. Cette fois ci, Fráye avait couvert son visage d’un masque de théâtre bordeaux d’une extrême sobriété qui représentait un simple faciès aux traits peu expressifs. Aussi figé qu’une statue de marbre, il patienta quelques minutes.
Des pas se firent entendre dans une allée non loin de là. Un homme s’approcha sans remarquer l’ombre qui venait de s’éclipser au coin de l’auberge et pénétra dans cette dernière. Aussi effacée qu’un fantôme, la silhouette dissimulée s’engagea rapidement à la poursuite du nouvel arrivant. Un étage, deux étages et pas le moindre craquement dans l’escalier. L’espion marqua ses distances lorsqu’ils suivirent un long couloir tapissé d’un infâme tissu verdâtre et ils arrivèrent finalement devant une porte de bois dont le vernis s’écaillait lentement.
Le mécanisme de la serrure se fit distinctement remarquer au milieu du silence et ce ne fut que lorsqu’il entendit la porte de sa chambre se refermer d’elle-même derrière lui que l’inconnu prit conscience qu’il n’était pas seul dans la pièce.
- Vous êtes bien celui qui se fait appeler « Celes », auteur d’un récent article dans la Gueulante d’Audréa ?
Articula aussitôt Fráye d’une voix étonnamment calme, alors que ses doigts étaient encore enroulés autour de la poignée.
Je vous trouve une arrogance rare,
continua-t-il sans même attendre de réponse à sa question.
Il se dirigea ensuite vers la fenêtre de laquelle filtrait une lueur fébrile, observa brièvement la ruelle en contrebas et surveilla à nouveau le reporter, tout en ajoutant d’une voix transparente :
- Vous n’avez qu’à envisager ma venue comme un sursis. D’autres voudront savoir ce que vous savez, mais n’auront pas forcément les mêmes méthodes. Je vous donne mon avis : vous serez mort sous peu. Si vous avez des informations de valeur, peut-être vous dirais-je comment éviter cela.
L’intrus marqua une courte pause, comme pour s’assurer que chacun de ses mots avait bien prit tous son sens dans l’esprit du journaliste.
- Que savez-vous réellement du tableau ? Que savez vous de son auteur ?
Azeem El'Bakshir
Posté le: Lun Avr 06, 2009 4:34 pm
Sujet du message:
Apres plusieurs jours de voyage, le comte d’Aknow descendit finalement de son carrosse dans la vaste cour de son manoir alors que le soir s’installait. Le voyage depuis Remor avait été fastidieux et les routes males entretenues et campagnardes de la vallée de la Corride l’avaient empêchées de se concentrer sur ses plans à venir, activité à laquelle il aimait mettre à profit ces temps morts. Heureusement la seconde partie du voyage sur la Longe avait été plus à son goût.
Quelques instants plus tard, et après avoir réglé avec son intendant quelques problèmes liés à ses affaires, le Comte se retrouva enfin seul dans sa vaste bibliothèque qui lui tenait lieu de pièce de travail et où il passait le plus claire de son temps lorsqu’il était au manoir. L’aristocrate s’avança vers le grand bureau bien ordonné au coté duquel se tenait un petit guéridon supportant une bouteille de vin et un magnifique verre à pied de facture Hutzilo. Le comte se saisit de la bouteille, en avisa l’étiquette, puis satisfait, il la déboucha avec dextérité. Il remplit généreusement le verre qu’il porta à sa bouche pour boire une gorgé avec concentration. L’espace d’un instant un sourire fugace traversa ses lèvres avant de disparaître aussitôt. Le comte s’autorisa un bref soupire et reposa délicatement le verre pour aller s’assoire derrière le bureau afin de prendre connaissance des rapports sur les événements officiels et officieux qui s’étaient déroulés en son absence.
L’imposante pendule qui habillait la bibliothèque de son battement régulier sonna les neuf coups alors que le comte s’appliquait à rédiger plusieurs notes quant aux actions à entreprendre pour tirer partie des nouveaux événements ou pour adapter ses intrigues en conséquence. A peine quelques minutes après l’intervention de la pendule, quelques brefs coups furent frappés sur la porte qui s’ouvrit aussitôt doucement pour laisser le passage à un homme qui pénétra dans la pièce.
