Vengeance et explications
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Tark
Aiguise sa plume

Personnage joué :
Epona
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Posté le
: Jeu Mai 10, 2007 4:32 pm
Vengeance et explications |
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Chapitre 1
Le jour lumineux filtrait à travers ces rideaux trop fins et venait perturber la quiétude de la pupille sous la paupière pourtant close de l’aérienne.
- J’ai dormi longtemps ? demanda t’elle d’une voix faible.
Le regard brumeux s’ouvrit et se posa sur les murs de cette chambre minuscule puis sur l’homme qui se tenait assis à côté du lit. On aurait dit que ça faisait des années que Gabriel était là, à attendre sans rien dire pour ne pas déranger le sommeil de sa protégée.
- Le temps qu’il fallait pour te remettre visiblement. Presque deux jours…
Epona se redressa, clignant des paupières, s’habituant à la luminosité qui n’existe pas au pays des songes. Elle était de retour chez les vivants, les vivants ont mal et elle avait mal. Elle esquissa un geste de main vers son ventre meurtrie.
- Il vaudrait mieux que tu évites de trop y toucher…
Epona ne prit pas compte de la remarque de Gabriel et souleva sèchement le linge souillé de rouge pour découvrir une cicatrice ornée de points de suture rudimentaires. La plaie ne saignait plus et était plutôt propre, c’était tout ce qui intéressait l’aérienne.
- Tu n’as pas perdu la main on dirait.
L’homme ne répondit rien, il préféra demander :
- Comment te sens-tu ? Tu te souviens de ce qui t’es arrivé ?
Epona n’avait pas besoin de se souvenir, elle savait très bien ce qui lui était arrivé, cette aérienne était de la race des combattants qui ne dorment que pour se donner le temps de planifier leurs victoires. Pendants les deux jours et les deux nuits pendants lesquelles elle avait dormi, et même lorsque Gabriel lui avait prodigué ses soins, même sans le vouloir elle n’avait cessé de réfléchir. Si elle avait commencé par s’apitoyer sur son sort, il était désormais clair pour elle qu’elle ne se permettre de rester ainsi sur un pareil échec. Elle avait songé à cette créature étrange qui accompagnait ce maudit apprenti archer. L’avait-elle blessé ? Et à ce titre où se trouvaient ces armes, ces deux pistolets ? Le regard d’Epona les chercha dans toute la pièce. Gabriel le remarqua et anticipa une éventuelle question :
- Si ce sont tes… outils de travail que tu cherches, je les ai rangé. Je sais que tu ne partiras pas sans, et je veux que tu restes tant que tu ne seras pas tout à fait remise et tu ne m’auras pas expliqué dans quel pétrin tu t’es mise.
- Tu me prends pour une sentimentale Gab’. Je croyais que tu me connaissais mieux que ça tout de même…, lâcha t’elle en laissant sa tête retomber sur l’édredon.
L’aérienne feignait l’indifférence mais Gabriel avait raison, ces deux pistolets étaient très chers à ses yeux. Pas question de s’en séparer, Epona allait donc devoir s’expliquer. Elle referma les yeux et annonça calmement :
- Je suppose que tu es au courant pour Nez-Cassé et moi.
- …
- Bien, ça m’évitera de te raconter ce gros passage. Ce n’est pas sans intérêt mais il y a quelques longueurs et des épisodes sur lesquelles je n’ai pas tellement envie de revenir.
- …
- Une grosse bestiole d’au moins deux mètres recouverte d’une armure d’os et maniant une épée de la taille de ton comptoir, ça te dit quelque chose ?
- Un type en armure ?
- Non justement pas un type. Je me suis suffisamment approché de cette chose pour bien voir qu’elle n’était pas humaine. Argh !
Epona se recroquevilla sur elle-même dans une violente contraction. La main bienveillante de Gabriel s’affola mais dû se contenter de se poser sur l’épaule de la jeune fille.
- Tu ne devrais pas trop parler. Tiens avale ça, ça devrait calmer la douleur, dit-il en lui tendant un gobelet.
La patiente but sans protester le liquide nauséabond mais qui heureusement n’avait presque aucun goût. On aurait dit une décoction à base de plantes, pour l'aérienne c'était presque aussi mauvais que le cognac.
- C’est cette chose qui t’as amoché comme ça ? demanda l’aubergiste.
- Non ça c’est… un dommage collatéral…
- Allez, je te laisse, tu as encore besoin de te reposer. Tu me raconteras tout ça plus en détail plus tard, il faut que je retourne faire tourner la boutique.
Sur ce Gabriel sortit en fermant la porte le plus délicatement possible et Epona sombra à nouveau sous l’effet de la drogue apaisante. _________________ La violence est rarement solution, mais peut s'avérer excellente distraction...
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Tark
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Personnage joué :
Epona
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Posté le
: Jeu Mai 17, 2007 4:40 pm
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Dans l’obscurité de la petite chambre, Epona dormait. Son sommeil était agité. Le visage crispé, les poings serrés, elle se tournait et se retournait, sursautait parfois, dans ce lit inadapté à sa morphologie.
Depuis cette nuit où elle avait quitté en douce l’auberge où elle avait grandit. Grimée de noir jusqu’au bout des ailes, pour devenir une nouvelle Epona, une aventurière sans frontière, une combattante sans pitié, sans maître, sans rien juste elle face à un monde qu’elle aurait même été prête à poignarder pour avancer. Seulement des frontières s’étaient dressées devant elle, des adversaires lui avaient fait connaître la douleur, la peur, l’humiliation. Le monde ne se laisse pas apprivoiser facilement, poignarder encore moins. Le contact avec la réalité avait été rude pour la jeune aérienne mais pas sans apprentissage.
