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Elden Barcarol, pyromane ?

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Isak Devmente
Mangeur de Pangolin enflammé



Personnage joué :
Elden Barcarol
 
Messages : 432
Sexe : Sexe:Masculin
 
MessagePosté le : Lun Juin 12, 2006 11:38 pm    Elden Barcarol, pyromane ? Répondre en citant Envoyer un message privé

« Ah… mon jeune ami, laisses-moi donc te conter mes ordinaires tourments. »

La voix était calme, légère et chantante. D’un bois frêle et subtil, la flûte cristalline valsait plus qu’elle ne vibrait dans les airs tumultueux et indiscrets de l’auberge. Un accent musical s’attardait au creux de ses respirations, accompagnant ses paroles à l’ombre du frisson comme les rayons d’allégresse d’une humeur ensoleillée. Elle était de ses mélodies qui trouvent même leur exultation dans la nostalgie noctambule, se nourrissant du fiel et de l’amer pour les retranscrire quelques octaves au dessus dans la gamme de l’émouvante poésie. Chaleureuses et apaisantes, ses articulations embrassaient avec gourmandise le sourire de ses lèvres afin de disperser autour un écho lénifiant à qui voulait bien le cueillir.

L’homme semblait vaste et limpide. Il apprivoisait la couleur de ses mots tel le musicien se jouant du timbre et des nuances de son instrument. Les fines rigoles qui creusaient le coin de ses yeux céladons offraient à son visage le même zèle qui habitait ses intonations, changeant ainsi l’éclat de son teint en une rosace pigmentée qui rappelait l’éclisse de sa mandoline. Le sillet, lui, se reflétait en contrebas au détour d’une bouche à la fois volubile et distinguée, étirant des cordes hyalines prêtes à résonner galamment.


« Vois-tu, je suis pris sous le joug d’un inconstant maléfice. Mais pour te brosser les traits de ce pernicieux trouble qui me ronge, il me faudra d’abord revenir à sa genèse. J’ai aujourd’hui quarante-deux ans et cela fait déjà plus d’une vingtaine d’automnes que j’assume sa dévorante présence, plus d’une vingtaine d’hivers qu’il me glace la raison, plus d’une vingtaine d’étés qu’il m’embrase les veines et plus d’une vingtaine de printemps qu’il renaît chaque jour de mes visions charnelles. »

Echappant ces joyeuses notes d’amertume, l’interprète caressa de ses doigts cornés le palissandre verni de sa petite guitare. Oscillant au trémolo de sa voix, son récit s’engageait comme celui d’un homme qu’une vie largement entamée avait gâté de son expérience. A l’inverse, le brin d’emportement qui tressautait entre chacune de ses paroles diffusait l’impression d’une interminable jeunesse nichée au fond de son cœur épanoui.

« Il me faut bien avouer que j’ai profité d’une naissance bienheureuse. Entre les bras d’une mère aimante et sous la tutelle d’un père fortuné, mes caprices d’enfants ne furent jamais justifiés, des caprices en somme… Point de malheur n’a entamé mon existence juvénile, point de mort n’a dévoré ma jeunesse et je ne connaît que très peu le goût salé de ces ruisseaux qui naissent parfois sous les paupières guignardes des chérubins.

Cependant, cependant, mon cher ami, la rançon de la félicité finit toujours par émerger d’une portée trop harmonieuse, entonnant à son tour ses refrains ambitieux. Et cette mélopée va souvent crescendo, s’enrichit de bémols au fil des mesures, orchestrant des ardeurs au fin fond de vos intentions. Ainsi, adolescent, je me suis délecté de duos amoureux teintant à l’unisson un passé sans rancœur avec les couleurs luxurieuses de mes premières passions. »


Le regard échappé entre deux poutres de pin, l’homme laissa sa fantaisie s’égarer un instant dans les bras de flatteuses rêveries, apposant la sourdine sur le flot lyrique de son souffle. Le point d’orgue vacilla sensiblement au sommet de ses songes transits avant de s’emporter à nouveau sur le lit conciliant d’un discours allegro.

