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La faiblesse de l'assassin
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Ailin
Aiguise sa plume



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MessagePosté le : Mer Jan 03, 2007 10:54 am     Répondre en citant Envoyer un message privé

Rébecca l'écoutait, ils discutèrent longtemps. Les mots brûlaient les lèvres d'une saveur sucrée salée exprimant le manque et la solitude comme les accords d'une symphonie exutoire. Le monde s'effaçait de leur refuge, soucieux de n'interférer dans leurs confidences. Parfois les émotions vibrèrent jusqu'en dans leur chair qui frissonait, ivre d'avoir retrouvé la moitié égarée. Ce froid délicieux qui apaisait la douleur, glissait en eux l'envie de se blottir contre la chaleur de l'autre. Laust lui pris la main alors qu'elle contait sa convalesvence, la culpabilité soufflée par les scintillants entrelas du doux regard de sa bien aimée. Le sang suintant les frémissements des conflits sussurés par le jeune assassin, ses paroles perlèrent dans l'atmosphère comme le flux éphémère et glaçé. Ils partageaient leur soulagement quand la poignée de la chambre cliqueta, presque sans bruit puis énergiquement sans que le verrou ne cède. Laust sourit, Rébecca soupira avant de se lever pour rassurer sa suivante. Sivane dû repartir, à demi-satisfaite et déterminée à revenir le lendemain pour s'atteler aux travaux de la demeure. Quand elle fut loin, Laust recueillit sa compagne entre ses bras.

« - Je ne veux pas te perdre à nouveau… Restes… Je le veux… Il sera facile de te cacher ici, le temps de décider quoi faire… »

Une caresse glacée serpenta dans son dos, il plissa le regard. La danseuse l'enlassa avec plus d'ardeur, comme effrayée à l'idée de le perdre. Laust lui rendit son étreinte quand elle riposta.

« - Je t’en prie… Nos ennemis rodent dans l’ombre… Je le sais… Ils ne craignent même plus la lumière du jour… Si je dois mourir, que ce ne soit pas loin de toi… »

Un instant, du rouge inonda ses pensées masquant ses yeux d'un velour humide immédiatement étouffé en un battement de cils...Un dernier soupir signé par le métal...Tant de sillons entremêlés dans le sillage de l'assassin en rivières sanglantes. Leur lit creusait une empreinte indélébile que même l'eau ne pouvait laver. Les courants charriaient les souvenirs empoisonnés d'encre noire, oiseaux de papier immaculés entre les flots écarlates.

*Mourir ensembles ? Serait-ce l'unique issue ?*

Il hésitait, les reflets dansant aux les lèvres de la danseuse saupoudrait un baume sur son coeur vicié comme de la neige dans le désert. Une neige éternelle. Pourtant, attendre ici que le loup vienne mordre était une folie, une séduisante folie. Les deux amants s'y brûleraient les ailes, l'un contre l'autre, menacés par l'épée de Damocles qui les unirait jusqu'au dernier instant. Le contact de sa peau satinée le détournait de ses réflexions comme un trésor au coin des yeux, attirant le papillon vers la corolle sucrée de nectar. L'assassin s'arracha aux bras de Rébecca au prix d'un terrible effort, les traits tendus par une douleur silencieuse. Il contempla la ville par la fenêtre, Cassadre s'était vêtue de sa plus belle parure miroitant sur les toits. Entre les plis de sa robe se faufilait l'ombre du danger, un frisson le glaça l'espace d'une seconde. Son dilemme se dissipa, fumée au vent, englouti par la tempête. Inquiet, il ancra son regard dans celui de la danseuse et lui intima de rester silencieuse par l'index en travers de sa bouche. Le jeune disparu, son corps délité en rubans cinabres qui se faufilèrent derrière le battant qui lui barrait la route. Dans les jardins, il entendit le bruissement et sans un bruit, une lame glissa de sa manche vers sa main. Soudain, un sifflement déchira l'air et le carreau lui effleura l'épaule pour finalement s'encastrer dans le bois de la porte. Aussitôt, il s'immisca à l'intérieur et se précipita vers la jeune femme silencieux comme une ombre. Laust déposa un baiser brûlant sur les lèvres surprises de sa compagne, approchant encore son visage, il lui mumura au creux de son oreille.

