Le chemin de la connaissance
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Eléa
Impose son style

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Posté le
: Dim Mai 17, 2009 8:29 pm
Le chemin de la connaissance |
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L'air embaumait les fleurs des champs et la brise légère charriait la fraîcheur du lac tout proche. Rébecca sourit à la magnifique matinée qui s'immisçait entre les rideaux qu'elle venait de tirer, venant jouer avec les reflets des miroirs, soufflant un peu de poudre de riz abandonnée sur la coiffeuse. Oui, cette journée s'annonçait sous les meilleurs auspices. Arrivée la veille par diligence, la jeune femme ressentait encore dans sa chair les chaos de la route mais la vue du lac Espera valait bien quelques courbatures. Elle se détourna à regret pour aller découvrir le reste de la maison qu'elle avait louer sans l'avoir vu et dont la fatigue l'avait privée d'une visite en bonne et due forme à son arrivée, tard dans la nuit. Sortant sur le palier, elle découvrit que l'autre unique pièce de l'étage était un petit bureau dont les murs étaient couverts d'étagères dont il était miraculeux qu'elles ne ploient pas sous le poids des nombreux volumes à reliure de cuir qui s'y entassaient. Sur un secrétaire d'acajou, une plume aux couleurs chatoyantes reposait aux côtés d'un encrier de cristal, attendant le bon vouloir du visiteur pour épouser les aspérités du parchemin vierge. Notant un étroit escalier montant sans doute sous les combles, Rébecca perçut l'odeur acre du café et, s'apercevant qu'elle avait faim, dégringola les larges marches qui menaient au rez-de-chaussée. Une belle table abondamment garnie était dressée pour elle dans la salle à manger et, au moment de prendre place, la danseuse vit Sivane se précipiter pour la servir. Rébecca ne put réprimer un fou rire:
-Grand Dieu Sivane! Comment veux-tu donc que j'avale tout ça?!!
Le voile de réprobation qui passa sur le visage ridé de sa suivante appela une autre vague de rires.
- Mais il vous faudra pourtant bien faire preuve de bonne volonté ma petite! Ce n'était déjà guère prudent de quitter ainsi la ville sans même prévenir Monsieur Laust! Vous devrez prendre soin de vous, sans ça je me ferais taper sur les doigts gémit la vieille femme.
- C'est bon, c'est bon, je me rends sourit la danseuse. Je promets de faire un effort... Quand à Monsieur... Laisses le donc... Il avait à faire...
Satisfaite, Sivane regagna les cuisines, laissant sa maîtresse à ses pensées. Cette dernière picora quelques fruits, l'esprit ailleurs... Elle se félicitait que Laust eut à faire... Quelque part... Médréla peut-être bien... L'inaction ne lui réussissait pas, aussi la jeune femme préférait-elle le savoir vaquer à ses occupations... Quelles occupations? Elle ne se posait pas la question, cela faisait partie de lui et ne la regardait en rien...
Ces derniers mois s'étaient écoulés plutôt paisiblement, les deux amants ayant trouver un certain équilibre... Le leur en tous cas, partageant beaucoup sans jamais dépasser les limites de la liberté de l'autre. Ainsi, tandis que Laust officiait à ses oeuvres dans les ténèbres, Rébecca avait repris le chemin du cabaret et des étoiles... Celles qui brillaient chaque soir au fond de ses pupilles. Son talent irradiant le moindre de ses mouvements, elle avait renouer avec les somptueuses nuits de Cassandre la magnifique, pour le plus grand bonheur de son public et de Cassandra, ravie de voir sa protégée de retour au bercail. Elle l'avait non seulement accueilli les bras ouverts, mais l'avait également incité à retisser des liens avec ce que la ville comptait de notables les plus influents, mettant pour un temps la danseuse à l'abris de la main vengeresse qui ne manquerait pas de se rappeler à elle le moment venu. Mais Rébecca n'avait pas peur... Rébecca dansait...
Puis le printemps avait succédé à l'hiver et, avant la saison pleine, elle avait résolu de quitter Cassandre quelques jours, furtive escapade dans la ville de Lorcinia où elle avait en projet de visiter la grande bibliothèque, réputée pour être l'une des plus fournies du nouvel empire, tout au moins dans le domaine qui l'intéressait. A observer son amant travailler ses poisons, la jeune femme avait trouvé fascinant de pouvoir extraire et combiner les principes des différentes plantes et y avait vu un intérêt certain: elle pourrait confectionner elle-même certains filtres, poudres et onguents en tous genre. Elle s'était donc passionner pour l'herboristerie mais à Cassandre, ses recherches s'étaient vite vu ralenties; elle savait à présent où chercher...
