Le saut de Kertha
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Lady Juleia
Rassemble ses idées

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Posté le
: Jeu Nov 09, 2006 2:15 pm
Le saut de Kertha |
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La nuit est enfin tombée et la douce odeur des fleurs de Krashy se mélange au parfum de la rosée. Le silence enlace les hauts plateaux, ne laissant s’échapper que le murmure sourd de la rivière en bas du canyon. Des nuages sombres se sont accumulés tout l’après midi formant une sorte de couvercle au dessus des falaises. Les nuages se séparant un instant, des rayons de lune viennent se pourchasser sur les terres du haut plateau, illuminants brièvement pierres et fleurs, avant de survoler une forme qui ne semble pas appartenir à cet environnement paisible. Comme si pour vérifier de quoi il s’agissait, les nuages se défirent de nouveau au dessus d’elle.
La fine silhouette d’une jeune femme se dessina alors sur le fond obscur de la nuit. Sous ce faible halo de lumière, son corps entièrement dévêtu semble exhaler une légère aura bleuâtre. Son dos semble sculpté dans du marbre, chaque muscle, chaque os ciselé à la perfection. Ses longues boucles brunes qui normalement serpentent calmement vers son bassin volent maintenant de toutes parts comme si possédées d’une panique ou d’une folie furieuse.
Le reste de son corps demeure parfaitement figé contrastant avec sa chevelure endiablée. Seule sa main droite brise cette loi d’immobilité en tournoyant lentement une dague dans sa main. Les tatouages sinuant le long de ses doigts fins semblent se prolonger le long du manche de la dague, puis de sa lame créant une entité unique. Ces tatouages remontent le long de son bras fin, entoure son épaule avant de plonger sur sa poitrine et de venir encercler son nombril par un labyrinthe de montagnes et de vallées d’encre. Deux serpents sortent ensuite de cette boucle infernale et se pourchassent le long de ses jambes, tournoyants et se tordants avant de venir se s’enrouler infiniment au bout de ses doigts de pied. Son dos est étrangement quasiment vide de ces larmes d’encre. Seules deux ailes se déploient sous son cou essayant vainement de sortir du cadre fragile de cette femme. Dans la semi obscurité son visage pale absent de tout ornement luit de cette douce lumière bleuâtre. Seuls ses yeux noirs ressortent de cette mer radiante, perçants tels des pierres de Horsh.
Ses yeux se ferment lentement, elle écoute calmement son environnement. Sous les bruits du vent qui commence à hurler et le grondement sourd de la rivière en bas, elle entend enfin les battements de son propre cœur.
Thump
"La seule solution qu’il me reste "
Thump
"Je ne pourrais jamais réparer ce que j’ai fait sinon "
Thump
" Mais si j’échouais ?"
Thump
" Il faudra qu’il fasse tout seul "
Thump
Des gouttes de pluie commencent lentement à tomber, ruisselant le long de son corps dénudé, mais n‘interrompant pas le tournoiement régulier de sa dague.
Thump
"Non, tout est de ma faute "
Thump
" Et je vais le réparer "
Elle se lève lentement et se rend compte que la pluie est enfin arrivée, purifiant le sol et son corps.
"Quel ironie "
Continuant de tournoyer sa lame, elle se rapproche lentement du bord du canyon, prenant garde de ne marcher que sur l’herbe.
Arrivée au bord, la foudre tombe un peu plus loin le long de la rivière, et illumine le canyon tout entier. Voyant la chute abrupte à ses pied, elle en peut s’empêcher de se demander à nouveau
" Oh Ethryn, si tu savais ce que j’allais devoir faire et souffrir, l’aurais tu fais malgré tout ? "
Des larmes amères commencent à couler le long de ses joues blanches, se mêlant instantanément à la pluie.
Thump
"moment de vérité"
Thump
" pour toi Centhark! "
Thump
Soudainement, en même temps que la foudre touche le sol, le tournoiement régulier de sa dague s’arrête enfin. Lorsqu’elle la prend à pleine main, avant de s’élancer en avant, se projetant dans le vide.
Thump
" maintenant "
Thump
Et entre les deux battements suivants de son cœur, elle plonge sa lame dans l’intérieur de son poignet gauche sur son tatouage de trois cercles entrelacés. Elle a perdu l’élan de son saut et commence maintenant à chuter de plus en plus vite vers le précipice. Pour la première fois depuis la tombée de la nuit, elle ne bloque pas les sensations que son corps ressent. Le froid et le vent la frappent alors de plein fouet.