« Ils sont là...Je ne quitterai jamais mais nous ne mourrons pas aujourd'hui. Y-a-t-il un moyen de nous enfuir sans passer par les jardins ? »

Il la serra contre lui, plus fort. Dans son regard, les liasses s'aiguisaient déjà d'une colère muette. S'il le fallait, il était prêt à en découdre. Pour elle, à jamais pour elle...
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MessagePosté le : Jeu Jan 04, 2007 9:16 pm     Répondre en citant Envoyer un message privé

Laust: « Ils sont là...Je ne quitterai jamais mais nous ne mourrons pas aujourd'hui. Y-a-t-il un moyen de nous enfuir sans passer par les jardins ? »

Les mots résonnèrent en son fort intérieur pendant quelques secondes qui parurent une éternité… La jeune femme avait bien senti le changement dans l’air ambiant, l’expression de son amant qui s’était fermée le temps d'un soupir, et le bruit mat du projectile délaissant la mort commandée, offrant un sursit à l’ombre dont le souffle réchauffait le cou de la jeune femme à présent. Rébecca réfléchissait à toute vitesse, il fallait faire vite, le corps tiède contre le sien lui communiquait sa fièvre… Elle vit le jardin défiler devant ses yeux, le lac miroitant au bout de l’allée, chaque branche d’arbre remuant légèrement au vent, les fleurs dansant doucement sur leurs tiges dans la fraîcheur du soir… Non… Il n’y avait pas d’issue dans cet enchevêtrement végétal. La danseuse se concentra sur la rue, le petit chemin bordé de fleurs sauvages qui menait au perron principal… mais elle avait choisi un quartier riche où les avancées technologiques avaient permis l’installation de flambeaux qui chassaient les ombres de la rue dès la nuit tombée… Non… Le salut ne viendrait pas de là non plus… Rébecca frémit… Ils étaient pris au piège… Leurs ennemis leur coupaient toute retraite, les empêchant de fuir… Les empêchant de fuir… Mais en avait-elle seulement envie ? Quoi ? Après tous les sacrifices qu’elle avait dû faire, après toutes ces années de travail acharné, ce qu’elle avait acquis par sa sueur lui serait alors enlevé par ces cloportes ?!! Jamais !!! Non… Elle ne leur ferait pas le plaisir de la voir perdre contenance… Ni maintenant… Ni jamais… Ses yeux s’étaient fermé durant ses questionnements intérieurs, ils s’ouvrirent sur ses pupilles où brillaient sa juste colère… Son amant plissa les yeux, deux fentes qui semblaient jauger la jeune femme et son tout nouveau courroux. Il comprenait… Il la connaissait si bien malgré les circonstances peu propices à l’intimité qui ne les avaient pourtant pas séparé. Elle répondit dans un souffle :

Rébecca : « -Non… A part la rue mais… Nous n’irions pas loin… »

Elle se leva à sont tour, abandonnant Laust à ce que ses paroles sous-entendaient… Elle ouvrit un tiroir d’une commode ouvragée et en retira un long voile noir qu’elle enroula autour de ses mèches rebelles pour que leurs reflets brillant ne les trahissent pas. Elle fit un mouvement que le jeune homme ne soupçonna pas et revint enfin vers lui, un doigt sur les lèvres. Elle ouvrit doucement la porte pour éviter d’en faire grincer les gonds et se faufila sur le pallier, s’arrêtant un instant pour écouter… Seul le silence, profond lui répondit. Rassérénée, elle se glissa dans les escaliers, dos au mur et commença à descendre, prenant soin de ne pas faire gémir les marches de bois ciré. Elle sentait son amant tout contre elle et savait qu’aucun murmure de la maison ne lui échappait, à cet instant où sa concentration avait pris le pas sur son amour… En de telles circonstances, cela la rassura et lui arracha un étrange petit sourire que Laust ne vit heureusement pas… Ainsi ils firent le tour de la demeure, deux ombres silencieuses dans les ténèbres, pour arriver à l’entrée de service, attenante aux cuisines. Un frisson leur parcourut l’échine, signe que l’ennemi était tout près… En effet, s’immobilisant, ils perçurent des frôlements, « ils » étaient entré… La danseuse sentit son amant se raidir, près au combat… Inévitable…

