~ De l’apparition des humains et des agéliens ~
Prémices des races majeures de l’ancien empire
Au cours de mon dernier voyage, suite à un entretien passé avec un membre de la tribu boros des Cetras, j’ai pu recueillir diverses informations qui m’ont permis de soutenir de nouvelles recherches. J’ai notamment pu éclaircir la question encore mystérieuse du pourquoi et du comment de nos races majeures. Toutefois, les conclusions qui se sont offertes à moi se sont révélées des plus troublantes et il m’a semblé primordial d’en faire un rapport écrit.
C’est aux temps lointains où les archontes commencèrent à voir germer les premiers conflits à l’intérieur même de leur communauté que la notion de guerre fit son appariation. Les pères fondateurs de notre royaume réalisèrent alors que les créatures qu’ils étaient capables d’engendrer ne seraient plus destinées à leur seul confort, mais également à leur défense et à leur sécurité. Le problème majeur résultant de cela fut que l’habituelle unité de ce peuple dominant ne permettait pas à un parti, même bien défini, de donner naissance à une nouvelle race sans en faire directement profiter son opposant. En effet, le lien ancestral et mystique qui confondait les archontes donnait immédiatement à n’importe quel camp la faculté de soumettre à ses ordres, certes plus ou moins bien, n’importe quelle entité vivante vouant son origine à l’un de ses semblables, même si celui-ci lui était un ennemi direct.
Lorsqu'éclatèrent les premiers affrontements, les archontes ignoraient encore totalement ce fait. C’est alors qu’une de leurs factions particulièrement belliqueuse, connue dans certains écrits sous le nom de Sybil Rlen, donna naissance à la première de nos races majeures : les agéliens. Fruit de longues réflexions de la part de ses créateurs face au problème récent qu’était la guerre, cette ethnie fut dotée de caractéristiques nouvelles et innovatrices. Tout d’abord, les agéliens bénéficièrent d’une grande diversité physique, témoignant de l’incertitude de ses pères quant au compromis le plus efficace entre résistance et vitesse de reproduction de leurs sujets. Ainsi, les agéliens se multiplièrent au sein des archontes à une vitesse qui correspondait à leurs besoins : une armée forte, étoffée et facilement renouvelable. La constitution de ces individus pouvait varier d’une carrure fine, permettant une agilité sans faille utile à certaines techniques de combat, à une robustesse, certes loin d’égaler celle des guerriers boros, mais permettant toutefois le maniement d’armes lourdes et redoutables.
Le Sybil Rlen, pensant avoir trouvé là un instrument d’un avantage certain, fut d’autant plus affligé de découvrir que sa nouvelle création pouvait aisément tomber sous le contrôle de n’importe quelle autre faction archonte. Devenus conscient de l’incidence que pouvait avoir le fruit de leurs recherches, ils tentèrent alors désespérément d’anéantir leur propre ouvrage avant qu’il n’échappe totalement à leur contrôle. Malheureusement pour eux, son élaboration avait été si minutieuse qu’un tel procédé, une fois mis en route, était devenu impossible à maîtriser. C’est pourquoi, au sein de nos pères fondateurs, le Sybil Rlen, victime de son propre succès, fut considéré comme le précurseur de l’anarchie bouleversante qui vint mettre un terme à la bonne organisation de la société archonte.
Dans ce contexte de plus en plus hostile, les agéliens furent très rapidement adoptés parmi quasi-toutes les factions archontes, et furent parfois mêmes mis à profit dans des domaines autres que la guerre. Leur diversité leur permettait en effet de donner de bons résultats aussi bien dans des activités nécessitant une force physique développée que dans des activités manuelles exigeant une grande dextérité. La mentalité des nos pères évolua encore davantage, valorisant de plus en plus la violence au détriment de la sagesse. Les conflits se firent plus nombreux et acharnés, et malgré les innovations militaires individuelles des archontes, la guerre n’était pas chose naturelle et chacune des factions possédait des troupes de nature similaire, principalement basée sur les agéliens. L’une de ces jeunes factions, encore une fois vaguement relaté sous le nom de l’Aneral Sedeb, dont la traduction doit être proche de « partisans de la guerre », fut la première à prendre conscience de cette faiblesse et tenta d’y remédier par l’intermédiaire d’une nouvelle innovation.
Or, il faut savoir que même pour de tels êtres supérieurs, l’élaboration d’une nouvelle race était un procédé fort complexe au cours duquel intervenaient de nombreux paramètres à ne pas négliger. C’est pourquoi, dans un souci de rapidité, l’Aneral Sedeb préféra un remaniement de la race agélienne plutôt que la création d’une nouvelle ethnie. Aux travaux du Sybil Rlen, ceux-ci souhaitèrent ajouter une chose toute particulière. Si l’on en croit les écrits, cette nouvelle race devait en fait constituer un piège tactique à l’égard de leurs opposants. En effet, l’Aneral Sedeb, sachant parfaitement que sa création tomberait sous le contrôle de chacun de ses ennemis, échafauda un plan consistant à semer la panique entre leurs rang en y introduisant des guerriers d’apparence supérieurs aux agéliens, mais de nature bien plus belliqueuse, dissipée, inattentive et autodestructrice. Ainsi les humains furent-ils crées.