" J’ai fais tout ce que j’ai pu. Je te le jure! Je ne l’ai fais que pour toi. "
Une douleur inhumaine déchira alors son dos de part en part. Sa peau commença à se déchirer au niveau de sa colonne la laissant hurler de souffrance dans sa chute. Mais étrangement son visage au lieu de porter l‘expression de fatalité qu’il avait il y a un instant, commence à rayonner d’une lumière aveuglante, et ses yeux morts commencent à se raviver. Une volonté de vivre malgré tout la rempli. Du haut de sa colonne vertébrale émerge deux membres étranges d’une texture lisse de la même couleur que les perles du bord de mer. En un éclat de lumière plus éblouissant que celui de la foudre qui continue à tomber tout autour Kertha étend deux ailes éclatantes.
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Takal Wandh'elanel
Aiguise sa plume

Messages : 234
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Posté le
: Jeu Nov 16, 2006 6:39 am
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Hop un ptit passage du matin pour te souhaiter la bienvenue Lady Juleia ^^ (j'espère que je serais excuser pour ce retard du "bienvenue" :p)
P.S.: et aller encore une furieuse du rp... vais me sentir tout petit une fois de plus ! viiiiiite faut que je post je post je post et que je m'améliore encore et encore  _________________ Takal l'Incontrôlable
Talyanne La Petite
"La mort fait partie du cycle de la vie... cette fillette sera le résultat d'une expérience qui va briser pour une unique fois cette chaîne" © Le Mage Fou |
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Lady Juleia
Rassemble ses idées

Messages : 9
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Posté le
: Jeu Nov 16, 2006 2:47 pm
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Merci à tous pour cette agréable bienvenue!
Ne t'en fais pas Azeem, j'ai essayé de calculer l'histoire pour qu'elle retombe sur ces pattes. Ca devrait pas aller contre l'histoire générale d'Arkantis!
"P.S.: et aller encore une furieuse du rp..."
Merci Takal, mais c'est la première fois de ma vie que je post sur un RP ! J'ai été enrolée plus ou moins de force par un certain personnage... En revanche ton histoire est très classe! donc oui, post, post et repost!
J'essaierai de poster la suite le plus tôt possible. et encore merci à tous ! |
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Lady Juleia
Rassemble ses idées

Messages : 9
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Posté le
: Jeu Nov 16, 2006 7:13 pm
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Après un orage violent et dévastateur, le soleil décide enfin de favoriser la terre de sa présence, séchant et réconfortant paisiblement flore et faune. Les perles de rosée commencent à s’évaporer du tapis d’herbe et de broussaille au sommet du plateau des Montagnes du Bord du Monde. Ses rayons chaleureux viennent enfin frapper une silhouette quelque peu familière. Tel les dynthas blancs de la mer Tourmante, le corps inerte de Kertha gît, échoué sur un roché plat. Ses membres semblent disloqués comme les poupées des vieux marionnettistes d’Audréa, quand après le spectacle leur maîtres les abandonnent laissant tomber les ficelles les soutenants. Ses longs cheveux trempés sont complètements emmêlés et collés le long de son corps.
La douce chaleur solaire s’immisçant lentement sous sa peau, Kertha reprend petit à petit connaissance. Commençant par rassembler lentement ses bras, puis ses jambes, elle essaie péniblement de s’asseoir, se demandant ce qui lui est arrivé. Son corps entier crie, chaque muscle protestant douloureusement contre ses mouvements. Soudainement, en un sursaut elle est debout, s’enroulant les bras autour du buste, essayant vainement d’atteindre sa colonne vertébrale. Elle essaie frénétiquement d’atteindre son dos, croisant ses bras par-dessus ses épaules. Mais quand elle réussi, ses mains ne se referment que sur sa peau trempée. Désorientée et épuisée par cet effort elle retombe par terre dans l’herbe.
"Que s’est il passé ?"
Prenant sa tête dans ses mains elle se rend compte que son bras gauche est couvert de sang. Ses mouvements brusques on rouvert une coupure sur son poignet.