********

Tout avait été très vite, trop vite… Deux… Non trois ombres avaient surgit d’un couloir et tandis que Laust maîtrisait la première, les deux autres s’étaient ruées sur lui… Rébecca fit s’écrouler une colonne sur laquelle reposait de la faïence en donnant un violent coup de pied en sa base. Les porcelaines dégringolèrent avec fracas sur les intrus… Ils ne mirent pas longtemps à se remettre et alors que l’un d’entre eux allait au secours de son acolyte aux prises avec Laust, l’autre se précipita sur Rébecca qui en un entre-chat, glissa sur le côté et disparut par une petite porte donnant sur les salons… Elle entendait les pas furtifs de l’homme derrière elle malgré le sang cognant à ses tempes au rythme des battements de son cœur. Alors qu’elle pensait atteindre les escaliers, elle se sentit attrapée et tirée en arrière. Elle se débatit et fut projeté contre un mur. Quelques secondes le souffle coupé, elle se reprit et tenta de s’esquiver, rebroussant chemin, peine perdu, son agresseur la frappa, l’envoyant à terre, lui arrachant un gémissement. Elle roula sur le côté quand il crut la saisir à la gorge et lorsqu’elle se releva, une détermination toute nouvelle enflammait son regard. L’homme se jeta sur elle, ne voyant que trop tard un léger reflet argent briller dans la pénombre et il vint s’empaler sur la dague… Le blessé leva vers elle un visage où l’incompréhension se lisait malgré le rictus de douleur… Elle eut un sourire effrayant, et tira quelque chose de sa manche… Approchant ses lèvres de l’homme elle murmura à son oreille :

Rébecca : « - Saches que tu meurs par la lame de celui que tu as eut l’audace de penser pouvoir surprendre… »

Sa victime eut un soubresaut lorsqu’elle lui planta l’arme dans le ventre…… Celle-là même qu’elle avait trouvé au pied de son lit quelques mois plus tôt… Elle le regarda tomber à terre sans éprouver la moindre pitié… Les bruits d’une lutte acharnée lui parvenait à peine étouffés, se propageant à travers les couloirs. Elle trembla pour celui qui faisait battre son cœur et se précipita… Comme elle coupait par la bibliothèque, elle reçut un violent coup à la tempe et s’écroula. Ils n’étaient pas que trois ! Cette vérité si simple lui glaça le sang en traversant son esprit… Elle n’eut pas le temps de se relever, elle se sentit retourner et deux mains se refermèrent sur sa gorge, l’empêchant d’émettre le moindre son… *… C’est fini… Non… Laust…*

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MessagePosté le : Dim Jan 14, 2007 11:41 pm     Répondre en citant Envoyer un message privé