« Liesse… Liesse mon amour, toi qui m’a fait compter ma première effluve divine. Ton enchantement m’a engagé bien plus loin que tu n’osais l’espérer. Depuis que ta délicieuse morsure m’a conduit sur des rivages féeriques, voila que j’erre sans cesse, de sérénade en psalmodie sur les remous incertains de la plus enivrante symphonie, grâce éternelle et infini sensualité, source de mon intarissable tentation.

Ma musique ne s’attache plus maintenant qu’à ces trésors et je m’efforce de leur rendre hommage avec tout l’entrain qui leur est dû, mais pour toujours désormais, mes cantabiles se verront prisonniers de cet engouement sans silence… J’aime ! Sans suite et sans complément, verbe éclatant dans sa solitude, lorsqu’il se suffit à lui-même et n’offre à son sens aucune régularité.

Et elles me brûlent ces tigresses rouges et dorées qui habitent mon corps. Je me consume de leurs caresses décousues et confuses, je crée des lambeaux d’existence de ce feu tourmenté. Mes chants pincés les accompagnent et j’observe toujours les mêmes flammes s’entremêler sous mes cordes. Je ne vénère que cette fièvre qui me pousse à incendier les foyers, à calciner la chair et à flamboyer encore. »


Le conteur esquissa ensuite un sourire de plume, alors que l’ocarina de sa voix faisait mourir ses ondées sur la tonique d’une gamme enjouée, rappelant ainsi qu’il n’y avait point de plus chaleureux maléfice que celui qui était le sien.

Noire et grise, le pas lourd et compact, une seconde silhouette le surprit par l’arrière. Celle-ci avait l’humeur pressée et les intentions précises. Sa gorge épaisse raclait contre sa voix, écaillant de fortes paroles, rêches et raboteuses.


« Elden Barcarol ! Bon sang c’est vrai, tu t’es même traîné jusqu’en Notus ! J’osais à peine y croire quand l’padré m’a annoncé la nouvelle. »

Le beau parleur laissa le silence répondre à sa place. Son regard se perdit à nouveau, en aval cette fois, détaillant avec minutie chaque recoin vermoulu du parquet où siégeaient les semelles de ses épaisses bottes noires. Il avait l’accoutrement distingué d’un homme de goût, mais ses mains usées ainsi que son instrument faisaient mentir sa tenue de gentilhomme. L’autre pinchard reprit.

« Héhé ! T’as pas changé à c’que j’vois ! A peine un verre et v’la déjà qu’tu racontes ta vie à un parfait inconnu… T’as d’la chance qu’celui-là soit plus poli qu’les autres tiens ! Enfin bon, tu nous a quand même tiré d’un sale guêpier hier, on aurait pas pu continuer bien longtemps notre affaire sans tes… “talents de diplomate”. D’ailleurs tiens, v’la ta paye. Mais dis-moi, tu t’en vas faire quoi maintenant ? »

Elden saisit la petite bourse de cuir tendue vers lui, releva les yeux sur sa présumée connaissance et tâcha de ne pas gâcher l’éclat amical de son teint. Toujours défiant la plus douce des musiques, de fines vibrations s’élevèrent à nouveau dans l’atmosphère criarde de l’endroit.

« Je ne sais pas, je pourrais sûrement tirer parti de cette escale à Venisca. J’ai entendu dire que depuis l’ébrèchement des frontières de ce royaume, beaucoup de personnes par ici sont à la recherche d’un guide pour l’ancien Empire.
- Ha ! Pour sûr, on a suffisamment voyagé dans l’temps, ça doit t’faire un sacré carnet de route ! T’a sûrement moyen d’en tirer quelques sous. »

Trop tard, l’attention du musicien trompait déjà les paroles du badaud pour valser avec une toute autre compagne. Sa présence était forte, ses vêtements noirs et légers flottaient dans la pièce au simple tempo d’une démarche andante. Livide et opaline, sa peau se faufilait dans les airs, avivant à son contact des milliers de flammes perçantes derrière les pupilles de l’homme captivé. Remarquant la distraction de son interlocuteur, l’effronté le coupa finalement.