Le comte se leva pour accueillir son hôte tout en jetant un bref coup d’œil au cadrant de l’horloge.
- Bien,
commença-t-il.
Vous êtes ponctuel…hum… une qualité indispensable. Très nettement insuffisante, bien évidement, mais indispensable néanmoins. Hum… Karshner vous a chaudement recommandé, ce qui venant de lui est plutôt inhabituel, mais… hum... vous devez certainement être au fait de sa personnalité exigeante, non ? Hum… vous pensiez que Karshner agissait de sa propre initiative ? Oui bien, et en temps normal nous n’aurions rien fait qui puisse vous faire changer d’avis. Toutefois, voila une tache qui requiert une attention particulière et aucun de mes… hum… « amis » ne peuvent s’en occuper. Or, il semble que vos compétences soient adéquates, aussi ai-je décidé de vous donner votre chance. Bien entendu l’échec n’est pas plus envisageable avec moi qu’avec Karshner.
Le comte se saisit de la bouteille et remplis de nouveau son verre.
- Désirez vous un verre de vin ? Excellant vin du sud du Calice, en bordure des marécages. Un goût très particulier. Non ? Vous êtes prudent ? Parfait. Cela est également indispensable. Hum… bien, j’imagine que vous êtes au fait des rumeurs qui circulent à propos des… hum… activités du Marquis de Diofre. Hum ? Bien. A l’origine de cela se trouve un tableau représentant le marquis au cœur d’une scène que la morale, et surtout l’église, réprouve farouchement. Bien entendu, Diofre prétend que tout cela n’est que calomnies et divagations de l’imagination pervers d’un artiste fou. Hum, outre le fait qu’une grande partie de la cour bruisse depuis longtemps des petits travers du Marquis, il semble que le réalisme du tableau est si saisissant qu’il aurait le pouvoir de convaincre même le plus sceptique des idiots convaincu des bonnes mœurs de Diofre. Je vous crois suffisamment capable pour appréhender les avantages que représente ce tableau pour son détenteur. Hum ? Et comme vous l’avez deviné, il vous incombe de le retrouver au plus vite. Le peintre se nomme Solal Merianat. Un artiste doué et irrémédiablement toxicomane. Il a eu la fâcheuse idée de disparaître avec le tableau. Comme vous pouvez l’imaginer vous risquez fort de ne pas être le seul à vouloir retrouver cet homme et surtout cette toile. J’apprécierais grandement que vous identifiiez les personnes qui s’y intéressent. A condition bien entendu que cela n’aille pas en contradiction avec votre objectif premier. Bien entendu, en ce qui vous concerne, cette rencontre n’a jamais eu lieu et cela pour personne. Vous trouverez bien un prétexte ou un faux donneur d’ordre pour justifiez votre intérêt pour cette affaire.
Le comte se délecta une nouvelle fois du vin en plusieurs brèves gorgés.
- Bien, j’attends que vous me teniez régulièrement informé de vos avancés. Hum… Karshenr vous a enseigné le cryptage de Halfabar, non ?
Le comte tendit un papier soigneusement plié.
Bien. Voici la clef que vous utiliserez. Mémorisez là et détruisez là. Ne communiquer uniquement à l’aide de ce code ou par Mathalys si vous en avez l’occasion. Bien. J’espère que nous aurons rapidement l’occasion de nous rencontrer de nouveau. Hum… En bon terme j’entends. Vous m’excuserez de ne pas vous raccompagner mais de nombreuses choses requièrent mon attention.
Logar/Lucy
Posté le: Ven Mar 27, 2009 11:30 am
Sujet du message:
- Ohé ohé ! Aujourd’hui en exclusivité dans La Gueulante d'Audréa un article de Celes le célèbre journaliste itinérant venu de directement de Cassandre. C’est aujourd’hui et c’est uniquement dans : La Gueulante d'Audréa ! Deux Félins seulement !
Citation :
SCANDALE ! Audréa vole la vedette à Cassandre en matière de potins aristocratiques ! Celes, votre dévoué et irrécupérable confident mène l’enquête !
Qui l’eut cru ? Jusqu’à il y a quelques jours, s’il était une vérité aussi irréfutable que le fait que notre cher Nouvel Empereur n’acceptera jamais l’un de mes entretiens malgré mes demandes répétées, c’était bien que les bordels, les orgies de pucelles et les soirées tout-en-lanières-de-cuir, bref que le paradis du sexe sur terre se trouvait en plein milieu de l’antre de l’art et du vice, ais-je seulement besoin de la nommer ? Cassandre !