Elle se détâcha de lui les yeux miroitant de colère, une parure aux attraits épineux et sublimes, puis elle emprisonna ses cheveux dans une écharpe de nuit. Sa compagne se préparait, Laust dissimula ses armes dans les plis de sa tunique et aux flancs de ses bottes. Il ne l'en empêcherait pas car ils n'iraient l'un sans l'autre, à quoi bon sinon ? L'assassin enfila deux gants garnis de plaques métalliques parfaitement huilées pour ne faire aucun bruit et se faufila à la suite de la danseuse. Rébecca le guidait à travers la demeure, il en contemplait l'intérieur, le déshabillant de ses prunelles dorés à l'affut du moindre geste. L'obscurité couvrait leur retraite désespérée, le silence semblait les considérer comme des spectres morts en sursit mais pas un murmure ne les trahit. Son regard lisait les coins et recoins à mesure qu'ils approchaient, Laust repéra sans mal les silhouettes habiles de leurs agresseurs. Le temps retînt son souffle, le jeune homme se recroquevilla dans l'ombre alors que la garde de deux poignards glissa entre ses doigts. Le premier bondit mais le métal lui déchira le côté, le laissant coi un instant. Deux autres le précédèrent toutes lames déhors, le jeune homme recula forcé de se défendre sans riposter. Les parades grinçantes vrillaient ses tympans et usaient son endurance, forts de leur surnombre ses adversaires frappaient avec frénésie. Soudain une vague de faïence se déversa sur eux et doucha leur enthousiasme. Laust s'empara d'un court estoc en se faufilant dans l'ombre, ils n'étaient plus que deux à lutter mais les deux hommes lui barraient la route. D'un écart il esquiva l'assaut maladroit du blessé et son arme trouva sans mal le chemin vers la trachée du malheureux, un dernier soupir noyé dans le flot écarlate macula le mur de son agonie. Le dernier hésita un instant face au regard meurtrier dont Laust le foudroya, l'espace d'un instant, il aperçu l'éclat meurtrier du couteau et para à un cheveux de son visage.
L'arme tourbillona vers le plafond comme l'aiguille d'une horloge détraquée, sa pointe s'immobilisa enfin au sol, marquant la fin de l'attente fascinée des deux tueurs. Laust ondulait comme un serpent fuyant l'acier du mercenaire ivre de vengeance, l'épée sifflait si près de lui qu'il sentait l'air le gifler mais sans jamais l'atteindre. Il décela l'erreur dans le geste de son poursuivant et le désarma. Le poignet claqua en un bruit sec, l'arme s'en libéra alors qu'il grognait de souffrance. Laust la récupéra et pivotant sur lui-même, assena le coup fatal en tournant le dos à sa victime. La chair n'opposa aucune résistance, les côtes craquèrent et le coeur s'affaissa l'espace d'une seconde, vidé de son contenu. Le silence et l'ombre recueillientr le torrent poisseux qui saillait de la plaie.

Le monde se teintait de rouge, sa réalité se réfugiait dans ces roses rubicondes qui naissaient de ses mains. Dans sa poitrine battait le désir d'embellir ce jardin, ils tissaient les chemins au travers de cette flore décrépie au rythme de sa mélopée. Des accords parfois doux, parfois amers. Ces sentiers tranquilles où rien ne pouvait l'atteindre, noyé dans l'ombre et le brouillard, les murmures se taisaient et le laissaient en paix. Dans cette forteresse de silence, les couloirs délaissés charriaient la solitude d'un esprit perdu. Son reflet avait fui les fontaines taries, son sourire déserté les miroirs brisés. Les marches d'un escalier creusait l'enclave de ce paradis déchu, guidées par les promesses d'un avenir meilleur, elles défiaient les ténèbres de leurs angles émoussés. A la poursuite d'un but, inlassables. A quoi bon ?
Tournoyant dans le néant à la manière d'un caroussel à l'effigie des souvenirs du passé. Il chevauchait ces destriers éphémères comme un enfant égaré, son regard triste suivait la route qui plongeait toujours plus loin dans les abysses. Bientôt sa mémoire s'effaça, avalée par l'obscurité mais il voyait les murs et entendait sa respiration. Laust se souvînt, il recherchait quelqu'un. Chaque rose a des épines, elles barraient son chemin et écorchait son essence qui pleurait l'horrible perspective. Il voyait à travers ces pupilles comme à travers deux fenêtres, la réalité s'ouvrait à lui mais paraissait lointaine, à l'abrit de sa folie le jeune assassin ne sentait que la douleur du manque. L'angoisse du vide. Tout était froid, son être se flétrissait sans faiblir. Ses mains habillées de métal s'aggripaient à un dernier espoir, immobiles elles sondaient l'invisible pour y trouver le fil qui le ramènerait là où s'était perdu son coeur. Là où les sources s'étaient enfuit, là où son sourire s'était exilé.
La demeure n'offrait que le silence, rumeur oppressante de l'inéluctable. Laust ne cèderait pas, il l'avait promis. Pourquoi sa mémoire l'abandonnait-elle ? Son nom ? Rébecca, restait ancré dans sa conscience mais tout autour de lui les aquarelles s'estompaient, englouties par le reflux de son inconscient. A chaque pas, il s'enfonçait dans les flots avides. Agrippé au fil ténu mais indéfectible. Laust avait soif de sang, la mort apaiserait ses délires. Rébecca, où es-tu ?