« Ah ça ! C’est bien sûr que c’est toi tout craché. Toujours les mêmes intérêts ! »


~ HRP ~
Voici un nouveau perso que j’ai imaginé dans le but de rejoindre la jolie envolée lyrique de l’histoire d’Eléa. Certains y verront peut-être quelques étranges similitudes avec Lyren… et ceux là n’auront pas tort ! Wink

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Eléa
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MessagePosté le : Mar Juin 13, 2006 12:14 am     Répondre en citant Envoyer un message privé

Lyrique et enflammé à souhait, je m'incline devant tant de passion... Je dis passion parce qu'en te lisant j'ai l'impression d'entendre les chauds accords ensoleillé du flamenco et de voir les flamboyantes robes des belles espagnoles virevolter sur des rythmes endiablés... Wink

Bon j'arrête Smile Je suis ravie de voir que cette quête va réunir tant d'artistes différents, ça promet un magnifique kaléidoscope de "poésies"^^

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Azeem El'Bakshir
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MessagePosté le : Mar Juin 13, 2006 8:53 am     Répondre en citant Envoyer un message privé

Magnifique, c’est à peu près la seule chose que je puisse dire après la lecture de ton texte.
Le style coule de lui-même et appelle quantité d’image.

Hum, je crois que je vais m’abstenir sur le RP d’Eléa, mon style droit et net risque de faire tache aux cotés des envolés lyrique…
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Il faut quatre choses pour soutenir un monde :
Le courage du Brave, le Savoir du Sage, les Prières du pieux et la Justice du Grand.
Mais tout cela n’est rien sans celui qui Gouverne et connaît l’art de Gouverner
 
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Eléa
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MessagePosté le : Mar Juin 13, 2006 10:58 am     Répondre en citant Envoyer un message privé

Azeem El'Bakshir a écrit :
Hum, je crois que je vais m’abstenir sur le RP d’Eléa, mon style droit et net risque de faire tache aux cotés des envolés lyrique…


Quoi Question Exclamation Exclamation
Alors là, je ne suis pas certaine de bien le prendre... Tu m'aurais fait venir sur Arkantis pour te voir refuser de rp avec moi Question

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Zéphyrine
Modérateur



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MessagePosté le : Mar Juin 13, 2006 11:10 pm     Répondre en citant Envoyer un message privé

AAAAAAAAAAH!!!!
Comment oses-tu me faire ça???
Tu n'as pas honte???
J'ai tous pleins de souvenirs qui me viennent et m'assaillent...
C'est en lisant ce texte que je comprend pourquoi j'ai sauté sur l'occasion de la naissance de ce forum...
Je dois paraître folle...
Pourtant une seule personne m'a poussé à dépasser mes limites, écrire avec pour seul désir: envoûter...
Ce personnage me rappelle une heure de gloire si vite effacée...
Des écrits dont je n'arrive plus à retrouver le niveau...
Je me sens faible et misérable...
Mais... j'ai tant envie de me battre...
Je le jure! Je redeviendrais celle à qui Lyren à donner "naissance"!
C'est comme si un voile venait à nouveau de se déchirer...
Comme si un masque venait à nouveau de tomber...

...
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Zéphyrine, Grande Prêtresse de Venisca.

La vie n'est rien sans Mystère et Secret...

Le Notus
Pour en savoir plus sur ce Royaume et les régions (Pampero, La Borée, Sirocco et le Lac Autan) vous pouvez vous rendre sur mon BG!
 
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Isak Devmente
Mangeur de Pangolin enflammé



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MessagePosté le : Jeu Nov 23, 2006 7:09 pm     Répondre en citant Envoyer un message privé

Il est amusant de savoir que sur tout le continent, de la pointe de Paréide jusqu’aux plaines désertiques de la région des Marches, la majorité des populations a un jour eu vent de la personne d’Elden Barcarol. Toutefois, et ceci à son grand bonheur, ce dernier est bien loin d’être quelqu’un de reconnu et peut encore aisément se présenter aux rues des plus grandes cités sans avoir à craindre de quelconques ennuis.