Mais voilà que surgit de nulle part, un certain Marquis de Diofre vient d’entrer dans la course à "qui veut être le noble le plus déviant de l’année" ! Attention à votre morale, Audréa se dévergonde ! D’après un petit tour dans la populace, il paraîtrait que la Marquise est une bonne grosse cochonne ! Madame, pourrais-je vous proposer de venir discuter de ces affirmations ? Ma chambre est au Coq Lubrique !
Cette notoriété ferait bien rire le plus prude des Cassandrois, et il est d’un commun de raconter ce qui est public depuis des lustres. Car oui, messieurs dames, n’allez pas me dire que vous ne saviez pas que le Marquis de Diofre avait un sacré penchant pour la chose ! Par contre, toute la question est : Pourquoi ? Non pas ce pourquoi là, je veux parler du : Pourquoi de la laitière à la boulangère et à la poissonnière, cette rumeur se réveille dans de telles proportions à ce moment précis ?!
Ne me faîtes pas croire que, lorsque j’entend un couple crier "Oh oui ! Diofre-moi !", lorsque les stimulants masculins (pour ceux qui en ont besoin) se renomment « Viril Marquis », lorsque même la vieille mémé du 3ème étage du Coq pense "qu’il en a une grosse"… ne me faîtes pas croire qu’il n’y a pas quelque chose de plus que de l’habituelle routine !
Et soyez assurés que je trouverai quoi…pour vous mettre ensuite dans la confidence,
Votre impertinemment dévoué, Celes de Cassandre.
Maej'tei
Posté le: Lun Mar 23, 2009 5:49 pm
Sujet du message: Le Tableau de la Prohibition
- Sa richissime grandeur m’a-t-elle demandé ?
- Mmm… c’est exact, Capril.
Le riche entrepreneur, du nom de Sorbier Gustave, était assis derrière son bureau en bois massif, le nez baissé, reluquant avec admiration plusieurs pâtisseries. Tel un enfant, son irrésistible envie de les enfourner au fin fond de sa bouche était quasiment palpable. Ses petits doigts joufflus s’agitaient frénétiquement au-dessus de leur glaçage impeccable, tandis qu’une once de timidité semblait subsistée au coin de ses yeux. C’était cela qu’il adorait chez elles. Les pâtisseries étaient parfois si provocantes, si foutrement bien maquillées que l’on ne pouvait qu’en être intimidé ! Il passa maintes fois en revue leurs robes sublimement longues… ou sensuellement courtes. Ses doigts s’agitèrent encore un peu plus à la vue de ce délice et ce fut à cet instant un scintillement d’excitation qui gagna ses pupilles. Oui. Il était temps pour Sorbier de déguster !
- A quel propos sa richissime grandeur souhaite-t-elle ma présence ?
Le gourmand se renfrogna.
Il ne tarda guère à morigéner.
- Capril, au risque de vexer votre petite personne, je vous prierai d’attendre ma précieuse permission avant d’ouvrir la bouche ne serait-ce que d’un millimètre.
- Comme il vous plaira, votre rich…
- Insolence !
hurla Sorbier à son serviteur.
Capril s’empressa de tomber à genoux, inclinant la tête en signe de soumission. Il n’ajouta mot, obéissant à son maître capricieux. Quant à ce dernier, il affichait un sourire mesquin, heureux d’observer son serviteur dans une position qu’il jugeait pour le moins ridicule. Savoir Capril à sa totale merci lui procurait une sensation d’euphorie parfaitement malsaine. Tant pis.
- Mon bon Capril, sachez que je n’aime point être froissé. Surtout par mon propre serviteur. Vous n’ignorez pas à quel point je vous estime au moins ?
déclara Sorbier non sans ironie.
- Non évidemment, vous me le rappelez bien assez souvent pour que je m’en souvienne…
- Parfait !
s’exclama Sorbier qui se refusa de souligner le sarcasme de son serviteur.