Elle était de retour dans la même taverne, son point de départ certes, mais elle avait grandi. Autrefois petite fille capricieuse, elle était désormais une jeune femme qui connaît ses limites. Une belle jeune femme, mais aussi une tueuse dont les rêves n’étaient qu’un flot discontinu d’images et de paroles dénué de sens, l’héritage de cinq années passées dans la clandestinité.
- Vous suivrez Sadralo comme son ombre et vous nous indiquerez sa position à chaque décade.
- Ils te plaisent hein ? Ils sont à toi si tu me rends ce service.
- Des pétoires comme ça, c’est presque du travail d’orfèvre. Où est-ce que tu t’es procuré ces beaux jouets ?
- Héritage familiale.
- Tu mens petite, heureusement pour toi je n’en ai cure. Allez suis-moi.
- T’as essayé de nous doubler c’est ça, catin à plumes ?
- Non je vous jure, je suis avec vous ! Nez-Cassé, Varon dis-leur !
- Tu vas chanter l’oiseau…
- Nooon !
Les visages rouges des soudards fondaient sur elle quand Epona avait explosé dans un cri strident, la couverture sur ses genoux.
Il faisait jour. Le soleil n'était pas encore très haut, ça devait être le matin. Epona souffla un peu avant de reprendre totalement ses esprits et de recenser les douleurs qui l’assaillaient de nouveau sans pitié à présent qu’elle était totalement réveillée. Sa blessure, ses ailes froissées, et un nouveau mal était apparu : la faim. L’estomac d’Epona criait famine. Même si elle avait un appétit d’oiseau, une aérienne se devait de se nourrir correctement si elle voulait avoir une chance de survivre à une flèche.
Ce fut une Epona aux membres endoloris qui s’extirpa du lit et constata avec une certaine satisfaction qu’elle tenait bien sur ses jambes. Elle resta un moment comme ça, immobile, à respirer profondément, mesurant sa faiblesse et rassemblant ses forces et sa volonté pour ouvrir la porte grinçante sortir et descendre l’escalier.
C’était bien le matin, les tables et le comptoir était déserts.
- Ah ! Tu es levée. Annonça le tavernier en sortant de sa réserve. Le médicament t’as fait du bien apparemment.
Epona était pourtant encore blême. Elle se tenait appuyée contre une table, l’autre bras sur son ventre fragile.
- Il faut croire. A ce propos je savais que tu savais coudre mais je ne te connaissais pas ces talents de guérisseur.
- Ne te fais pas d’idées ma belle, je suis simplement allé chez l’apothicaire en face.
- Les aériens utilisent une sorte de pommade à base de plantes, j’en ai croisé quelques uns sur ma route…
Un silence pesant n’eut pas le temps de s’installer que Gabriel, perspicace, demanda :
- Tu as faim ?
D’un signe de tête Epona avoua un peu honteuse, son appétit à son ami. Mais celui-ci avait visiblement décidé d’être aux petits soins avec sa protégée. Il sourit généreusement et s’éclipsa à nouveau dans son arrière boutique.
- Prends une chaise et installe-toi, je vais te chercher ça tout de suite.
Gabriel revint avec un bol fumant rempli de ce qui semblait être de la purée, et un gros livre sous le bras. Epona s’était attablée et le tavernier s’assit en face d’elle après l’avoir servit.
Dans l’intimité de cette salle déserte, elle avalait lentement les premières cuillerées de la bouillie chaude quand Gabriel lui présenta l’ouvrage qu’il avait apporté. Un pavé d’un bon millier de pages protégées par une épaisse couverture de cuir. Il l’ouvrit et commença à en feuilleter les pages jaunies tout en parlant :
- D’ailleurs à ce titre j’ai repensé à ce dont tu m’as parlé, ta bestiole…
- Oui ? demanda Epona, occupée à reprendre des forces.
- Il y a quelques saisons de ça un type est passé, le genre vieux un peu louche. Pas méchant, gentil même, mais bizarre. Il avait vraiment l’air épuisé et même s’il n’avait rien pour payer je n’ai pas pu m’empêcher de lui offrir le couvert. Un genre d’érudit, plein de choses dans la tête mais la bourse toujours vide. En guise de payement il a voulu m’offrir ce bouquin. J’ai eu beau lui dire que ce n’était pas la peine, il a insisté. Il devait bien en avoir une dizaine de volumes sur lui. J’ai fini par accepter et il est parti comme il est venu. Seulement moi je ne sais pas bien lire tu sais, alors un livre je ne savais pas trop quoi en faire. Mais j’ai quand même regardé les images, de belles images, et quand hier tu m’as parlé de ta chose en armure ça m’a rappelé ceci, dit-il en poussant le volume ouvert en direction d’Epona.
L’aérienne lâcha sa cuillère et posa ses yeux sur la page que lui présentait son ami. Accompagnant un article conséquent que Gabriel n'avait sûrement pas su intégralement déchiffrer, une gravure montrait une sorte de grand guerrier cuirassé. C’était exactement ce qu’elle avait vu. Sous l’illustration une ligne commentait sobrement : Guerrier Boros de la Jungle de Nuxen.
Elle regarda enfin la couverture, il s’agissait du Libre Traité d’Anthropologie d’Adam Witold.
Et Gabriel reprit :
- Ces choses, ces « Boros » ont l’air de vivre très loin d’ici. Où est-ce que tu es allé traîner tes plumes ? _________________ La violence est rarement solution, mais peut s'avérer excellente distraction...