La première raison pour cela est que la plupart du temps, les actes forts ont tendance à persister dans les mémoires bien mieux que leurs auteurs. La seconde, et sans doute la principale, est qu’il est somme toute difficile d’être à la fois un homme populaire et un fugitif recherché par les autorités de toutes les provinces alliées au nouvel empire.

Bien entendu, si le nom ne vous dit rien, c’est qu’il a longtemps appartenu à un infortuné et anonyme marchand que la destinée a fini par placer au mauvais endroit au mauvais moment, qui ne se résume plus aujourd’hui qu’à une légère odeur de cendre dans les airs. Mais comme chacun devrait l’admettre, même les plus belles convictions nécessitent parfois le sacrifice de quelques âmes innocentes. C’est là le triste prix de l’existence d’une cause perdue.

Né sous le toit d’une famille hautement bourgeoise, Elden Barcarol, ou plutôt Carmin de Londebuche, fils de Palince de Londebuche, a vécu l’enfance ordinaire de n’importe quel garçon de sa classe. Ne pas gêner ses tuteurs, garder pour lui ses sentiments et ne pas parler la bouche pleine furent les trois principaux fondements qui établirent sa première ligne de conduite. C’est ainsi qu’il grandit, sur les pavés humides et dans les brouillards épais de la ville d’Allevasse, avec pour seul souci les petites écorchures quotidiennes et les horribles grognements de sa nourrice.

Dès son adolescence, Carmin se découvrit une intense attirance pour la gente féminine. Sa profonde lucidité concernant les choses de la vie et le charme simple qu’il tenait de son père lui permirent de cultiver cette fascination et de trouver un certain succès auprès des demoiselles de son age. Pour les jeunes filles qu’il courtisait, il était souvent l’illustration d’une passion excessive et capricieuse, mais si le jeune homme aimait à batifoler à droite et à gauche, il prenait un soin tout particulier à respecter chacune de ses idoles.

Amateur de musique en tous genre et d’une rare sensibilité, il apprit très rapidement à maîtriser les rudiments du solfège dans le but exclusif de conquérir davantage de cœurs, ce qui ne se montra pas d’une grande utilité étant donné le fait qu’il rencontra à cette même occasion la charmante Liesse d’Haruna, fille d’un politicien local également gourmande de douces mélodies. La belle partagea avec son aspirant une longue et fusionnelle relation amoureuse qui ne connut finalement pour seul bémol que le fait de ne point en avoir.

Il devint vite de notoriété familiale que l’unique héritier des Londebûche épouserait un jour la respectable descendante des Haruna, sans surprise et sans enthousiasme de la part des proches de l’un ou l’autre des deux partis. Le jeune couple continua à jouir d’une éternelle complicité et d’une complémentarité à toute épreuve durant quelques longues années, se nourrissant abondamment d’une passion commune et d’un goût immodéré pour les petits plaisirs fainéants de la vie.

Cette existence relativement banale aurait très bien pu suivre un cours tranquille et sans encombre. Carmin aurait repris la tête du commerce de draps de lit de luxe de son père et aurait fini par élargir la famille d’un ou deux nouveaux petits rejetons ne suscitant guère plus d’intérêt que le reste de leur lignée. Mais cela est sans compter que toute vie insouciante a pour vocation d’être un jour bouleversée par des évènements inattendus, et quoi de mieux qu’une révolution pour jouer le rôle d’élément perturbateur ?

Allevasse… voila une ville sans trop de fierté ou de patrimoine et suffisamment vulnérable pour être transformée en place forte d’un empire en crise, réapprovisionnant par la même occasion ses rangs en sang neuf. Lorsque les troupes d’Audréa sont arrivées aux portes de la cité de la pluie, les résistances furent minimes et sans écho, autant dire inexistantes. S’en suivit une occupation pesante et sans appel, digne des plus grandes oppressions de l’Histoire. La démarche était simple : enrôler tous les autochtones capables de se servir efficacement d’une arme de guerre, se distraire de la chair des femmes et décimer tous les autres.