Soudain, un bruit. Un murmure. L'assassin bifurca, la porte entrouverte n'émit pas un son. La jeune femme ne se débattait plus, privé d'air et d'espoir elle semblait inerte. Le jeune homme toisa son ravisseur de longues secondes durant, un sourire naissant au coin des lèvres. Ses poingts se serrèrent, prélude à la tempête qui menaçait de ravager cet amas de chair sans importance. L'instinct le guida, volonté du prédateur. Il bondit, l'étoffe n'encaissa pas la violence du coup qui traversa les derniers retranchements de sa victime. Misérable édifice, il déchanta sur le sol, ses fondations affaiblies. A la merci de sa fureur. Le visage de l'homme se brouilla, gribouillis de plaies et d'ématomes sous l'avalanche terrible qui s'abattait sur lui. L'encre rouge signa son trépas, colliers de perle répandus aux alentours par les caprices d'un enfant. Les instants ultimes emportèrent les lambeaux de sa rage, petit à petit, Laust assimilait l'horrible vérité. Les traits du malheureux n'avaient plus de sens, lignes entremêlées et déchirées. Sa forteresse se craquela, un brouillard épais s'y immisca comme un masque sur une vérité trop dure à admettre. Laust se détourna du cadavre et vînt caresser le visage de la jeune femme de sa main nue. Il ferma les yeux, elle respirait encore. Il pleura longtemps. Son coeur trésaillit alors que les nuées s'emparait de lui. Rébecca se tenait près de lui, son regard brillant défiait les ténèbres. Plus rien n'existait, la folie le gangréna. Rébecca, comme un appel à l'aide. Rébecca.

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MessagePosté le : Sam Jan 20, 2007 9:27 pm     Répondre en citant Envoyer un message privé

Errant sans les méandres de son esprit tortueux, la jeune femme ressentait presque dans sa chair les douleurs déchirant l’âme de son double… flottant au-dessus d’elle-même, au-dessus de leurs corps poisseux du liquide vitale à présent arraché au cadavre déchiqueté de celui qui avait eu la folie de croire qu’il pourrait avoir raison de l’assassin… Les larmes de son amour brûlait la peau laiteuse de la danseuse, y laissant les sillons de sa peine ; chaque soupir du jeune homme pleurait dans l’inconscient endormie de celle qui seule avait le pouvoir de le rattraper au vol, et de cela, elle était parfaitement consciente… Le reflet de son offrande, celle qui laverait l’âme rougie de Laust brilla plus intensément dans le noir, imprimant dans le corps tremblant du jeune homme une sensation de chaleur plus réelle encore que le contact froid de sa lame dans sa main…
Elle s’éveilla dans un sursaut, ses yeux fixés sur son amant. Il la releva avec douceur, cherchant dans son regard une promesse de rédemption… Il y trouva bien plus…
Encore blême de sa récente mésaventure, elle l’attira contre elle lui offrant l’oubli…