Sa main s’avançant et plongeant sa dague sur l’intersection des cercles de son tatouage.
Elle observe les gouttes de sang qui glissent le long de son avant bras, retraçant les lignes sinueuses de ses tatouages, superposition terrifiante de rouge et de noir.
La pluie se déversant en une tempête effroyable, comme si un dieu avait soudain ouvert les écluses des cieux.
Une perle écarlate se détache du lot et vient s’écraser à ses pieds sur une pierre.
Son épine dorsale se déchirant soudainement pour laisser éclore deux ailes scintillantes.
Sa tête commence à tourner de plus en plus vite. Elle attrape une touffe d’herbe dans chaque main pour se stabiliser. Un besoin irrésistible de s’hydrater s’empare de Kertha.
Tournant lentement la tête pour ne pas perdre son équilibre déjà précaire, elle aperçoit une grande flaque d’eau récupérée par un rocher que le soleil n’a pas encore asséché. Se traînant jusqu’à la flaque, elle repère la tunique rugueuse grise qu’elle portait hier. Arrivée à la nappe d’eau, elle s’apprête à plonger sa main dans le fluide clair pour s’abreuver, quand la réflexion de son visage la frappe. Son visage pale est couvert de tâches de boue et ses boucles brunes habituellement soyeuses sont plaquées par mèches emmêlées contre son cou. Mais se qui la choque est sa bouche. Ses lèvres au lieu d’être roses pale sont désormais aussi noires que ses yeux.
Marchant à travers les couloirs d’un cloître, une petite fille aux yeux aussi bleus que les eaux du Grand Océan, regarde autour d’elle avec émerveillement. Les allées de pierre et le parc central sont parcourus de jeunes personnes, toutes avec des livres et parchemins à la main. Certain sont assis sur des bancs de pierre entre les arbres, les étudiants attentivement. Un de ces hommes marche avec la fillette, lui tenant la main. Ce dernier marche rapidement, avec la détermination et la conviction de la jeunesse. Mais ses yeux racontent une autre histoire, portant les traces de lassitude et désillusion des hommes qui ont vu trop de souffrance en une seule vie. Arrachant ses yeux à son environnement, elle les fixe sur lui, demandant : « Regarde les femmes ici Ethryn ! Elles ont toutes les yeux noirs et des lèvres noires ! Je veux les mêmes ! Comment je fais pour avoir les mêmes ? ». Les yeux gris de l’homme s’assombrir soudainement, marquant plus fortement cette étrange impression de jeunesse et vieillesse mêlée : « Je prierai tous les jours de ma vie que tu n’ais jamais à porter cette marque. Ce noir est l’empreinte d’un sacrifice, que crois moi, tu n’as pas la moindre envie de faire. N’y pense plus.»
Un rictus amer se forma sur ses lèvres à ce souvenir.
" Je n’avais que dix ans Ethryn. Dix ans, et tu jouais déjà à tes jeux avec mon esprit. "
Elle s’apprête à partir dans un de ses activités préférées, un monologue pestant contre Ethryn, quand la réalisation de ce que cette marque signifie l’effleure enfin. Une nouvelle force de vie l’envahit, son cœur battant plus fortement, elle sent chaque pulsation du bout de ses doigts à la pointe de ses oreilles. Prenant de l’eau dans le creux de ses mains, elle boit, puis s’asperge le visage puis et enfin corps entier. Elle rinça ensuite délicatement son avant bras gauche du sang qui y coulait, grimaçant chaque fois qu’elle passa sur l’entaille. Elle s’enroule lentement dans sa tunique grise avant de s’asseoir sur un rocher voisin. Découvrant son bras gauche, elle pose sa main sur l’entaille et commence à chanter doucement d’une voix grave :
“ Dyn Hörta srintavnä hest eloà
Kàrlan tuspyn meèns crüsha
Görth benkarn dyn pïthylsta”
Sous sa main droite une lumière bleue se met à luire. Retirant posément sa main, Kertha rince dans l’eau un poignet gauche sans la moindre cicatrice, son tatouage intact.
