Deux jades figées dans l'ombre. Dans leurs linceuls de ronces d'or et d'émeraude, les lueurs des célestes se mourraient au coeur des pupilles, victorieuses. Deux lames miroitaient dans ses mains, froid éclat habillé de rosée et deux éperons semblaient sourire à l'arrière de ses bottes, toutes coiffées de couteaux de lancer. Chaque souffle, dissimulé sous un large foulard décoré de symbôles forgés d'argent, charriait les murmures silencieux de ce regard, assassin. Le cuir noir confondait ses mouvements avec la nuit, la silhouette constellée de pluie se mouvait sans un bruit. Deux épaulières d'argent surgirent, nobles écueils où s'échouait le courage des lâches, de longues écharpes enlassaient son buste de médaillons immobiles dans l'étoffe, il s'avançait et je reculais, effrayé.
L'onde s'écoulait entre les galets, comme un millier de rivières obscures perdues dans le labyrinthe des ruelles, messagères du trépas dont les bannières humides entachaient mes vêtements. Le brouillard se massait autour de nous, les battements affolés de mon coeur attisant la convoitise de ses bras vaporeux dont l'étreinte me glaçait la chair. Un croassement retentit, à deux pas. Sinistre glas des éclaireurs infernaux venus pour assister à mon exécution, leurs parures d'ébènes s'hérissaient d'envie et leurs yeux, où brûlaient tous les bûchers du purgatoire, me renvoyaient à ma terreur. Drappé de nuées, l'émissaire de la mort livra au vent un parchemin qui vint s'écraser contre ma poitrine secouée de sanglots muets. Fébrile, j'entrepris d'en lire le contenu. L'encre écarlate se mêlait à la pluie mais chaque lettre tranchait encore l'immaculé support avec précision et c'est fardée de la plus solenelle des formulations que ma sentence se livrait à moi. Tous ces noms, ma mémoire exultait au souvenir des corps à qui ils appartenaient jadis, tous ces parfums qui enivrèrent ma folie, toutes ces silhouettes qui attisèrent mon désir, toutes ces beautés qui provoquèrent ma rancoeur. Une à une, je leurs avait ôté la vie. Une simple signature implorait mon trépas, ornée de superflus artifices, elle trônait en bas de page et son arrogance que l'ondée n'effaçait, souriante. Du sang jaillit sur mes mains, les fleurs pourpres s'ouvrirent sur ma chemise de lin, mon unique linceul. Etait-ce le mien ou le leurs ? Je ne put répondre car déjà mon coeur s'arrêtait, blessé à mort, il fit taire la douleur. Mon visage fut offert aux démons, leurs serres arrachèrent les lambeaux qui autrefois jubilaient face à l'horreur. De tueur, je devînt victime. Et pour cela, un seul regard suffit...
L'horizon brillait des dernières lueurs du jour, les nuages s'égrainaient dans l'infini, pétales dérobés à une fleur immortelle. A travers les rideaux, ne filtraient que de frêles cascades dorées avalées par les ombres de la pièce. Un petit pantin métallique dansait sur le rebord du bureau, sa figure masquée affichait un sourire esquissé à la hâte d'une goûte de sang. La vigueur qui animait ses rouages aux rythmes de l'ondée, giflant les carreaux, fatiguait au fil des secondes et comme une larme s'attarde aux coins des yeux, la vie quitta son corps qui chuta du pupitre. Un instant s'écoula, insignifiant vertige que l'éternité ignora, et la frêle silhouette du danseur s'écrasa contre le dallage de la chambre, dans un crissement sinistre. Son regard s'attarda un instant sur la charogne désarticulée, impitoyable, Laust ramassa l'amas de fer décharné, le sourire s'était effacé ne laissant qu'un rictus noirci, puis le laissa choir nonchalament sur un vieux grimoire, le bras balant. De sa main droite, il effleura le plumage couleur neige d'un corbeau perché au sommet d'une boule de cristal. Ses fines serres d'argent tapotèrent la surface lisse du promontoire, entonnant curieusement une harmonieuse mélodie. L'oiseau, de chair et de métal, pencha la tête sur le côté, en signe d'incompréhension, face à l'expression préoccupée de celui qui jadis lui offrit sentiments et conscience, par delà la mort.
