~ De la Religion d’Ohm ~
L’avènement du Prodige, du fait qu’il entraînât la création de la religion puis rapidement de l’église d’Ohm, fut un tournant historique majeur dans notre histoire, seulement comparable avec les révélation de Lyren Kejh, bien que notre manque de recul historique ne nous permette pas encore d’évaluer l’ensemble des conséquences du discours du bûcher.
Il est extrêmement difficile d’obtenir une vision de l’arrivé du Prodige autre que celle officialisée par l’Eglise d’Ohm et décrite dans les Saintes Ecritures, dont j’invite le lecteur qui n’en aurait pas encore connaissance à se reporter en annexe de cet article pour y découvrir les extraits les plus significatifs (1).
Selon ces écritures, la venue du Prodige sur notre terre se serait faite sous la forme d’un imposant météore qui forma le cratère de Junov, plus couramment appelé Saint Lieu de l’Illumination, au fond duquel se trouve le Temple du Prodige et qui est le lieu de pèlerinage le plus important de l’Ancien Empire. C’est au sein de ce cratère que serait apparu le Prodige et qu’il aurait déclamé son premier prêche face aux hommes qui auraient accouru devant l’événement.
Durant les temps troublés de l’Age Obscur, les nouvelles religions et autre sectes étaient courantes mais le Prodige se distingua de ses contemporains, non seulement par la foi en un dieu unique, mais surtout par la négation des autres dieux qu’ils qualifiaient d’imposteur. Son prêche et sa religion simple, appuyé par l’aura divin de la chute du corps céleste ainsi que, très certainement, par un grand talant d’orateur, permit au Prodige de convertir rapidement un nombre croissant de fidèles jusqu'à Asdubrul III, souverain de Junov. La parole d’Ohm déborda rapidement des frontières qui l’avaient vu naître pour se répandre dans les royaumes voisins, aidée en cela par des prêches souvent fait en Arkantis.
Il est à noter que les premiers prêches du Prodige étaient particulièrement véhéments envers les autres confessions et que cela lui permis, plusieurs années après sa venue, de lancer la première des croisades dans le but de « délivrer les humains des croyances hérétiques qui les asservissaient ». Cette première campagne militaire fut un grand succès, notamment grâce au fanatisme des troupes du Prodige, ainsi que le fut l’impact de ses paroles sur les populations envahies qui accueillaient souvent les Saints Légionnaires d’Ohm comme des libérateurs. De nombreux rois abdiquèrent ou se convertirent et prêtèrent serment au prodige et fidélité à Ohm. Les Saintes Légions d’Ohm levèrent rapidement de nouvelles troupes dans ces royaumes, le plus souvent à partir des armées vaincues et continuèrent l’expansion de la « bonne parole ».
Les territoires ainsi conquis formèrent ce que les historiens appellent le noyau Impérial et constituèrent déjà à l’époque le plus grand Empire du continent. Après la conquête des royaumes du noyau, la croisade s’arrêta un temps afin de consolider le pouvoir acquis. C’est dans cette période que le Prodige nomma Asdurbul III premier Empereur du Saint Empire d’Ohm sous le nom de Asdurbul Ier. L’empereur installa sa capitale à Junov, dans la ville d’Erastit, où se construisait la Sainte Basilique d’Ohm qui deviendra le siège de l’Eglise. C’est au cours du règne d’Asdurbul II que le Prodige, considérant sa mission sur terre achevée, regagna, selon les saintes écritures, le royaume Eternel d’Ohm.
C’est sous le règne de Razamor Ier que le pouvoir Impérial marqua sa distance avec le culte d’Ohm en s’établissant à Audréa, dont la position était plus centrale qu’Erastit et plus facilement accessible grâce aux deux fleuves qui la traversent. C’est également Razamor Ier qui transforma la Sainte Légion d’Ohm en Garde Impériale dans le but de la dégager du pouvoir du clergé. Malgré tout, l’Eglise et le pouvoir Impérial restèrent en de bons termes et assurèrent la stabilité des territoires conquis, ainsi que l’expansion de l’Empire.
Dès ses débuts, l’Eglise fut très hiérarchisée et après la disparition du Prodige elle fut dirigée par ses cinq plus proches disciples qui formèrent les premiers Archiprêtres d’Ohm. En plus de quatre mille ans, son organisation n’a que très peu variée et cela malgré la révolution ésotérique et les nombreux déchirements et querelles internes qui suivirent. Aussi, aujourd’hui encore, l’Eglise est dirigée par les cinq Archiprêtres portant les titres de Gardien du Culte, Gardien du Dogme, Gardien de la Foi, Gardien de l’Ame et Gardien des Pieux.
Le Gardien du Culte, outre le fait d’officier les cérémonies au Temple du Prodige, a en charge l’ensemble des prêtres et plus généralement tout ceux qui participent à l’office et au déroulement des culte dans les églises d’Ohm à travers l’ancien Empire. Le Gardien du Dogme a, pour sa part, la charge des archives et de la bibliothèque de la Basilique et veille au respect du dogme et des enseignements d’Ohm tels qu’ils ont été annoncés par le prodige (ou du moins interprétés dans les Saintes Ecriture). Le Gardien de la foi est le maître des forces militaires et paramilitaires dépendantes de l’Eglise et notamment de la Sainte Garde de l’Illumination. Le Gardien de l’Ame est, à juste titre, le plus craint des Archiprêtres car il est le Grand Inquisiteur et lui seul a le contrôle de l’Inquisition. Du temps de l’Empire, un seul mot de ce personnage aurait suffit à condamner l’empereur même au bûcher. Depuis la révolution ésotérique et le discrédit de l’inquisition, son pouvoir, s’il a été grandement diminué, n’en reste pas moins important. Le Gardien de l'Ame dispose notamment du pouvoir d’Anathème qui lui permet de condamner une personne, un peuple ou même un royaume entier à la damnation, ce qui à pour effet immédiat d’interdire à tout croyant le moindre contact avec l’objet de la colère de l’archiprêtre. Enfin, le Gardien des pieux a à sa charge l’ensemble des monastères et des communautés religieuses dépendantes de l’Eglise.