Plus tard dans la journée, elle quittait la petite maison blanchie à la chaux pour grimper dans une calèche qui devait la conduire en centre ville, en longeant le bord du lac, lui promettant une belle promenade. Les eaux miroitantes lui ramenèrent des souvenirs depuis longtemps passés sous silence. Elle se revit, enfant, jouer dans les vagues, ramassant les galets sur le rivage, là-bas... A Galante... Elle réalisa qu'elle n'avait pas penser à sa terre natale depuis des siècles. Peut-être y retournerait-elle un jour... Comment sa famille l'accueillerait-elle alors? Lassée de ne recevoir d'elle qu'une lettre isolée... De temps à autre... Elle haussa les épaules, leur réaction lui importait peu au fond, c'était la mer qu'elle voudrait revoir... La mer et le vieux phare... Serait-il toujours debout, ce vaillant soldat, résistant encore et toujours aux colères des dieux des abysses, guidant les hommes vers leur salut?
Le claquement des rênes la fit revenir à elle. Ils quittaient le bord du lac pour s'enfoncer dans la ville... Enfin...
Ils traversèrent plusieurs quartiers plutôt pauvres, les maisons brandissant fièrement leurs toits délabrés vers le ciel, les enfants en guenilles jouant sur les carrés d'herbe desséchée, comme autant de défis à l'adversité... Il ne devait pas faire bon vivre par ici... Puis les rues se firent plus larges, les mauvaises herbes laissèrent la place à de jolis parterres fleuris avec goût et les tuiles de terre cuite ébréchées disparurent au profit de beaux toits d'ardoise, surmontant de belles et grandes demeures de maîtres. Enfin, les quartiers riches laissèrent place au quartier commerçant et Rébecca sut qu'elle touchait au but. Elle se fit arrêter à un coin de rue, ayant envie de jeter un oeil sur quelques étals, on était jour de marché. Elle déambula quelques minutes entre les allées, choisissant quelque étoffe précieuse ici, un parfum capiteux là... Oui, cette ville lui plaisait beaucoup. Elle prit finalement le chemin de la bibliothèque, distribuant quelques félins aux mendiants attendant là le départ des marchands pour ramasser quelque denrée tombée à terre, comme un cadeau d'Ohm pour ses fidèles, même les plus miséreux...
La grande Bibliothèque de Lorcinia était aussi vaste que les plus grands châteaux que comptait l'empire, et sa hauteur vertigineuse rendait visible de très loin la coupole ornée de somptueux vitraux, surplombée de son dôme de verre, qui trônait au centre de son toit, laissant entrer la lumière du jour dans les profonds dédales de la connaissance.
Le granit rose du parvis de l'immense édifice scintillait presque sous les rayons de l'astre du jour et Rébecca s'attarda quelques instant pour profiter de la chaleur douce...
A l'intérieur, l'atmosphère était chargée du silence studieux de ceux qui cherchent... Ceux qui cherchent les vérités... Il n'était pas rare d'y croiser tel universitaire d'Audréa, venu faire une retraite pour se consacrer à quelque recherche... De nombreuses personnes se croisaient sans un bruit, sans un geste, ils avaient l'air de glisser au dessus du sol. La jeune femme se sentit imprégner par le calme et se dirigea tout naturellement vers une console sur laquelle reposaient quelques gros volumes, index de tout ce qui se trouvait entre ces murs... Tout ou presque, les ouvrages les plus rares ou ceux considérés comme subversifs étant conservés dans un cabinet secret, jalousement cachés aux yeux du commun des mortels, quelque part, dans le saint des saints... Pour l'heure, Rébecca trouva ce qu'elle était venu chercher, et, à la suite d'un préposé à la section botanique fort soucieux de ne point lui déplaire, parcouru les labyrinthes de rayonnages, afin d'emprunter les précieux recueils. Elle signa ensuite le registre et ayant pris place à une table, sous la coupole, se plongea dans le premier des cinq volumes consacrés aux vertus des plantes sur lesquels s'était porté son choix... _________________ Eternelles Ondines,
Divisez l'eau fine.