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Posté le
: Lun Juin 11, 2007 11:11 pm
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L’aubergiste n’avait pas l’air de vouloir changer de sujet tant qu’Epona n’aurait pas craché le morceau. Elle allait devoir raconter, tout raconter. Il voulait qu’elle raconte, alors elle raconta.
D’abord sa fuite, les première nuits qu’elle avait passée dehors, dans le froid mais réchauffée par le goût délicieux de l’aventure. Elle raconta comment elle avait ouvert grand ses ailes et filé plein Est en direction de la capitale du Nouvel Empire dont les récits que les marchands rapportaient avaient enflammés son imagination.
Puis peu à peu la température avait gagné du terrain sur l’exaltation de découvrir de nouveaux horizons. Mais peu importait à Epona, elle avait continué sa route en volant toutes ailes déployées le jour, se reposant où elle pouvait dans des bois, parfois dans des petits villages où elle en profitait pour chiper un peu de nourriture. Au fur et à mesure il avait fini pas prendre goût au larcin, et s’était découvert un certain talent pour s’introduire dans maisons endormies et s’y approprier ce qui pouvait avoir un tant soit peu de valeur avant de revendre le tout à des prêteurs sur gages peu regardants. La route pour Audréa avait ainsi duré plusieurs semaines, dans les meilleures conditions qui soient.
La première difficulté à laquelle s’était vue confronté l’aérienne se nommait la Chaîne des Epines. Epona, pleine de fougue juvénile s’était d’abord imaginé qu’elle pourrait sans problèmes survoler les pics rocheux de cette barrière qui la séparait de la destination de ses ambitions. C’était sans compter les rudes tempêtes qui commencent à sévir dès la fin la saison des récoltes. Après une tentative infructueuse qui faillit lui coûter la vie Epona se résigna à replier ses ailes et à trouver une autre voie. Elle traversa finalement les cols à l’abri dans la caravane d’une troupe d’artistes. La traversé dura des jours pendant lesquels celle qui n’avait connu que les fermes de Rémore s’instruisit de l’état du Monde auprès de ces gens du voyage. C’était une famille d’acrobates, de jongleurs, de clowns qui se donnaient en spectacle dans les grandes villes des royaumes de la région. On nommait cela le cirque Ils se rendaient alors au festival annuel de l’hiver d’Audréa. Epona se sentit immédiatement à l’aise auprès de ces artistes libres et ces derniers l’acceptèrent sans trop lui poser de questions, ils lui proposèrent même d’intégrer la troupe après que l’aérienne leur ai fait une petite démonstration de ces compétences. Une funambule qui peut s’envoler et n’a pas besoin de filet pouvait permettre un numéro de voltige impressionnant.
Après un bon mois de voyage sur la route qui longeait la Longe gelée en cette saison, la capitale impériale était enfin en vue. C’était immense, Epona n’avait encore jamais rien vu de tel. Depuis le ciel la cité avait l’air d’une gigantesque toile d’araignée avec ses multiples routes qui convergeaient vers elle, conduisant le peuple à l’intérieur des murs comme pour nourrir un ogre vorace.
Quelle foule ! Une fois dans la ville, il avait été tout bonnement impossible de circuler dans ses rues trop étroites. Epona se souvenait avoir repensé à Rémore les jours de marché, c’était encore pire. Contrairement à la jeune provinciale un peu désorientée, les autres artistes du cirque s’étaient accoutumé à ce climat de ruche. Ils aidèrent l’aérienne à trouver ses repères une fois dans Audréa, et installèrent le chapiteau juste à la sortie de la cité. Comme prévu le numéro de voltige d’Epona remportait un vif succès. Chaque soir, la femme-oiseau fonçait sur le public avant de repartir dans les airs sous les yeux ébahis des gamins et de leurs parents qui rêvaient tous de pouvoir en faire autant. Ces derniers étaient pourtant loin de se douter que leur funambule préférée n’avait rien perdu de son habitude de fouiner dans les habitations quand tout le monde dormait.
Telle une ombre silencieuse, elle survolait les toits à la recherche d’une ouverture, d’une fenêtre mal fermée qui l’invitait à entrer. Elle s’infiltrait, se servait, et repartait dans les airs pour revendre son butin à quelques préteurs sur gage. Les jours passaient et l’argent s’accumulait tranquillement dans le petit sac d’Epona. Elle était heureuse de cette nouvelle vie, elle avait l’impression d’être reconnue, appréciée par ses pairs, considérée comme une artiste, tout en menant ses expéditions nocturnes qui lui fournissait sa dose de frissons. A ce titre elle attendait le jour où quelqu’un la surprendrait la main dans le sac, à la fois terrifiée et excitée par cette perspective. Mais avec le temps la jeune aérienne avait appris à se faire si discrète qu’aucun incident n’était venu gâcher ces semaines paisibles, tout allait pour le mieux.
Jusqu’à ce qu’un soir alors que la représentation touchait à sa fin et qu’au moment du final où elle était censée s’envoler dans le ciel étoilé, Epona y remarqua une forme ailée, trop grosse pour être un oiseau. La cité Audréa trainait une foule cosmopolite, mais l’aérienne ne s’était à aucun moment attendue à croiser un représentant de son espèce et encore moins plusieurs d’entre eux. Aussi, poussée par sa curiosité maladive, Epona décida de suivre ce qui lui semblait être un de ses congénères. Celui-ci ne se retourna pas mais semblait avoir compris qu’il était suivi. Indifférent à ses appels, il paraissait s’amuser à donner du fil à retordre à sa poursuivante sans pour autant vouloir véritablement la semer, empruntant les passages les plus étroits, faisant parfois demi-tour, avant de prendre de l’altitude. La persévérance de la jeune fille était mise à l’épreuve mais elle tint bon, jusqu’à celui que qu’elle savait à présent être un aérien s’infiltre dans la mince fenêtre d’un haut clocher.