Sur la nature du Prodige, plusieurs textes contestataires ont malgré tout survécus, notamment grâce aux Archas. Nous pouvons ainsi trouver dans le Jaosa Hereticum (5), recueil de manuscrits écrits par un historien contemporain du Prodige et du premier Empereur, une description beaucoup plus humaine de l’émissaire d’Ohm. S’il entérine le fait de la chute d’un astre céleste sur la terre, comme le prouve d’une autre manière le cratère de Junov, il précise que le Prodige n’était en réalité qu’un prêtre d’un village voisin adepte de la religion d’Orthéa. Si nous en croyons les informations jalousement gardées par la Cabale sur les religions de l’Age Obscur, le culte d’Orthéa dominait effectivement à cette époque dans la région de Junov (3). De plus, grâce aux quelques écrits conservés par la Cabale, on peut reconnaître diverses influences qui se retrouvent dans la plupart des paroles prêtées au Prodige, ce qui irait dans le sens des dires Jaosa. Nous pouvons donc légitimement supposer que ce prêtre dont l’histoire a, peut être volontairement, oublié le nom, aurait profité de l’événement provoqué par la chute de ce corps céleste, non seulement pour lui donner une interprétation religieuse, mais également comme signe de son pouvoir divin. Visiblement aussi ambitieux que doué en rhétorique, il ne fut pas long à s’apercevoir du pouvoir qu’il détenait et a s’en servir.
« L’Apocryphe de Frère Ibal », pour sa part, présente et argumente l’hypothèse que le Prodige ne s’en est pas retourné volontairement auprès d’Ohm mais fut aidé en cela par des fidèles d’Arsdurbul II qui l’assassinèrent afin de supprimer le seul être plus puissant que l’Empereur. Malheureusement, les dires de ces deux ouvrages sont difficilement vérifiables et n’ont jamais pu être recoupées avec certitude. Il existe également plusieurs autres manuscrits comme « l’Unbol Heréticum » et « L’Horastophil » dont les faits sont bien souvent moins crédibles et moins précis que dans les deux précédents
~ Annexe ~
[…] Et c’est dans une traînée feu qui embrasa le ciel que dans son infinie clairvoyance Ohm nous envoya le Prodige. L’émissaire de Dieu, mille fois béni, toucha dans un flamboiement de lumière notre terre pécheresse qu’il marqua à jamais de sa toute puissance.
[…]Et le prodige dit devant les hommes assemblés « Ohm est un, Ohm est le dieu unique qui m’a envoyé parmi vous pour vous montrer la voie de sa sagesse. Rejetez vos faux dieux car ils ne sont que mensonge. Ohm seul est dieu, il est le tout, il est le commencement de tout et la fin de tout, il est la source qui était et la fin qui sera. […]Rentrez dans sa lumière et votre vie sera longue et bonne et votre âme connaîtra la félicité éternelle, rejetez-là et vous vivrez dans la peur et la souffrance et votre âme sera précipitée à jamais dans les flammes infernales. […]
[…]Et les hommes bons surent que c’était la vérité et ils suivirent le Prodige et propagèrent sa parole car c’était la parole d’Ohm lui-même. Les hommes divisés et misérables dans leurs croyances impies furent unifiés sous la seule fois véritable. […] Les hérétiques furent pourchassés et purifiés car nul ne peut ignorer le divin message et nul ne peut vivre en dehors de l’enseignement d’Ohm. […]
[…]Et le prodige vit que les hommes étaient bons et qu’ils étaient justes. Il vit que les hommes étaient guidés par les enseignements d’Ohm et qu’ils ne reculeraient pas devant leur devoir car leur cœur était pur. Alors le prodige dit « Que les hommes soient unifiés sous l’éternelle lumière d’Ohm car Il est tout ce qui est bon. Que nul ne puisse ignorer Son enseignement car Il est tout ce qui est juste. Je vous donne un homme pour vous gouverner, il sera bon et juste car il sera la volonté d’Ohm […]
[…] Et le prodige donna aux hommes l’Empereur, émissaire d’Ohm sur notre terre pécheresse et gardien de la volonté du Tout Puissant. Alors le Prodige vit qu’il n’avait plus de raison d’être et retourna à Ohm qui est tout. […]
(1) - Extraits des « Saintes Ecritures » ensemble de textes fondateurs de l’Eglise d’Ohm moderne, écrit entre 100 et 200 ans après le Prodige. De nombreux passages ont été, ici, supprimés pour ne conserver que le contenu significatif pour cette étude.
(2) - Le Jaosa Hereticum fut un temps exposé à la bibliothèque de Flamin avant d’être dérobé et de nouveau perdu.
(3) «Orthéas Varci Manis » livre des rituels de la religion d’Orthéas, bibliothèque privée de la Cabale (non consultable)
(3) « Hista dal Unow » histoire de Junov, auteur inconnu, bibliothèque privée de la Cabale (non consultable) |