Venus, soeur de l'azur,
Emeus le flot pur. |
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Ailin
Aiguise sa plume

Messages : 185
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Posté le
: Mer Mai 20, 2009 1:06 pm
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Laust s’assit, épuisé. Le fauteuil grinça d’être ainsi malmené, son vieux cuir abimé avait perdu de son épaisseur et ne protégeait plus guère son ossature de bois. L’assassin détacha un poignard de son poignet et entreprit d’en nettoyer la lame à l’eau d’une jatte de bronze, le liquide tinta doucement et rougit du soin religieux qu’exprimait Laust en plongeant le métal sous sa surface. Ses doigts également étaient souillés, il s’en occuperait, mettant un point d’honneur à effacer toutes les traces de son forfait. Une fois terminé, il renverserait l’eau sur le toit que surplombait sa fenêtre puis refermerait le rideau, barrant le chemin aux lueurs naissantes de l’aube. L’intérieur de sa chambre était sommaire, meublé en tout et pour tout d’un lit, d’une table posée contre le mur où reposait tout son matériel et d’une bassine d’étain destinée aux libations. Une seule bougie éclairait la pièce de ses humeurs vacillantes, intimidées par la maîtresse incontestée des lieux : l’obscurité. Laust ôta ses vêtements, sa peau couverte de cicatrices était rêche de sueur et ses muscles endoloris se soulagèrent un peu de cette liberté retrouvée. L’eau ruisselant sur son corps eut l’effet d’une gifle, glacée, elle réveillait ses sensations engourdies et stimulait son esprit. Il se sentait hagard, la nuit avait été rude et peu instructive. Le silence accompagnait chacun de ses gestes, il agissait sans réfléchir et lâchait la bride à ses pensées. Elles s’écoulaient sur lui en désordre, elles circulaient entre les reliefs meurtris de son être et le conduisaient dans les profondeurs abyssales de son âme…
Il écrivait, fébrile. Cela avait été une intuition soudaine, un éclair dans les ténèbres. Il s’était emparé de l’encrier en fer noir, avait plongé une plume d’oie dans l’encre rouge et depuis, il griffait le papier avec le sang qui coulait de ses blessures intérieures. Laust s’adressait à Rébecca, il lui confiait ses doutes sur l’office qu’il menait et la honte qu’il éprouvait. Il se sentait vide après le tourbillon de violence qui l’avait entraîné à Médréla, elle comprendrait qu’il en avait eu besoin mais il lui devait cette vérité. Au fond de lui, à l’ombre des piliers de son existence, sa compagne lui avait pris la main et l’avait aidé à explorer ses ténèbres. Comment pouvait-elle accepter cette folie alors qu’il en était incapable ?
Il n’était qu’un enfant, un enfant qui écoutait une voix murmurer dans son crâne comme une mère murmure à l’oreille de son fils. Mais cette voix l’enjoignait à déchaîner ses forces, toute sa vie elle l’avait accompagné dans l’obscurité et Rébecca avait ôté la pierre qui condamnait les cavernes où dormaient ses chimères. Chaque mot qu’il couchait sur le papier ressemblait à coup de poignard, le grain qui crissant sous la pointe l’encourageait à continuer. Il se surprenait à espérer, sa névrose avait une saveur différente. Elle n’avait plus le goût amer du désespoir, au contraire. Il désirait la revoir, partager le souffle qui donnait vie à son cœur si longtemps à l’agonie. Toute cette violence avait trouvé un sens à l’instant où il avait abandonné pour épargner celle qu’il aimait à la folie. Oui il était fou, depuis toujours. Laust avait nourri un orgueil paradoxal, devenu si massif au fil des ans, il avait érigé un mur avec ses tourments. Cette masse était devenue à ce point compacte qu’il l’avait cru indestructible. Pourtant Rébecca y avait opéré une fracture, d’un geste si dénué de la brutalité à laquelle Laust était accoutumé que ce-dernier n’avait su se défendre. De cette plaie béante ne résulta ni douleur ni amertume, l’assassin l’avait laissé entrer dans son univers obscur et s’était plu à parcourir des chemins depuis longtemps oubliés. Les laves fumantes s’étaient refroidies au souffle apaisant de la danseuse et bien que tout son être tremblait face à l’inconnu, rien ne pourrait le faire rebrousser chemin. Il éprouvait tant de reconnaissance que parfois, désorienté, l’assassin fuyait. La peur, le désarroi, la confiance, la tendresse qu’il éprouvait forgeaient un lien indéfectible entre sa bien aimée et lui, que même la lame la plus affutée ne pourrait couper.
Laust plia le papier et y apposa un peu de cire, scellant ainsi ses confessions. Soulagé, il confia le message au corbeau albinos chargé de le confier à sa destinataire. L’animal l’observa quelques secondes de ses yeux pourpres, son bec blafard claquait d’impatience. Le jeune homme se l’était procuré dans un marché au cours du voyage jusqu'à Médréla, il avait été séduit par la couleur neige de son plumage et l’avait dressé. Il partit pour son premier voyage, les serres recroquevillés autour du parchemin et croassant de plaisir de pouvoir de nouveau éprouver le vent et l’espace. Suite à cela, Laust s’endormit, le cœur tranquille mais l’esprit tourmenté par des affaires toutes autres. _________________ Fantôme éthéré, dissipé par la brise jalouse.
A la recherche de peut-être, un echo.
Perdu dans les liasses mordorées où naissent les pleurs et sourient les étoiles.
Chimère merveilleuse des songes. |
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