- Ca fait quelques temps qu’on te regarde faire. Tu es vraiment douée pour les cabrioles mais ce n’est pas sérieux.
- Non… pas sérieux, se contenta d’ajouter un des aériens qui la fixaient toujours sévèrement.
A l’intérieur, Epona s’était retrouvé nez à nez avec trois individus, avec les mêmes ailes qu’elle, trois aériens. Les premiers qu’elle rencontrait depuis que les siens l’avaient abandonné. Ils affichaient des mines presque menaçante dans la semi obscurité qui régnait, mais Epona ne se sentait nullement intimidé, elle était trop exaltée de rencontré enfin d’autre représentants de sa race.
- C’est quoi votre problème ? Vous avez quelque chose contre les cabrioles ? Je vous ai rien demandé moi !
Les trois aériens s’étaient lancé une série de regards, comme s’ils se concertaient silencieusement.
- Mais regarde-toi ! reprit finalement l’un d’entre eux. Tu crois que tu es libre parce que tu as des ailes ? Ne vois-tu pas que tous ces gens t’exploitent ? Ils t’ont domestiqué, fait de toi un animal de foire. Nous ne sommes pas faits pour ça !
- Nous sommes faits pour quoi alors ?
- Viens avec nous ce soir, et tu verras… _________________ La violence est rarement solution, mais peut s'avérer excellente distraction...
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Posté le
: Dim Aoû 19, 2007 11:34 pm
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Chapitre 2
C’est ainsi que la jeune hirondelle avait troqué ses habits d’hirondelle pour ceux d’un rapace. Chasseurs de prime, tueurs à gage, telles étaient les activités d’exerçaient la petite bande d’aériens au sein de la métropole. Epona quitta le cirque et commença à enchainer les contrats que lui fournissaient ses nouveaux amis. Ces derniers acceptaient tout ce qui pouvait leur rapporter un peu d’or et leur permettre d’assouvir leurs pulsions prédatrices. Il s’agissait souvent de mettre un terme de façon définitive à un litige engageant qui bourgeois ou marchand qui n’avait envie de se salir les mains. C’était passablement dangereux, quelque peu illégal, de ce fait il n’avait pas fallu longtemps à Epona pour se laisser par ce nouveau mode de vie trépidant.
Ce genre de métier nécessitant un certain équipement, Epona ne tarda pas à faire la connaissance de Balthazar Iatus, l’un des plus fameux trafiquant d’arme d’Audréa. Un type étrange le Balthazar, étrange mais sympathique, car si les nouveaux compères d’Epona ne semblaient guère portés sur la morale et sur certaines conséquences de leurs actes, l’humain tenait à rester en apparence impeccable vis-à-vis de la loi et des autorités. Il tenait une échoppe toute aussi sympathique située dans une rue commerçante abondamment fréquentée, et sur sa pancarte était simplement indiqué « Balthazar Iatus – Articles de duel ». Loin de chez elle, l’homme lui rappelait - toutes proportions gardées - l’aubergiste Gabriel. Toujours à vouloir rester honnêtes alors qu’ils évoluaient parfois parmi les pires crapules… dont la jeune aérienne faisait désormais partie.
En à peine quelques mois elle s’était déjà taillée une sinistre réputation d’exécutrice, dépassant presque celle de ceux qui l’avaient initié au métier. Aux dires de ses congénères et collègues elle était douée d’une efficacité sanguinaire implacable qui les effrayait parfois. Pour eux Epona était comme une bête sauvage affamée et trop longtemps enfermée qui goutait à présent avec un appétit sans borne au plaisir de la chasse. Vous lui donniez un nom un soir et le lendemain elle vous ramenait une tête fraichement (et proprement) tranchée. Tel était désormais le quotidien d’Epona.
- Tiens voilà, une douzaine de couteaux de lancer tout droit sortis de la forge. Du premier choix, ils sont parfaitement équilibrés je les ai vérifié ce matin, dit l’homme en déposant les courtes lames effilées sur son comptoir. Comme d’habitude, je ne veux rien savoir sur ce qui va pouvoir chasser avec ça, ajouta t’il avec un rictus qui fit frémir sa fine moustache.
Epona ne fît pas de commentaire. Elle semblait satisfaite et commençait à ranger uns à uns les couteaux aux manches en ivoire dans divers étuis dissimulés à sa ceinture mais aussi sur ses chevilles et ses avant-bras. Elle ne prit pas la peine de les examiner, elle avait confiance dans la marchandise de Balthazar, depuis qu’elle avait fait de lui son fournisseur attitré et qu’il lui faisait bénéficier de réductions non négligeables sur ses articles. Tout en bourrant sa pipe d’un mélange d’herbes à fumer qu’il ne tarda pas à allumer, le commerçant reprit:
- Au fait, je t’avais parlé de ce type qui faisait des allées et venues devant ma boutique depuis dès jours ? Eh bien il a fini par se décider à passer le pas de ma porte. Figure-toi qu’il n’a pas arrêté de me questionner à propos des pistolets que j’ai reçus le mois dernier (il montra les deux armes à feu qui reposaient sur un élégant présentoir). Jolis quincaillerie hein ? Mais il ne me les a pas achetés en prétextant qu’ils étaient bien trop chers… J’aime pas ça et je serai pas étonné qu’il essaye de me les piquer… tu pourrais éviter ça, non ?
- Je vais y réfléchir, si tu y mets le prix.