S’en suivit l’Histoire comme je la connais déjà. Les humains se multiplièrent au sein des archontes à une vitesse encore plus fulgurante que leurs cousins agéliens, répandant tout aussi rapidement le chaos et l’anarchie sur ces terres de litige. Les factions s’émancipèrent encore davantage jusqu’à se livrer des batailles d’une rage sanglante, ce qui mena à l’annihilation presque totale de nos pères fondateurs, y compris de l’Aneral Sedeb, qui fut elle aussi victime de son “génie”, faute de l’avoir sous-estimé.
Etude biologique et psychologique des races majeures
Ces faits surprenants concernant la création de nos races majeures peuvent aujourd’hui justifier bon nombre de découvertes récentes à propos des différences biologiques qui les opposent. Dire que nous, humains, disposons d’une anatomie plus complexe que celle des agéliens serait l’illustration du parfait euphémisme. En effet, même si cela peut s’avérer particulièrement dégradant, il convient de garder en mémoire que nous avons été pensés dans l’unique but de semer le trouble dans une société plus qu’ordonnée.
Aucune différence physique particulière n’est à noter entre les humains et les agéliens si ce n’est que les humains ont tendance à être plus grands et massifs. Cependant, cela ne constitue en rien un élément utile dans la différenciation de ces deux races, étant donné qu’il n’est pas rare qu’un agélien surpasse la taille et la carrure moyenne humaine. La seule méthode de différenciation fiable réside donc, comme chacun le sait, dans ce que les hommes de science appellent désormais “les surgeons”, ces éléments visibles du corps qui se renouvellent continuellement, autrement dit les cheveux et les ongles. Là où ces surgeons se limitent à leur plus simple aspect chez un agélien, une légère “anomalie” cellulaire provoque chez les humains la pousse continuelle et indésirable de ces éléments. Dès lors, il est possible d’affirmer, par exemple, qu’un individu arborant une longue chevelure appartient indéniablement à la race humaine. Il est à noter que je mettrais aujourd’hui sans nul doute ce “dérèglement” en rapport avec l’œuvre des archontes révolutionnaires.
Il a été démontré par d’autres études scientifiques réalisées sur des sujets incarcérés que l’anatomie du corps humain peut se comparer, par analogie, à une horloge complexe composée de milliers de petits mécanismes et engrenages qui fonctionnent en parfaite cohésion les uns avec les autres. Par conséquent, le moindre désordre dans cette organisation minutieuse peut produire des dommages irréversibles, le rendant particulièrement fragile. Toutefois, il a aussi été démontré que le fort potentiel d’évolution humaine à tendu, avec le temps, à compenser ce manque par la mise en place d’un puissant système immunitaire (cicatrisation des plaies, résistance aux maladies, etc). L’anatomie agélienne, en revanche, fait appel à des organes presque tous capables de fonctionner indépendamment les uns des autres et fait preuve d’une grande simplicité, ce qui implique beaucoup moins de risques de troubles de santé, combiné à une capacité hors du commun de l’organisme à se régénérer.
Ceci explique partiellement que, de nos jours, les humains soient plus résistants à toutes les agressions que je qualifierais “d’internes”, tels les empoisonnements ou les infections, tandis que les agéliens montreront une ténacité supérieure face aux attaques physiques ponctuelles. En effet, il est bien connu qu’une arme à feu percera difficilement plus qu’un trou dans la chair d’un agélien alors qu’il aura des conséquences beaucoup plus néfastes pour le corps humain. Remarquons tout de même que ceci ne s’applique pas lorsque la blessure se rapporte au cœur ou à l’encéphale, réels piliers biologiques indispensable à la survie aussi bien à l’une qu’à l’autre des deux races majeures.
Outre ces quelques caractéristiques, c’est au niveau de la psychologie des individus que l’opposition entre humains et agéliens est la plus marquée. Etant donné l’infinité de temps qui s’est écoulé depuis l’époque des archontes, ainsi que l’évolution naturelle des races, des mœurs et des modèles, il serait incorrect d’affirmer que, vis-à-vis de l’entendement agélien, l’esprit humain est entièrement mauvais et instable. En revanche, il est vrai que ce dernier possède des prédispositions sans pareil pour la colère, l’orgueil, la cupidité, la mélancolie, ou toute autre émotion pouvant altérer sa raison et son sens commun. L’illustration la plus évidente de cela réside bien sûr dans l’organisation de l’ancien empire au fil des siècles, constante source de querelles et de conflits entre les différentes provinces. Rares sont les humains qui n’agissent pas en fonction de leurs intérêts, ainsi que ceux que le pouvoir ne corrompt pas, et nombreux sont les hommes qui croient que leur race est supérieure aux autres en tout points.
L’esprit agélien, pour sa part, est capable de faire preuve d’un sang froid impressionnant et se laisse difficilement submerger par les émotions. Ce peuple dispose de grandes capacités d’organisation grâce auxquelles il a réussi à tenir les humains hors de ses frontières suite à de nombreuses tentatives d’invasions de ces derniers. Pour plus de détails sur le sujet, se reporter au Libre Traité d’Histoire chapitre trois, « de l’organisation de la société agélienne ». La contrepartie de la sagesse manifeste des agéliens semble être le manque très répandu de spontanéité au sein des représentants de cette race. Il est également entendu que, jusqu'à un certain point, certaines émotions prédominantes chez les humais telles que la rage ou le sens de l’honneur peuvent parfois se montrer utiles et pousser les individus à aller au-delà de leurs capacités, phénomène très peu courrant chez un agélien. |