Pour un homme comme Carmin, à l’époque âgé de vingt-et-un ans, un tel contexte révèle un choix critique dont chaque option comporte une issue quasi-identique. Se faire tuer sur le champ, rejoindre les premières lignes des garnisons de chair à canon de l’armée impériale ou s’engager dans une résistance souffrant encore d’un sérieux manque d’hermétisme…

Ce n’est sûrement pas le massacre de ses parents qui fit germer en lui sa profonde haine pour l’Empire et l’église d’Ohm, car il est entendu qu’au sein d’un aussi riche ménage les relations inter générations sont rarement privilégiées, mais sans doute le viol et l’égorgement de sa promise par l’intégralité d’une unité de conscrits put sensiblement faire pencher la balance de son animosité en défaveur des réactionnaires.

C’est de cette manière que Carmin, porté par la colère fiévreuse d’un amour écoeuré et davantage sur un coup de tête que par réel courage, choisit de déserter l’armée pour devenir membre d’un groupuscule de révolutionnaires alluviens aux ambitions d’un soir, a la vie, à la mort. Bien entendu, il est des fois où la situation ne laisse que la mort comme seule alternative.

Malgré le nombre important de jeunes personnes engagées pour libérer la cité du joug l’Empire, leur résistance ne s’appuyait sur aucune organisation, ce qui eut pour conséquence la capture et l’exécution d’un bon nombre de ces hors la loi. Par chance, notre jeune effarouché n’était pas de ceux là et tomba finalement entre les mains de l’une des seule cellule d’activiste agissant dans un total secret.

Au sein de ce groupe, il fit la rencontre de plusieurs personnages peu communs, mais le moins conventionnel de tous était sans doute le leader du parti, un jeune prodige des arts occultes qui se faisait connaître sous le nom de l’Alchimage. Carmin s’habitua peu à peu à vivre caché parmi eux, en retrait du monde, loin du confort qui lui était familier.

Une existence comportant autant de dangers vous apprend inévitablement autant de chose sur le monde que sur vous-même. Elle vous ouvre les yeux sur la réalité de ce qui vous entoure. Au fil du temps, multipliant les petites actions et les guérillas, la jeune recrue devint l’un des éléments les plus actifs de son mouvement. Il gagna incroyablement en assurance et en discernement, jusqu’au dernier jour de son existence, ou du moins, de l’existence de son patronyme.

C’était une froide journée d’automne, pluvieuse, est-il nécessaire de le préciser. Cette partie de la ville avait déjà tant souffert... Tout autour, la moitié des édifices pleuraient la disparition de pans de murs entiers qui avaient cédés sous le poids de l’oppression. Les ruelles n’étaient plus éclairées, le quartier était vide d’humanité et l’endroit évoquait nombre de visions fantomatiques. Des murmures de tristesse semblaient être portés par chaque bourrasque, au rythme du crépitement des averses sur les pavés désertés.

Au milieu de ce lieu démuni et stérile, quelques ombres seulement osaient concurrencer la mouvance des trombes d’eau. Cinq, peut-être six silhouettes brumeuses parcouraient le champ de ruine, volant au dessus des flaques grésillantes et frôlant la pierre imprégnée de sinistres ondées.


« Hey ! Le rouge ! Vas-y, passe devant, chuchota une voix incertaine. »

L’Alchimage donna un coup sec dans le dos de celui qui venait de briser le silence.

« Tais-toi, crétin, il sait très bien ce qu’il a à faire, réprima-t-il. »

Il était rare que le meneur lui-même prenne part aux actions de son groupe, mais ce jour là n’était pas un jour comme les autres. Du résultat de cette mission dépendait beaucoup de choses concernant l’avenir de la ville. La discrète formation toute encapuchonnée de noir continua son chemin vers le centre de la cité où la lumière persistait encore. C’est là que les troupes de l’Empire avaient établi leurs principaux quartiers.

Ils étaient maintenant tout proches. Du bout de ses doigts tremblants et détrempés, Carmin libéra une paire de jumelles de l’emprise de sa ceinture et la porta à ses yeux plissés par la pluie. Depuis le troisième plancher d’une bâtisse éventrée, il observa un long moment l’autre côté de la rue avant de se tourner vers ses complices pour leur faire un signe de la main.