- Hé ho ! Tu me dois bien ça. S’ils te faisaient tous les mêmes ristournes que moi, il y a longtemps que la moitié des marchands de la cité auraient mis la clef sous la porte !
- Seulement la moitié ? dit elle en laissant passer un sourire amusé, elle ne souriait plus beaucoup depuis quelques temps.
- Et puis tiens, ils sont à toi si tu me rends ce service.
- Je ne te suis pas… Quoi donc ? Les pistolets ?
- Bah ! Quelque chose me dit que je n’arriverai jamais à les vendre ces pistolets. Les gens n’ont pas encore confiance en ces engins modernes, il paraît que ça peut vous péter à la figure sans crier gare ! Expliqua le commerçant en expirant un élégant nuage de fumée.
- Je vais y réfléchir…
De retour à la planque, Epona fut accueillie pas Fyril, un autre aérien de la bande avec de petits yeux cruels. Il en profita pour lui que quelqu’un était là et semblait désireux de proposer un contrat au groupe d’assassins. Epona acquiesça et se rendit dans la salle commune dans laquelle on recevait généralement les clients.
L’homme portait une cape sombre dont la capuche dissimulait ses yeux. L’aérienne leva les yeux au ciel, cette manie qu’ils avaient tous de vouloir se cacher dès qu’ils commanditent un meurtre, ils pourraient assumer au moins. Mais Epona ne fit pas part de sa réflexion à son futur commanditaire, la seule chose qui l’intéressait chez lui était le nom qu’il allait lui donner ainsi que le prix qu’il était prêt à y mettre. _________________ La violence est rarement solution, mais peut s'avérer excellente distraction...
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Posté le
: Ven Sep 07, 2007 12:48 am
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C’était la fin de la journée. Les derniers rayons finissaient de dorer les toits d’Audréa qui avaient chauffé pendant des heures sous le soleil d’été. Recroquevillée en équilibre sur l’arête étroite de l’un d’eux Epona observait l’immense citée qui s’étendait sous elle, son aire de chasse. La nuit tomberait vite, l’enveloppant bientôt dans son voile d’ombre, alors la tueuse ailée s’y élancerait dans un silence mortel.
Seulement ce soir Epona hésitait. Son regard scrutant l’horizon reflétait son indécision, ses lèvres tremblaient, elle hésitait. Ce n’était guère dans ses habitudes mais la demande qu’on lui avait faite, et la petite fortune qu’on lui avait promise l’avaient troublé. Elle n’osait pas, elle avait eu peur d’oser.
Les traits de l’aérienne se durcirent soudainement. Un contrat était un contrat et Epona ne pouvait se permettre de laisser passer une telle opportunité de se faire autant d’argent. Tant, si facilement, si plaisamment.
Elle déploya ses ailes couleur nuit alors que la lumière achevait son agonie derrière les montagnes. L’aérienne s’était penché pour se laisser tomber gracieusement dans le vide. Plus elle prenait de la vitesse et plus la flamme de la détermination, symptôme inquiétant de ses soudaines envies de sang, crépitait intensément.
C’était la fin de la journée, le soleil n’était pas encore couché mais la pénombre régnait déjà dans les rues à l’ombre de hautes bâtisses d’Audréa.
Balthazar s’apprêtait à fermer sa boutique pour la nuit. Les affaires n’avaient pas été mauvaises ce jour là et le commerçant de bonne humeur sifflotait en tourna sa clé dans la serrure qui verrouillait la porte du magasin. Son sifflet se coupa immédiatement lorsqu’un courant d’air acéré lui frôla la joue pour se planter dans le bois de la lourde porte. Balthazar reconnût presque aussitôt l’un des couteaux qu’il avait vendu il y a quelques heures à peine à une certaine tueuse à gage. Il se retourna en regardant dans tous les coins, privilégiant les recoins sombres et surélevés.
- Epona ? demanda t’il en s’efforçant de contenir son cœur dont le rythme s’accélérait dangereusement. C’est toi ? Je t’avais bien dit que ces couteaux étaient bons, pas la peine de les essayer sur moi !
Pas de réponse. La rue d’ordinaire si animée paraissait alors horriblement silencieuse. Le trafiquant d’armes commençait à suer à grosse gouttes, son cœur ne tenait plus en place, il approcha sa main du couteau qui l’avait effleuré pour le récupérer tout en continuant à parler à son agresseur présumé.
- Tu viens pour l’offre dont je t’ai parlé ?... les pistolets… le type…
- Il a été plus rapide que toi, répondit Epona en sortant de l’ombre. Contrairement aux attentes de Balthazar, l’aérienne ne se trouvait pas en hauteur mais sur le terre ferme. Elle marchait vers lui comme une n’importe quelle humaine.
- Comment ? Que… Que veux-tu dire ? Non ! Tu ne ferais pas…, bégaya le trafiquant toujours en cherchant à s’emparer du couteau sans quitter Epona des yeux. Il la trouvait terrifiante.
- Pas quoi ?
Elle avait posé avant lui sa main sur la lame de métal tranchant et d’un geste brutal et précis elle trancha la gorge de l’homme. La fontaine écarlate s’effondra aux pieds de la tueuse et s’assécha rapidement dans une série de gargouillements hideux.
- Ne t’en fais pas, ton offre tient toujours…
Epona enjamba le corps qui continuait à se vider lentement et presque silencieusement de sa vie pour pénétrer dans la boutique. Elle scruta la pièce un instant avant de s’emparer des deux précieux pistolets qui se trouvaient toujours à l’heure place.
- J’accepte le contrat.