L’aube filtrait à travers les persiennes, promenant son indiscrétion dans les pièces froides et anormalement calmes… Quelques objets brisés, et un certain désordre témoignait encore de la sauvagerie de l’attaque… Mais les corps avaient disparus… Ainsi que quelques tapisseries d’un autre âge dans lesquelles ils avaient été enroulés puis lestés. Ils devaient à présent nourrir les poissons du fleuve… Ainsi la nature reprenait ses droits… Toujours…
Rébecca finissait de lessiver les sols lorsque Sivane survint, les bras chargés de provisions, on était jour de marché… La stupeur se peignit sur son visage parcheminé mais sur un geste de sa maîtresse, elle garda le silence et, suivant son instinct protecteur et la tendresse qu’elle éprouvait pour la jeune femme, elle se saisit d’un chiffon et acheva de cirer les parquets, leur redonnant leur habituel aspect brillant.
Rébecca confia à sa suivante le soin de rendre à la demeure un restant de dignité et gravit lentement les marches jusqu’à sa chambre. Sur la pointe des pieds, elle poussa la porte et s’approcha du lit sur lequel Laust dormait paisiblement… Ses traits tirés et la pâleur de son visage touchèrent la jeune femme dont le cœur se serra. Elle effleura la joue de son amant avant de se diriger vers la salle d’eau. Elle se débarrassa de ses vêtements et se glissa dans un bassin d’eau tiède et parfumée… Elle avait besoin de réfléchir… Et pour cela, de se détendre… La partie serait serrée… L’ennemi ne reculait devant rien… Elle devait reprendre le dessus et trouver la faille avant la prochaine tentative qui ne se ferait pas attendre longtemps… Surtout, elle sentait que chaque incursion dans la violence bestiale éloignait Laust de lui-même… Et d’elle… De plus en plus… La folie côtoyait la fureur de tuer chez lui… Rébecca soupira et laissa reposer sa tête contre le marbre froid… Fermant les yeux, elle se concentra sur la situation… Mais rapidement, les effets délassant de l’eau tiède sur ses muscles endoloris détournèrent son attention… De l’autre côté du paravent, la respiration de Laust, égale et légère rythmait le silence… Il dormait encore… Il en avait besoin… Cela la rassurait d’une certaine façon… Tant qu’il s’échappait ne serait-ce que pour quelques heures, de sa réalité, il restait une chance de ne pas sombrer tout à fait dans la folie meurtrière…
Elle percevait les vas et viens de Sivane à l’étage inférieur… Rébecca se sentait soulagée de ne plus avoir à dissimuler la vérité à la vieille femme… Après tout, celle-ci s’avérait être sa meilleure alliée… Comme toujours… La jeune femme pensa que des alliés, elle n’en avait que trop peu malheureusement… A force de se cloîtrer chez elle, toujours seule et de refuser de recevoir qui que ce soit, ses anciennes relations s’étaient lassées d’attendre son retour dans le monde des vivants… Elle comprenait à présent que c’était une erreur… Il s’agissait maintenant de rattraper le temps perdu et de retrouver ses contacts, ses appuis… Et pour ce faire…

*Le cabaret*
Rébecca sut que c’était là la solution la plus immédiate et la plus efficace… Sa réputation était faite, il suffisait de se rappeler au bon souvenir des notables de la ville… Cassandra l’y aiderait… Sans avoir besoin de rien lui dévoiler de ses ennuis personnels, Rébecca savait qu’elle n’aurait qu’un mot à dire pour reprendre sa place au cabaret… Restait à convaincre Laust de la laisser se remettre en scène…

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MessagePosté le : Dim Mar 25, 2007 12:16 pm     Répondre en citant Envoyer un message privé

La serpe trancha net. De l'incision pleurait le nectar visqueux, goutte à goutte, dans le flacon de verre. La lumière se tordait sur les parois humides comme effrayée par l'intrus en son refuge translucide. Laust observait le phénomène avec intérêt depuis les ombres de sa capuche. Dès que le récipient fut plein, il se dirigea vers la villa. Depuis quelques jours, le jeune homme allait pieds nus. Les sensations du monde extérieur compensaient le désordre mental qui noyait son regard d'une aura étrange. Le frisson de la pierre sur sa peau traversait sa chair, douce caresse du vent. Rébecca l'attendait dans l'embrasure, un baiser volé avant l'aurore laissait une empreinte sucrée à ses lèvres. Laust ne souriait plus depuis l'incident mais il serra la main de son aimée et murmura quelques mots à son oreille. Parfois son coeur se brisait au désespoir de la nuit, la peur l'écrasant comme un étau, il tapait du poing contre son buste pour effacer la douleur. En vain. Jusqu'à ce qu'elle apparaisse. Les cheveux en désordre et les yeux brillants, ses charmes susurrés par le tissu léger de sa robe. Son étreinte calmait le flot de la terreur, sa voix dévoilait le chemin au coeur des ténèbres.