Rien à signaler. Deux des sombres hommes s’engagèrent soudain dans l’escalier sud qui menait au rez-de-chaussée, deux autres disparurent dans l’ouverture béante, au nord. L’Alchimage s’accorda un instant pour reprendre son souffle, puis s’avança près du guetteur toujours posté à la fenêtre, s’adressant à lui dans un profond soupir.


« Le rouge… que ferais-tu si je venais à disparaître ? »

Surpris par une question aussi directe, le jeune homme détourna un instant les yeux de ses lunettes pour se retourner à nouveau. Il plongea ses pupilles gorgées d’humidité dans le regard interrogatif de son chef, puis souffla à son tour.

« Ne t’inquiètes pas, nous allons réussir.
- Oh ça… je n’en doute pas… »

Même dans une telle situation, le leader continuait à adopter le ton sécurisant qui le caractérisait si bien. Il avança encore de quelques pas, de manière à pouvoir poser la main sur l’épaule de son confrère qui se pencha vers la fenêtre, surpris par le geste.

« Nous devons rester sur nos gardes ! Je dois veiller sur la grenouille et les autres, bégaya ce dernier.
- Je sais Carmin… Je sais. »

Le jeune homme était stupéfait. Malgré leur familiarité, c’était la première fois qu’il entendait son prénom sortir de la bouche de l’Alchimage. Ne sachant que répondre, il reprit son observation attentive de la façade opposée.

« Ecoute, continua le meneur, ça ne sert plus à rien de surveiller, les autres sont repartis à la planque.
- Quoi ? Mais… c’est une blague !
- Non carmin, ce n’est pas une blague. Nous n’avons pas besoin d’eux aujourd’hui, fais moi confiance.
- Mais… la couverture… l’intrusion… les explosifs… ? »

Carmin céda sous le poids de son corps inondé et termina assit sur un parquet moisi par les fuites d’eau dont souffrait la toiture délabrée de l’endroit. S’adossant au mur derrière lui, il resta silencieux quelques secondes, puis adopta soudain un regard chargé de colère.

« Alors vous aller abandonner ? Vous avez renoncé ? Pourquoi sommes nous ici, hein ? A moins que… vous m’avez dénoncé ? Non ! Ce n’est pas possible ! »

Le jeune homme échappa un sanglot d’incompréhension, puis l’Alchimage s’accroupit en face de lui, apposant encore une fois sa main sur son épaule.

« Pardonnes-moi mon ami, nous savions tous que tu refuserait ce sacrifice.
- Non ! »

Le Rouge tenta de se relever, de se débattre, mais rien n’y faisait. Ses membres lui semblaient de plus en plus lourds, la paume sur son épaule était de plomb. De nombreuses fois il avait dû défier la mort pour sa cause, mais il ne s’y était jamais vraiment attendu, encore moins à ce moment, encore moins de cette manière… Il sentit ses os trembler tout au fond de lui et son coeur vibrer à un rythme défiant toute les musique qu’il avait pu entendre. Des centaines de question l’envahirent en un instant. Qu’avait-il fait pour mériter un tel traitement ? Pourquoi lui ? Quelle utilité sa disparition pouvait-elle avoir ?

« Ce n’est pas ce que tu crois, Carmin… »

Les flaques aux alentours se mirent à fumer, le sol à craquer et l’atmosphère se dota d’une chaleur inqualifiable, comme si chaque larme de brume renfermait le souffle envieux d’une femme. Les deux silhouettes étaient maintenant complètement immobiles, figées dans les airs comme deux statues surréalistes aux expressions criantes d’authenticité.

« C’est curieux, Carmin, que tu n’ai jamais pris conscience de cette foudre brûlante qui parcours sans cesse tes veines. Moi, je l’ai remarqué dès le premier jour…

J’aurais aimé avoir le temps de comprendre d’où te venais ce don, mais malheureusement, aujourd’hui, le temps est le plus grand des luxes.

Je regrette de ne pas t’avoir rencontré plus tôt, mon ami, tu aurais été notre maître, ça ne fait aucun doute.