Parlons donc maintenant du pourquoi de votre venue en mon bureau, puisque vous semblez si impatient de le connaître. Je vais être direct, Capril. Mais cela ne doit pas vous empêcher de me conter tout ce dont vous êtes au courant. Suis-je clair ?
- On ne peut plus, votre richissime grandeur.
- Bien… Dites-moi, dans ce cas, ce que savez-vous sur le fameux Tableau de la Prohibition ?
demanda Sorbier qui se mordillait la lèvre tout en dévorant des yeux une énorme religieuse au chocolat.
- Hé bien… Votre richissime grandeur me prend un peu de court, je dois l’avouer…
- Ne me faites pas croire cela mon bon Capril. Vous êtes un homme plein de ressources.
- Certes… Certes…
avoua à contrecœur le serviteur qui tentait de gagner du temps afin de structurer sa réflexion.
Le Tableau de la Prohibition, votre richissime grandeur, n’est pour l’heure qu’une rumeur. Du moins officiellement. En ce qui concerne les circonstances un peu plus officieuses, cette œuvre ferait état, selon certains dires, des agissements peu respectables d’un haut personnage politique.
- Vraiment ? Mmm… Continuez….
ordonna le gourmand tout en saisissant d’une main aimante la pâtisserie.
- La peinture en question aurait été peinte sans le consentement de sa victime qui, ayant pris connaissance de l’existence d’un tel objet, mettrait toutes ses forces dans la bataille afin de se l’approprier pour le détruire. Tout en tentant, bien évidemment, d’en étouffer le plus possible les bruits attestant de son existence. De ce que mes oreilles m’ont permis d’entendre, votre richissime grandeur, ce Tableau de la Prohibition porterait fichtrement bien son nom.
- Et pourquoi cela Capril ?
s’intéressa Sorbier qui humait son péché capital les yeux clos.
- Les rumeurs disent que la victime ne respecterait aucunement les préceptes de la religion d’Ohm, qu’elle en ferait grandement offense de par son statut politico-religieux. Ce serait de surcroît une forme de péché suprême.
- Capril, cessez de tournez autour du pot. Décrivez-moi simplement ce qu’il y a de représenté sur cette toile au lieu d’enrober toute cette affaire de belles phrases inutiles. Cela expliquera sans nul doute pourquoi elle est l’objet de tant de tergiversations.
Le gourmand humecta délicatement le glaçage au chocolat de sa langue expérimentée, s’empressant ensuite d’offrir le goût d’un tel délice au fond de son palais.
- Hé bien…
fit le serviteur gêné.
Il semblerait que le personnage peint ne serait autre que le Marquis de Diofre, qui serait l’organisateur d’une… comment dire … ? orgie… mêlant différents individus… des femmes, qu’elles soient pucelles ou catins, mais également des hommes… On parle aussi d’enfants et même de… enfin… de créatures.
- De créatures ?
- Oui… des aériens ou des agéliens… autant féminins que masculins. Sa richissime grandeur n’est pas sans ignorée que la religion d’Ohm n’est guère ouverte à la sexualité en terme général, alors imaginez ce que de telles pratiques pourraient entraîner sur le Marquis… surtout si le nouvel Empereur venait à le découvrir.
- Voyons…
protesta Sorbier la bouche à peine débarrassée du reste de son met,
Tout le monde sait pertinemment qu’un homme de loi et de pouvoir, comme le Marquis de Diofre, aime s’offrir quelques plaisirs de la sorte. Prenez exemple du prédécesseur au Duc d’Allisco. Celui-là même se permettait parfois des entrevues impudiques avec quelques hommes, la cour toute entière en avait eu ouïe dire, pourtant aucun scandale n’en avait été fait, Capril.
- Certes, votre richissime grandeur, certes…
avoua le serviteur en inclinant frénétiquement la tête.
La cour dans sa globalité était au courant des agissements de l’ancien Duc, néanmoins, il en était tout autrement du bas peuple et de l’Eglise d’Ohm. Eux, n'en savaient rien. C’est là où réside toute la différence avec cette présente affaire. Si ce Tableau de la Prohibition devient publique, la preuve en sera indiscutable et le bas-peuple comme l’Eglise prendront connaissances des petits plaisirs du Marquis… Je ne donne, à ce moment là, peu cher de sa tête.
- Mmm… Cette rumeur devient, à mon goût, un peu plus alléchante, mon bon Capril,
murmura le gourmand qui s’humecta légèrement la lèvre inférieure du bout de la langue.