La bougie vascilla légèrement, la sève bouillona sur le métal brûlant. Elle se tordait, éructant l'agonie d'où naissaient les poisons alors que toute trace de la vie qu'elle charriait jadis se dissipait dans les vapeurs ou noircissait le cuivre qui recueillait ses derniers instants. L'assassin regardait le serpent informe se gélifier, silencieux et révérant. Un soupir comme unique requiem, la chandelle s'éteignit et le jeune homme déposa les restes de sa chimère au creux d'un mortier et entreprit de les broyers. Il ajoutait de temps à autre quelques feuilles séchées. Un délicat parfum embaumait la pièce quand Sivane entra, la confidente de la danseuse se fascinait pour les travaux d'alchimie auquels s'adonnait Laust. Le regard plissé, elle s'émerveillait avec toute la dignité de son âge des métamorphoses qui se jouaient sous le pilon affairé. Les couleurs se mêlaient, d'autres s'effaçaient dans ce kaléidoscope qu'il dirigeait d'une main de maître. Il traquait les aspérités aussi impitoyable que si son arme tenait un adversaire à la gorge, ses prunelles déjouaient l'obscurité du bureau où s'était installé un véritable capharnaum d'alambics et de fioles. Tout l'arsenal d'un maître empoisonneur dissimulé à la curiosité de tous par d'épais rideaux. Quand il filtra sa préparation, il ne restait qu'un baume pourpre qu'il rangea dans une boîte en fer polie. Un cliquetis accompagna la fermeture du verrou. C'est alors que son reflet ondula sur le couvercle. A la vue de Rébecca, Laust sourit mais ne se retourna pas. Il ne voulait pas qu'elle contemple les affres que la culpabilité creusait dans ses yeux, altérant leur expression. Il estimait injuste d'infliger cela à celle qui effleura la mort à deux reprises pour l'amour qu'elle lui portait.

Il se leva finalement et s'approcha, à pas lents et mesurés pour savourer chaque instant. Son coeur implorait à chaque seconde, aspirant à la rédemption que son doux parfum lui procurait. Son sang se consumait d'obsession pour l'être qui partageait son existence, le moindre regard pour son sourire, le moindre murmure pour son attention. Leurs mains s'unirent avec douceur, Laust pouvait sentir sa tension. Sivane s'éclipsa sans un bruit. Quand la porte fut close, Rébecca inspira n'exigeant rien de lui que d'accepter la caresse qu'elle lui octroya du bout des lèvres puis s'alanguit dans les bras de son compagnon avant de déposer à son attention le fruit de ses intentions.
Il demeura immobile, vide et froid. Serrant un plus ses doigs contre la peau nacrée de sa compagne, il ferma les yeux car il s'y attendait. L'ombre lui glaça l'échine, il s'approcha plus près encore pour échapper au spectre de la folie. Pourquoi voulait-elle partir ?
Il l'avait entraîné dans la fosse aux lions, ivre d'amour, il s'était sacrifié à cette faiblesse et pourtant l'assassin refusait de croire que tout aurait pû être autrement. Elle voulait le protéger en s'exposant au danger car même si la bête léchait ses blessures dans sa tannière, elle gardait un oeil sur eux. Non, il était stupide. Son visage se lova contre celui de Rébecca. De ses lèvres entrouvertes s'échappèrent ces quelques mots:


« Je serai toujours à tes côtés. »

Scellant ainsi leur alliance.
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