« Mateus, pourquoi ai-je peur de la mort ? Je n'ai pas envie de disparaître...
...
Est-ce cela être humain ?
...
Je dispense la mort comme un coursier...Suis-je inhumain ?
...
Pourquoi ai-je peur de mourir ?
- Laisse-là ces vaines interrogations, tu es ce que tu veux être, tu es ce que les autres voient en toi, apprends à ne leurs montrer que ce que tu désires qu'ils voient...
Suave, la voix qui parla s'éteignit comme une bougie soufflée par le vent, étouffée par une sifflement reptilien aux accords cuivrés. L'interprète de l'agonisante symphonie se faufila entre les ouvrages et toisa Laust de son regard irisé, chaque nuance jouait avec les rayons qui pleuvaient des étoiles, mauve et rouge sous la caresse de Vela, bleu lorsqu'Orion y pointait son arc. Entre les yeux du serpent gisait une femme minuscule, sa peau lisse irradiait de mille teintes métalliques, prisonnière des écailles dont les noirs dessins enchaînaient ses membres. Sa nudité s'habillaient de longues et voluptueuses écharpes, ailes de soie désarticulées, à la merci du ballet hyptonique de sa monture. Seul vestige de son visage casqué d'une couronne en or blanc, un sourire aux imperceptibles écarts. Le contact glacé des lèvres frissona contre sa joue, étreinte éphémère, invitation au rêve comme le baiser d'une mère...Les murs de la pièce semblèrent s'effondrer dans un maëlstorm silencieux, chaque seconde défaisait les mailles de la réalité dont les lambeaux se perdirent dans les courants sinueux du sommeil...
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*Pitié...Combattez ce mal qui gangrène votre âme...Ne commettez pas l'irréparable !
*Je ne suis pas malade...Je m'efforce d'obéir...
*A qui ? Qui désire ma mort ?
*Elle...
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*Je ne fais rien de mal car elle m'aime...
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*Suis-je inhumain ?
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*Je n'ai plus peur
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*Je t'aime
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La brise secouait le parchemin, fermement retenu entre ses mains. Le manoir se dressait devant lui, imposant, de larges fenêtres vitrées épanchaient leurs lumières dans les calmes allées du jardin. Ifs et frênes prenaient vie sous les cascades luminescantes de l'intérieur, séducteurs éconduits par l'arrogance des étoiles. Il s'avança vers l'entrée, tout sourire, superbement vêtu d'une cape de soie noire aux plumes brodées d'argent et ignorant les splendeurs scintillantes des fontaines, il se faufila à l'intérieur.
D'un geste galant, Laust tendit la coupe à la jeune femme assise en face de lui. A la lueur des chandelles, le vin déversa d'élégants reflets écarlates sur le visage délicat et souriant de la lady. Autour d'eux, les valseurs s'égaraient sur un air d'alegro, pantins anonymes et colorés, soumis à la symphonie interprétée par l'orchestre. Alors que le temps rapprochait les aiguilles de l'horloge ornant l'épaisse cheminée, Laust récitait quelques vers à sa compagne, s'enivrant de chaque mot aussi surement que le vin et à l'ombre des balconnades, elle lui murmura...
« Tu es adorable...
Sa phrase s'enlisa dans un gargouillis sinistre, de minces traînées pourpres souillèrent son sourire éteint et l'ultime lueur mourru entre les liasses sombres de ses iris que ses paupières fardées recouvrirent. Laust s'enfuit par dessus la rambarde, disparaissant dans les airs, son corps dissout en rubans cinabres... _________________ Fantôme éthéré, dissipé par la brise jalouse.
A la recherche de peut-être, un echo.
Perdu dans les liasses mordorées où naissent les pleurs et sourient les étoiles.
Chimère merveilleuse des songes. |
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