" Il faudra faire sans l’appartenance Ethryn, je crains que le temps ne commence a nous manquer. "
Elle se leva regarda autour d’elle. Puis fermant les yeux, se mit à sentir la vie de chaque être et plante sur le plateau. Chaque battement de cœur, chaque poussée de sève se répercute dans les veines de Kertha. Sa tête commence à se noyer dans ce flot de sentiments et de force vitale, mais elle embrasse cette sensation. Elle se laisse aller à simplement ressentir, sans rien faire, sans être obligée de réfléchir ou agir. Mais une douleur incisive dans le haut de sa colonne lui rappelle tout ce qui lui est arrivée et que le temps joue contre elle. Elle prends alors une profonde inspiration, ouvre les yeux, et se met à marcher d’un pas décidé fixant le chemin devant elle. L’heure est à l’action et elle doit retrouver Pert’har. Elle descend donc avec détermination vers la vallée. _________________ If I told you I could show you the world through new eyes, would you be brave enough to look? |
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Isak Devmente
Mangeur de Pangolin enflammé

Messages : 432
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Posté le
: Ven Nov 17, 2006 10:28 pm
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| Lady Juleia a écrit : | | Ses longs cheveux trempés sont complètements emmêlés et collés le long de son corps. |
Ca me rapelle ta tête a midi ! Tu sais, la ressemblance frappante avec cousin machin.
Complètement d'accord avec Ailin, tu as la fibre de l'écriture, y'a pas de doute ! (qui aura cru ça d'une ang... ) _________________ Posto ergo sum |
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Lady Juleia
Rassemble ses idées

Messages : 9
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Posté le
: Sam Nov 18, 2006 1:33 am
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Merci pour le compliment Ailin!  Ca fait plaisir de voir que l'histoire plait aux autres en plus de la joie que je prends à l'écrire!
J'allais répondre quelque chose de similaire à toi Isak, mais puisque (comme tu dis) on fait tout a l'envers... j'avais commencé à lire ton post par le bas! Je tiens juste à signaler que je défie Ingrid Bergman d'avoir une bonne tête en ayant passé une demie heure sous la pluie diluvienne! Egalement que je pensais être la seule personne assez folle pour aller m'assoir tranquillement dehors sous la pluie ( clairement je me trompais!  ) _________________ If I told you I could show you the world through new eyes, would you be brave enough to look? |
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Azeem El'Bakshir
Tyran albinos des Andes

Messages : 546
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Posté le
: Sam Nov 18, 2006 11:12 am
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à une suite qui fait plaisir.
Je suis ému de voire que nous assistons peut être à la naissance d'une futur Rpgiste de grande qualité, que notre forum serra fière de compter dans ses rangs
J'aime beaucoup les perspectives que laisse entrevoir ton histoire
Par contre j'avoue que personnellement je préfère les récits au passé plutôt qu'au présent, mais je pense que c'est un chois personnelle.
En tout cas, ravis de t'avoir parmi nous _________________ Azeem Hajak Alamra El’Bakshir
Il faut quatre choses pour soutenir un monde :
Le courage du Brave, le Savoir du Sage, les Prières du pieux et la Justice du Grand.
Mais tout cela n’est rien sans celui qui Gouverne et connaît l’art de Gouverner |
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Takal Wandh'elanel
Aiguise sa plume

Messages : 234
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Posté le
: Sam Nov 18, 2006 8:57 pm
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Bon ben ca fait radotage collectif.. mais suite super sympa et personnage qui, je le sens, va être en effet intéressant ^^
(bon euh ailin quand je vois tout ces rpgistes qui arrive je sens que je vais me voir dans l'obligation de te demander des cours pour rester à la hauteur et savoir tenir mes personnages  ) _________________ Takal l'Incontrôlable
Talyanne La Petite
"La mort fait partie du cycle de la vie... cette fillette sera le résultat d'une expérience qui va briser pour une unique fois cette chaîne" © Le Mage Fou |
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Lady Juleia
Rassemble ses idées

Messages : 9
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Posté le
: Sam Nov 18, 2006 10:55 pm
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Le soleil ne les atteignant pas, les chemins des montagnes du Bout Du Monde sont toujours boueux sous l’ombre des arbres. Mais après la tempête d’hier, ils s’étaient transformés en véritable patinoire. Chaque créature ayant eu le malheur d’essayer de les naviguer laissant une trace curviligne qui finissait inexorablement par plonger sur un arbre ou un talus qui borderait le chemin. Dans une période qui lui semblait maintenant être une autre vie, Kertha aurait pris le temps d’apprécier cette situation en tentant de faire la trace la plus longue avec les courbes les plus originales. Mais dans son état d’esprit présent, ce n’était qu’un obstacle de plus entre elle et Centhark.