Après quoi elle ressortit de la boutique et s’envola, aussi invisible que lors de son arrivée à peine quelques minutes auparavant. C’était la fin de la journée, mais celle-ci n’était pas finie pour autant…
- Quoi ?! Tu… Tu as fait ça ?!
L’aubergiste avait senti son souffle se raccourcir. Si depuis que la jeune aérienne faisait part de son récit à Gabriel, les joues de celui-ci s’étaient bien des fois empourprées et ses sourcils froncés, il avait jusque là prit un soin particulier à ne pas l’interrompre et à garder son calme, quoi qu’elle puisse lui raconter. Mais là s’en était trop. En entendant la façon dont sa petite Epona avait froidement assassiné quelqu’un qu’elle considérait comme un ami, il n’avait pu se retenir de fulminer en sautant de sa chaise et en faisant cogner bruyamment ses larges poings contre la table. La petite aérienne qu’il avait connu était bien incapable de commettre des telles horreurs.
Gabriel fixa au fond des pupilles la jeune fille qui s’était rapidement reculée, quelque peu effrayée par la réaction brutale de l’aubergiste jusque là si calme. C’était pourtant bien elle, toujours le même petit nez, ses yeux curieux… L’homme se rassit en soupirant sans trouver à ajouter quoi que ce soit.
- Et ensuite ?
- Ensuite ? demanda Epona toujours un peu sous le choc.
- Oui qu’est ce qu’il s’est passé après ? Tu es partie ajouter à la liste de tes victimes ton mystérieux commanditaire je suppose.
L’aérienne n’avait pas vraiment envie de se remémorer ses souvenirs, mais puisque Gabriel avait l’air de tout vouloir savoir, il valait peut-être mieux tout lui avouer. _________________ La violence est rarement solution, mais peut s'avérer excellente distraction...
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Posté le
: Mar Nov 20, 2007 7:03 pm
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Alors qu’elle s’apprêtait à retourner à sa planque afin d’honorer le contrat que Balthazar venait en quelques sorte de payer, Epona n’avait put s’empêcher de penser à ce que l’avenir lui réservait. D’une manière générale elle évitait de penser alors qu’elle se préparait à prendre une nouvelle. Mais cette fois c’était particulier, la jeune aérienne sentait bien qu’elle était à un tournant de sa vie. Que désormais rien ne serait plus comme avant.
Et d’une certaine façon, elle avait totalement raison. Non pas que la disparition du meilleur marchand d’armes de la région allait remettre en cause son activité, mais plutôt que celle-ci risquait fort de prendre fin de façon rapide et sans doute douloureuse.
C’est ce que se dit Epona en voyant la vingtaine d’arquebuses pointées sur elle alors qu’elle était à peine arrivée au lieu de rendez-vous avec celui qui devait être sa nouvelle cible. Toute une division de gardes impériaux au grand complet. Le visage masqués, ils portaient les armoiries de l’empereur et étaient lourdement équipés du dernier-cri en matière d’armement. Trop surprise pour réagir suffisamment vite, la tueuse ailée ne tenta même pas de fuir voyant bien que toute tentative serait suicidaire.
- Pose tes armes !
Epona ne réagit pas tout de suite
- Pose tes armes !, lui ordonna t’on à nouveau.
- Allons ne soit pas stupide…
L’aérienne reconnût la voix de celui qui lui avait demandé d’abattre Balthazar et de récupérer ses pistolets. Elle resta bouche bée en le voyant se détacher de la troupe toujours menaçante pour révéler son visage. C’était un homme d’une trentaine d’année, les cheveux blonds coupés très cours, sur son visage dur et anguleux on pouvait lire un léger sourire. Quelque chose entre la satisfaction et la pitié due à ceux qui se sont fait avoir. Tout en parlant il s’avançait lentement en direction d’Epona en prenant soin de lui montrer qu’il n’était pas armé.
- Tu ne pensais tout de même pas t’en tirer comme ça, n’est-ce ? Tu savais bien que ça ne pouvais pas durer, ceux comme toi finissent toujours pas tomber…
Arrivé à sa hauteur il se saisit des pistolets sans qu’Epona n’éprouve l’envie d’opposer la moindre résistance.
- … ou par mourir. Mais tu ne feras pas cette bêtise. Je peux compter sur toi ?
Il se retourna et se fondit à nouveau au milieu des soldats alors qu’eux même ne tardèrent pas à fondre sur l’aérienne pour l’embarquer.
Il n’y avait pas de fenêtres, pas d’ouvertures, pas de rayons de soleil, pas de chant d’oiseau, rien n’indiquait qu’il pouvait s’agir d’une belle matinée de printemps. Il aurait pu être n’importe qu’elle heure de la journée, ce cachot restait désespérément noir et frais. Et ce quoi qu’il se passe en dehors de ses murs épais et humides.
Epona n’aurait su dire depuis combien de temps elle attendait, aveugle dans cette obscurité au silence assourdissant. Le temps s’écoulait comme bon lui semblait et de temps en temps, un bruit sourd, un grattement, ou le passage du bol de soupe par la lucarne de la lourde porte en fer ou un autre évènement venait tirer l’aérienne de sa léthargie, allongée sur une fine couche de paille recouvrant la pierre dure et froide.