J’ai honte de moi, Carmin. Honte d’avoir à gâcher tant de potentiel pour la pérennité de notre cité, mais l’heure est plus grave que jamais, tu le sais aussi bien que moi. »


Le plomb sur l’épaule du jeune homme se changea en une flamme torride qui embrasa d’une traite son épais capuchon. Tous ses membres furent bientôt en proie à une intense fièvre. Une douleur ardente se propagea le long de son corps, chassant la moindre goutte d’eau qui s’y était installée.

Torpeur, asphyxie, combustion… Sa peau donnait naissance à des milliers de petites volutes de fumée qui se dispersaient autour de lui comme si son épiderme se calcinait de l’intérieur. Une vapeur enivrante envahit alors la pièce. Au milieu de sa propre fournaise, Carmin perçut une forte pression sur ses poumons, il sentait qu’il allait bientôt éclater, se vaporisant dans ces lieux avec tout ce qui l’entourait.

Le souffle de l’explosion fut colossal. Des marins qui naviguaient au large prétendirent même avoir entendu le grondement de la terre qui venait de l’horizon. Ce jour là, toute la moitié ouest d’Allevasse disparut sous l’effet d’une déflagration aussi dévastatrice que mystérieuse, emportant avec elle toute la capitainerie et la majorité des troupes qui tenaient l’occupation de la ville.

Et contre toute attente, Carmin n’avait pas succombé. Il s’éveilla quelques heures plus tard avec une forte migraine, les membres engourdis et n’ayant perdu dans l’incendie que les quelques cheveux qui poussaient sur son crâne. A côté de lui, un corps entièrement consumé ne divulguait d’aucune manière son identité. Un frisson parcourut l’échine du jeune révolutionnaire.


« Le sacrifice… murmura-t-il avec émotion… »

Suite à l’évènement, l’Empire abandonna finalement ses ambitions concernant la cité de la pluie, ne laissant derrière lui que misère et désolation. Cependant, de nombreuses investigations concernant les circonstances énigmatiques de l’imposante détonation permirent le démantèlement d’un petit groupe d’éternels résistants qui souffrait d’un sévère manque de meneur afin de pouvoir s’organiser convenablement.

Après seulement quelques jours de torture, le nom de Carmin de Londebuche finit par refaire surface et il devint officiel que ledit personnage avait périt sous les flammes en d’atroces circonstances.

Une poignée d’heures plus tard, un modeste commerçant de la région vidait sa dernière bouteille de vin avant de tomber nez à nez avec une mort cuisante dont jamais personne ne fera mention. Quel désespoir, le dénommé Elden Barcarol n’avait point de famille et point d’attache.

Et puis, bien sûr, dans les semaines qui suivirent, la nouvelle fit trembler toutes les cours de nobles des grands royaumes…


« Très cher, avez-vous eu vent de la terrible nouvelle ? Il parait qu’au nord, l’empereur a ordonné à son armée d’incendier toute une ville afin d’asseoir son autorité !
- Qu’Ohm nous garde, nous sommes à l’abri.
- N’ayez crainte, j’en suis moi-même persuadé. On raconte également qu’une pauvre figure de là bas qui refusait de coopérer aurait servi de torche humaine pour donner lieu à cet incendie… quels barbares, vraiment ! Un certain Carino… Carmino… de Long-de-chose… »
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Isak Devmente
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MessagePosté le : Ven Nov 24, 2006 1:05 pm     Répondre en citant Envoyer un message privé

Pardonnez-moi ce long post, mais il s'est trouvé que finalement, j'étais plutot inspiré ^^

Ca faisait longtemps que j'avais envie d'écrire le background que j'avais imaginé pour Elden sans jamais en avoir le courage !
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Kara
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MessagePosté le : Jeu Déc 07, 2006 10:22 am     Répondre en citant Envoyer un message privé

Que devrions-nous pardonner ?
Rien du tout ! Ton dernier post était même trop court à mon goût.
Je suis laissée emporter par ton récit, wouahhhhh, complètement immergée par l'histoire.
Je m'y serais cru.
Magnifique, splendide, que dire qui n'ait pas déjà été dit.
J'envie ton aisance à manier si bien les mots.
 
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