Irritée de ce contre temps inévitable, elle se mit à marcher très prudemment sur le bord du chemin. Quand elle fut soudain traversée par une vague d’excitation et de joie qui ne semblait pas émaner d’elle. Se retournant, elle observa deux jeunes lapins albinos se poursuivant à travers le chemin. L’un d’eux glissa et roula dans la boue, ressortant presque entièrement marron, avant de bondir après le premier avec un furie redoublée. Kertha ne pus s’empêcher d’éclater de rire à cet incident. Sa voix se réverbéra entre les arbres et contre les falaises comme l’éclat du torrent. Cela faisait longtemps qu’elle n’avait pas rit spontanément de cette façon. Ses yeux noirs si lourds pétillèrent un instant de pur plaisir, illuminant son visage tout entier. Et sa silhouette au lieu d’être aussi sublime que celle des statues des martyrs devint une magnifique ode à la vie. Elle mariait la grâce surnaturelle de son corps avec une fibre d’humour et d’insouciance, personnifiant la véritable beauté.
La mésaventure de son jeune ami fraîche dans ses pensées, elle eu alors l’idée de suivre son exemple. La dissimulation de son apparence marquante lors de son passage dans les villes voisines lui avait posé de nombreux soucis. Elle savait qu’elle n’avait pas encore la force de maintenir une autre forme physique pour une période de temps suffisemment longue. Mais la petite boule de poil sautillante venait de lui donner la solution. Une application de cette boue argileuse sur les parties exposées de son corps devrait lui suffire à passer inaperçue. On supposerait qu’elle était encore une de ces voyageuses du sud qui prolifèrent dans les grandes villes vendant leurs alcools et amorçant des concerts folkloriques impromptus dans les rues. Ainsi, ses lèvres désormais plus noires que les ailes des Vogryth ne choqueraient pas. Remontant donc ses manches, elle enduisit de boue ses bras, son cou, ses pieds, le hait de son torse et finalement son visage, prenant garde à l’étaler de manière à entièrement recouvrir ses tatouages. Elle observa ses bras, satisfaite que sa déception tiendrait face à une observation peu poussée. Il lui faudra simplement trouver un costume plus consistant avec son nouveau personnage que sa tunique grise.
Après plusieurs heures de marche dans le sous-bois tranquille au pied des montagnes suivant la Longe, bercée par l’odeur apaisante des pins et le murmure sourd des animaux vaquant ça et là, les sens de Kertha furent agressés de toute part par un brouhaha assourdissant. La ville d’Esquinthe, située sur la frontière entre les bois de Paythe et les plaines des Ondenielles est un centre important de commerce, se trouvant sur la route des marchands venant de la mer Tourmante et des caravanes ayant traversé les Montagnes du Bout du Monde. C’est une de ces dernières qui était à présent en train de s’approcher de l’entrée de la ville. Kertha décida de suivre le groupe d’une certaine distance, mais suffisamment près pour faire croire aux gardes et autres observateurs potentiels qu’elle faisait partie de la troupe.
Malheureusement elle ne se rendit que trop tard compte des conséquences de ses actions. Ce qui avait été auparavant un bruit assourdissant était désormais semblable à des dizaines de marteaux venus s’écraser lentement sur chaque nerf de son système nerveux. En plus du bruit physique dégagé par cette masse humaine criante, se battant et chantant, son odorat fut frappé par l’odeur étourdissante de sueur humaine et des produits plus ou moins frais en vente dans les rues. L’attaque finale sur Kertha fut le tourbillon d’émotions qui vint l’envelopper. Elle perçut chaque espoir, chaque pointe de haine, d’amour, de jalousie qu’on vint à ressentir à ses abords. Cette tornade la fit enfin plier face à son intensité insoutenable. Ne pouvant plus porter son propre poids elle s’accrocha à l’armature en bois de l’étalage d’un marchand ambulant.
" Mademoiselle ? Tout va bien ? "
Souvient toi de ce qu’Ehryn avait dit : si jamais tu as une attaque sensorielle, il faut te concentrer sur quelque chose. N’importe quoi mais un seul objet. Vite trouve quelque chose.