Le capitaine de la garde, celui qui l’avait piégé, lui avait tout expliqué avant qu’on ne la jette dans ce trou. Balthazar avait pour habitude de refourguer du matériel appartenant à l’armée et il était surveillé depuis déjà pas mal de temps, bien que son petit trafic semblait toléré par certains qui devaient toucher leur parts des ventes d’armes. Seulement les deux pistolets avaient été de trop, les services de l’empereur ne pouvaient laisser passer que l’on laisse se répandre ainsi des armes à feu dans l’empire. Pour les hommes du capitaine chargé de faire en sorte que les bandits ne se mettent pas à tous rapidement posséder des arquebuses, il avait donc fallu agir vite. Et pour cela ils n’avaient trouvé mieux que de faire appel à une professionnelle qui commençait à faire assez parler d’elle. Voilà comment on avait fait d’une pierre deux coups. La ville s’étaient débarrassée d’un gang d’assassins et les armes à feu étaient restées la propriété exclusive de l’armée impériale. Tout le monde était content, ou presque. _________________ La violence est rarement solution, mais peut s'avérer excellente distraction...
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Tark
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Epona
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Posté le
: Jeu Mai 08, 2008 5:32 pm
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Chapitre 3
Le pas régulier du capitaine Tigrin résonnait dans les longs couloirs menant aux cellules. Son éducation militaire lui conférait un air strict renforcé par le port de l’uniforme et les marques d’une vie mouvementée qui l’avaient fait vieillir de façon prématurée. Mais son regard d’un bleu acier restait vif en toute circonstance. Il ne ralentit qu’à peine arrivé à hauteur de la geôle où se trouvait Epona et en ouvrit la porte à l’aide de la clef qu’il avait emprunté au gardien.
Il fallut un peu de temps au capitaine pour s’habituer au manque de lumière et distinguer presque clairement la forme avachie au niveau du sol. Pendant un moment il ne dit rien et se contenta d’observer l’aérienne dont les ailes, symbole de liberté absolu, avaient perdu tout leur caractère, toute élégance. Même s’il aimait passionnément son métier, cette vision laissait un goût amer au capitaine.
Retraité de l’armé après avoir loyalement combattu sur les fronts indépendantistes, ses états de service lui avaient permis d’intégrer la garde civile de la capitale. Son travail se résumait dorénavant à traquer les criminels à l’intérieur des murs de la cité et de donner l’impression qu’Audréa était une ville sûre. Ce qui en somme pour Tigrin, n’était pas tout à fait faux si on évitait de mettre les pieds là où il ne fallait pas. Mais c’était là le lot de toutes les grandes agglomérations.
Epona n’ayant pas l’air de réagir à la présence du visiteur, celui-ci prit la parole d’un ton ferme :
- Ton nom !
L’aérienne restait silencieuse et immobile. Ses ailes repliées autour d’elle, elle fixait le sol crasseux de façon désespérée.
- Je t’ai demandé ton nom !
Le capitaine connaissait le nom d’Epona, mais il cherchait avant tout un moyen de la sortir de son silence et d’entamer un semblant de conversation. Il répéta une nouvelle fois la même question, sans d’avantage de succès. Tigrin fronça les sourcils et s’avança dans l’espoir d’attirer l’attention de l’aérienne qui, il en était persuadé, se payait sa tête. Il l’attrapa brutalement sous le menton pour relever son visage, Epona n’opposa pas la moindre résistance mais elle teinta son regard de noir lorsqu’il croisa celui du capitaine et ouvrit finalement la bouche.
- Qu’est ce que tu me veux connard ? T’es venu voir l’oiseau en cage ? Ben voilà t’es servi.
Sa voix était rauque et faible, mais elle n’avait rien perdu de sa spontanéité. Tigrin lui, se mordit la lèvre pour se retenir de la gifler.
- Maintenant dégage !, grogna l’aérienne.
La paume du capitaine rendit brièvement quelques couleurs à la joue d’Epona, mais son air était toujours aussi désincarné. Tigrin n’aimait pas vraiment frapper ses prisonniers mais il en avait le droit, et cette insolente l’avait bien cherché. Aussi il enchaina sans montrer la moindre pointe de regret.
- Pour ta gouverne et à l’avenir ce sera « mon capitaine ». On est d’accord ?
Epona cracha entre les bottes du dit capitaine en guise de réponse, la seconde gifle ne tarda pas. Tigrin reprit, au moins maintenant il avait l’attention de son auditrice.
- A ta place, quand je sortirai – si je devais sortir un jour – j’éviterai de côtoyer d’autres aériens. Ils ont été bien plus rapides que toi pour se mettre à table et tout charger sur ton dos. D’ailleurs c’est un peu grâce à toi qu’on les a coffré eux aussi…
Les autres, toute sa petite bande. Tout ce temps Epona avait espéré qu’ils s’en soient tirés mais apparemment eux s’étaient fait avoir, par sa faute. A présent elle s’en voulait, mais elle s’efforça de mettre cette émotion de côté afin d’éviter de contenter le garde impérial qui lui avait certainement fait cette révélation dans cet unique but.
- Bon qu’est ce que vous me voulez ? Vous allez rester planter là pour voir si je prends racine ?
Un sourire amusé se dessina sur le visage du capitaine de la garde. Il se retourna et alla chercher une torche dans le couloir. Il l’alluma en revenant vers Epona, la flamme dispensait une lumière et une chaleur des plus agréables dans ces ténèbres.
- Ce que je veux ? Tes talents.
- Mes talents ?
- Oui, tu m’as déjà rendu un service en nous débarrassant de ce vieux Balthazar. Et même si ce n’est pas vraiment l’avis de mes supérieurs, je suis persuadé que tu peux encore nous être très utile.
- Allez vous faire mettre… (Tigrin s’apprêta à la gifler une nouvelle fois) mon capitaine…
- Tu comptes passer le reste de ta vie ici ? J’ai connu plus sympathique comme retraite.
- Rien y voir c’est pas mal, ça permet d’imaginer la décoration… répliqua l’aérienne non sans ironie.