- Pourrais-je savoir pourquoi, votre richissime grandeur ?
Gustave Sorbier, durant toute la durée du dialogue, n’avait pas une seule fois posé les yeux sur son serviteur dévoué, trop occupé sans doute, à dévorer des yeux les gourmandises que les plus fins pâtissiers du royaume d’Allisco lui avaient alignés là. Il jugeait d’un œil critique et connaisseur leurs formes enjouées et sensuelles, leurs parfums forts mais délicieusement sucrés et leur éclat d’ébène chatoyant ou encore de neige poudrée. Aussi originales et dissemblables étaient-elles, leur châtiment serait sensiblement identique.
Quant à Capril, nerveux, il ne savait jamais très bien comment apporter les mots et les gestes à son maître capricieux sans risquer de le froisser inopinément. Et il se demandait même si sa dernière question n’était pas la question de trop…
Apparemment non.
- Hé bien… Voyez-vous, Capril, si l’Eglise vient à apprendre l’existence de pareil tableau, elle sollicitera vivement le nouvel Empereur pour que ce dernier, de son pouvoir divin, enraye toute menace d’hérésie, à savoir le Marquis. C’est pourquoi je dois m’emparer coûte que coûte de cette toile.
- Je crains fort de ne guère parvenir à suivre votre raisonnement, votre richissime grandeur. Souhaiteriez-vous la fin du Marquis de Diofre ?
- Non, mon bon Capril ! Bien évidemment que non ! Je vous croyais bien plus malin que cela !
déclara le gourmand qui léchait furtivement le bout de ses doigts.
Je ne désire pas m’emparer de la peinture pour l’exposer au grand jour, je ne suis pas si immoral que cela. Je souhaite plutôt m'emparer de cette toile afin de posséder un argument de poids me permettant par la suite de parler affaires avec le Marquis, si vous voyez ce que je veux dire… Cet homme est d’une richesse et d’une proximité avec le nouvel Empereur qui m’intéressent quelque peu, Capril. Et si ce Tableau de la Prohibition peut me permettre de discutailler de quelques sujets avec lui, alors pourquoi n’en profiterai-je pas ?
- Ah je vois !
s’exclama le serviteur en signe évident d’illumination.
Sa richissime grandeur voudrait-elle faire chanter le Marquis ?
Un silence de plomb s’écrasa brutalement sur le bureau, achevant toute once de bruit.
Sorbier le gourmand déglutit bruyamment avant de lâcher du regard ses pâtisseries. Il se mit immédiatement à fixer son serviteur. Non sans haine.
- Capril, ne soyez pas vulgaire avec ma personne je vous prie. Le chantage n’est bon que pour les bandits.
- Oh… Certes, votre richissime grandeur, certes… Je ne souhaitais guère vous insulter.
- Je l’espère mon bon Capril, je l’espère…
Le gourmand reposa par la suite son regard sur les gourmandises presque exhibitionnistes, préférant omettre la non-subtilité de son interlocuteur.
Capril ?
finit-il par dire.
- Oui, votre richissime grandeur ?
- Je veux que vous réunissiez toutes les informations possibles et inimaginables sur ce Tableau de la Prohibition. Il est dans votre intérêt, et dans le mien, que je me le procure au plus vite. Et quelque chose me dit que je ne dois pas être le seul dans ce cas…
- Bien, votre richissime grandeur.
La dernière pâtisserie, au préalable humectée par la salive du gourmand, disparue au fond de sa gorge avide. Il savoura cette dernière bouchée tout en ouvrant de grandes narines, sans doute pour chercher à capter la moindre particule sucrée qui vagabondait dans l’air. La langue, au creux de sa bouche, effectua quelques moulinets doux et discrets, caressant le corps disloqué du gâteau.
Sorbier dégusta son met les paupières closes.
Ce moment, d’une longueur insoupçonnée, s’acheva finalement lorsqu’il rouvrit les yeux. Sorbier découvrit alors devant lui un Capril immobile et dubitatif.
- Alors ?!
lança brusquement le gourmand, sans doute gêné d’être épié en cet instant d’intimité.
Qu’attendez-vous pour vous mettre au travail !
Thème visuel par Zeph
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