" Mademoiselle ? "
Kertha balaya désespérément l’étalage du marchand, cherchant quelque chose à fixer, murmurant
" Ca va aller, ne vous en faites pas, ça va aller… "
Elle trouva enfin un objet qui capta son attention. Un sceau vendu en lot avec une bougie du genre qu’on utilise pour sceller les lettres. Le soulevant doucement, elle observa l’initiale que le sceau permettait de marquer : un K encerclé par deux roses.
Une jeune adolescente aux longs cheveux bruns rentre précipitamment dans un bureau. La grande pièce luxueuse est meublée par deux bureaux d’acajou recouverts de livres ouverts, de plumes encore trempée d’encre et d’une grande armoire entrouverte.
" Ethryn ! Mardy a besoin du script de Gorth .Elle m’a dit de le prendre dans l’armoire. "
Elle ouvre entièrement les portes du placard et commence à fouiller les piles de manuscrits empilés en faisant tomber la moitié par terre.
" Ethryn , nom de Karlan ! Où est ce que tu es ? Tu ne sais pas sur quelle étagère tu l’as mit ? "
Elle ouvre maintenant frénétiquement tous les tiroirs. Tirant brusquement sur la poignée de l’avant dernier, elle s’arrête brusquement sur son contenu. A l’encontre de l’atmosphère générale de bazar qui règne dans le bureau, ce tiroir est parfaitement ordonné. Des vingtaines de lettres méticuleusement superposées sont rangées par date d’envoi, toutes scellées par un K de cire rouge encerclé par deux roses . Prenant la première d’une main tremblotante, la jeune fille la retourne et lit le nom du destinataire : Centhark Gortha. La laissant tomber par terre elle se jette sur la pile les regardants une par une avant de les jeter derrière elle. Un homme d’une trentaine d’années au cheveux aussi blancs que la neige des hauts sommet entre lentement dans la salle, les yeux fixés sur le parchemin dans ses mains
" Kertha, je t’ai déjà dit cent fois que tous les manuscrits de Gorth sont dans la bibliothèque centrale, même si Mardy est convaincu que je les garde. "
Il s’arrête brusquement quand levant enfin les yeux de son parchemin, voit Kertha à genoux au centre de la pièce entourée de dizaine de lettres éparpillées autour d’elle. Sanglotante elle en tient une dans sa main.
" Je lui demandait pourquoi il en répondait pas à mes lettres. Si il ne devrait pas changer d’activité si ça l’empêchait de me répondre. "
" Kertha ..."
Se levant d’un bond et lui faisant face, elle lui hurle
" POURQUOI ? Tu savais que j’ai accepté parce que je n’avais pas de nouvelles! "
" Kertha, c’était vital. Tu crois que tes yeux sont noirs pour que tu sois plus belle? Tout a un prix dans ce monde! Tu as choisis un chemin qui n’est pas facile à marcher… "
Elle le coupe en crachant chaque mot
" Choisis ? Espèce ... d’excuse … pathétique ... pour un être ... humain. Je … te ... ferais …payer. "
avant de quitter la pièce en courant.
" Mademoiselle ? "
Elle lui répondit, son esprit à nouveau sous contrôle et arrivant à filtrer ses sens.
" Ca va merci. "
Remarquant que sa main était encore agrippée au sceau, ses jointures blanches dût à la crispation, Kertha reposa la pièce lentement. Le marchand la reprît immédiatement et s’empressa de dire de sa voix huileuse.
"Le sceau vous intéresse Mademoiselle ? Ils sont très à la mode ! J’ai sûrement votre initiale ! Si vous me permettez de vous montrez, j’ai d’autres décorations internes… "
" Non …merci. J’en ai déjà un là d’où je viens. "
Se retournant avant d’être interpellée de nouveau, elle se mit à marcher lentement vers la rue centrale du quartier. Commençant à récupérer de son orage émotionnel elle prit un inspiration profonde apaisante. Mais fût interrompue par un cri rauque l'interpellant:
" Eh toi ! Voyageuse ! "
Kertha se retourna violement et tenta de d’arracher le pan de sa tunique de la main d'un homme qui lavait attrapé. _________________ If I told you I could show you the world through new eyes, would you be brave enough to look? |
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Thème visuel par Zeph
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