Elle voulait à tout prix ne pas perdre la face et montrer à ses geôliers qu’ils ne pourraient jamais lui retirer sa fierté. Ils avaient peut-être maté son corps, mais son esprit restait tout aussi affûté que ses couteaux. Malgré cela une question brûlait toujours les fines lèvres désormais desséchées de la jeune fille ; depuis combien de temps croupissait-elle ici ?
Elle ne résista pas longtemps et posa la question sans détour. Le garde lui répondit sobrement.
- Presque un an.
Un an. Le regard d’Epona se décrocha l’espace d’un instant. Elle n’avait eu aucune idée du temps qui était passé. Tout ce temps qui lui avait paru interminable et qui ne s’était résumé à rien d’autre qu’une longue attente. La jeune fille s’étonnait de ne pas être devenue folle.
Tigrin vint la tirer de sa réflexion.
- Ecoute, je peux te faire sortir d’ici. A condition que tu collabores. Tu es douée, très douée…
- Arrêtez votre baratin, j’ai pas l’intention d’entrer dans l’armée. Rétorqua la prisonnière
- Justement, la reprit le capitaine, c’est tout le contraire que je te propose.
Epona fronça les sourcils.
- Comment ça ?
- As-tu déjà entendu parler d’un certain Nez-Cassé ?
- Le chef des maraudeurs ? Qu’est ce que c’est que cette embrouille ?
- Je veux que tu le coinces pour nous.
Il fallut un instant à la jeune fille pour être sûre d’avoir clairement compris ce qu’elle venait d’entendre
- Vous en êtes pas capable vous-même, avec vos arquebuses et vos pistolets tous neufs que vous vous gardez si précieusement ?, finit-elle par demander toujours avec cette pointe d’ironie.
L’homme baissa les yeux et laissa échapper un soupire. Epona ne lui laissa pas le temps de formuler une réponse plus claire :
- Vous voulez me faire sortir pour que je tue Nez-Cassé pour votre compte c’est ça ? Et après il se passe quoi ? Vous me remettez en cage jusqu’à ce vous jugiez encore nécessaire de faire appel à mes talents comme vous dites ?
- On pourrait s’arranger…
- J’espère bien, j’ai quelques conditions moi aussi, mon capitaine.
Elle avait insisté sur ce dernier mot avant d’ébaucher un fin sourire, son premier depuis des mois. _________________ La violence est rarement solution, mais peut s'avérer excellente distraction...
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Posté le
: Jeu Mai 08, 2008 5:33 pm
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Une semaine plus tard, Epona pouvait revoir le ciel, pas encore tout à fait libre, mais dans un des camps de formation de l’armée impériale. Ces longs mois passés dans l’obscurité, sans bouger et presque sans manger l’avaient énormément affaiblie. Mais heureusement son esprit avait tenu le coup et rapidement à force d’exercices et de rééducation l’aérienne retrouva la quasi-intégralité de ses capacités physiques.
Au début l’adaptation avait été difficile. Il avait fallu côtoyer les ennemis d’hier, se plier à la discipline militaire, suivre les entrainements sans broncher ou presque ; et certains instructeurs apprirent à leur dépends que dresser un étalon est une partie de plaisir comparé à se frotter un aérien borné.
Infiltration, discrétion, acrobaties, maniement des armes de poing, de lancé, tant de capacités qui semblaient innées pour la jeune fille mais qu’elle dût pourtant travailler et perfectionner, encore et encore. Les exercices qu’on lui imposait réclamaient l’excellence, on ne lui fît aucun cadeau. Mais tel était le prix de la survie et de la liberté. Et ainsi, jour après jour Epona repoussait ses limites jusqu’à se découvrir des talents qu’elle ne soupçonnait pas. A partir de ce moment, elle devint plus docile aux conseils et se découvrit une soif d’apprentissage presque sans limite.
Apprenant par cœur le code des bandits et chaque renseignement que possédait jusqu’à présent l’armée sur la vaste organisation de hors-la-loi que dirigeait Varon Sadralo alias Nez-Cassé, Epona revoyait jour et nuit les détails de sa mission.
Le capitaine Tigrin semblait satisfait. Un matin, il la retrouva sur le champ de tir à l’arc, toujours en train de s’entrainer. Cela faisait désormais quatre mois que l’aérienne se trouvait entre les murs de la caserne.
- Décidemment tu m’étonnes, j’espérais au moins que tu essaierais de t’échapper…
La jeune femme ne répondit rien, son œil n’avait pas quitté la cible, l’arc était bandé, elle tira.
- N’oublie pas le vent, le vent ! La corrigea Tigrin.
Epona baissa la tête et soupira. Le tir à l’arc ne lui plaisait vraiment pas. C’était encombrant et on se ressentait absolument la cible comme c’était le cas lorsqu’on glissait un couteau sous sa gorge.
- Qui vous dit que je ne suis pas déjà sortie ? Seulement il n’y a plus rien pour moi dehors. Et grâce à qui ? ajouta t’elle en se tournant vers Tigrin, faisant mine de le menacer.
- Je vois que tu auras toujours des choses à me reprocher. Et moi qui venais avec un présent en gage de paix…
Epona tourna la tête et remarqua que le capitaine portait un petit coffre. Il écarta d’un revers de la main quelques flèches qui reposaient sur une petite table en bois pour y déposer le coffret, invitant la jeune femme à l’ouvrir elle-même. Celle-ci, intriguée, lâcha son arc et répondit à l’invitation du garde impérial.
Elle reconnut immédiatement les deux pistolets de Balthazar... _________________ La violence est rarement solution, mais peut s'avérer excellente distraction...
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